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Hommage aux pionniers de la presse, Par l’éditorialiste de Seneplus, PENDA MBOW



Personne au Sénégal ne peut nier le rôle que la presse a joué dans l’enracinement de la démocratie - And Sopi, Xarébi, Takussan, Fagaru, Siggi, Taxaw, Sofa - Le mouvement féministe dans la presse



Hommage aux pionniers de la presse, Par l’éditorialiste de Seneplus, PENDA MBOW
L’actualité récente est marquée par l’arrêt de l’hebdomadaire de référence que fut Nouvel Horizon (NH closed!) et la crise de l’Agence de Presse Sénégalaise (APS). Comment regarder sombrer certaines références de notre patrimoine médiatique, ayant contribué à façonner notre quête de liberté et notre ancrage démocratique? Les plumes du Nouvel Horizon symbolisées par Abdoulaye Bamba Diallo, Issa Sall, Momar Diongue ont marqué à jamais l’histoire politique de ce pays.
Quant à une agence de presse, elle reste un élément de souveraineté raison pour laquelle, l’Agence de Presse Sénégalaise mérite d’être renforcée
De façon générale, la presse est un pilier fondamental de la démocratie. Lorsque Francois Mitterrand accéda à la magistrature suprême en 1981 en France, une de ses réformes phare porta sur l’organisation de la presse et la lutte contre les monopoles sur les grands médias. "Depuis 1945, l’emprise de l’Etat sur la radio puis la TV est très forte", pensait t-il. Or l’aspiration à plus de liberté et de démocratie a amené les citoyens à prendre conscience qu’il n’était plus supportable dans un pays que l’Etat s’arroge le droit de régenter la radio et la télévision.
L’un des meilleurs garants de tout système démocratique demeure une presse libre et indépendante. Personne dans ce pays ne peut nier le rôle que la presse a joué dans l’éclosion et l’enracinement de la démocratie. Sans présager de l’impact qu’aura le Code de la presse récemment adopté, on aurait pu, me semble t-il, mieux organiser la dimension économique gage de la liberté et de la rigueur nécessaires à toute activité liée à la recherche de l’information, à son accès.
Fondamentalement qu’est- ce qui différencie notre société de celles dites avancées ? Notre attitude vis-à-vis de l’argent et notre capacité à définir nos priorités. Aujourd’hui, il est question du financement de l’éducation, de la presse, etc. Ces secteurs manquent cruellement de moyens car ils ne sont pas supportés par notre propre société. Un homme puissant pour avoir plus d’influence, peut créer son groupe de presse, son journal ou sa radio. Pour autant, il devrait revenir aux journalistes chevronnés de créer des groupes et aux hommes d’affaires d’y participer mais pas de les contrôler. L’investissement dans ces secteurs, la création de fondations pour soutenir toute activité de réflexion, d’information et de formation ne font pas partie de nos traditions. Il est temps!
Un autre aspect de la crise se trouve lié à la gestion des hommes. A partir des années 80, les libertés autour de l’information ont été arrachées de haute lutte. La création du journal Takussan par l’opposant Abdoulaye Wade mais piloté par des professionnels comme Tidjane Kassé, constitua un tournant. Avant Sopi, ce journal annonciateur du pluralisme qui va accompagner les luttes démocratiques, s’arrachait aux alentours du Rond Point Sandaga.
Des journaux d’opinion ont aussi contribué à la formation politique de gens de notre génération; on peut citer pèle- mêle, And Sopi avec l’excellent Samba Diouldé Thiam, Xarébi de Aj, Fagaru des intellectuels de la LD MPT, Siggi et Taxaw du RND du Professeur Cheick Anta Diop. Malgré une attitude de défiance vis-à-vis du Parti socialiste, on lisait aussi l’Unité, le Débat…après tout, on respectait Feu Max Magamou Mbaye, Cheick Tidjani Dièye, le caustique ASAK et l’éminence grise que fut Babacar Sine. Au fond le seul journal qu’on a eu à rejeter fut « Il est midi », une parution du pouvoir issu de l’Alternance, en 2000. Qu’est- ce qu’on peut être nostalgique de cette belle période de confrontation d’idées qui se situe entre 1970 et 2000. La marche vers la démocratie fut longue mais palpitante.
Revenons à d’ importants aspects qui constituèrent un tournant et quelques figures emblématiques. Il s’agit d’abord de la création d’hebdomadaires qui vont structurer plus tard les grands groupes de presse .
1982, un groupe de journalistes, Babacar Touré, Boubacar Boris Diop et leurs amis réunirent leurs propres moyens pour lancer Sud Hebdo qui deviendra très rapidement un quotidien et finalement un grand groupe. Babacar et ses amis ont joué un rôle capital dans l’avènement de l’alternance en 2000. On peut se souvenir des débats au Métissacana d’Oumou Sy et son défunt mari.
Les résultats de l’ élection présidentielle qu’on donnait en direct sur les ondes de Sud FM dirigé par le regretté Cherif Elvalide Sèye, puis Omar Diouf Fall empêchèrent tout détournement du vote du citoyen sénégalais…Le jour du 2e tour de l’élection, le 19 mars 2000, Brima Fall traversait la ville pour aller nous chercher, Pathé Diagne, moi même et d’autres. Il nous demandait de venir défendre la démocratie. On traversait Dakar où les chars de combat commencèrent à se positionner. Dans les studios de Sud FM, on trouva l’ami d‘Abdou Diouf qu’était Albert Bourgi. Ce fut un moment exceptionnel de l’histoire du Sénégal contemporain.
Du Groupe Wal Fadjri, on retiendra surtout la mutation à la fois de sa ligne éditoriale mais aussi de l’espace du groupe avec deux dimensions essentielles. Il fut la pépinière où se sont affirmés pratiquement tous les journalistes de l’espace médiatique sénégalais. On peut citer, Mamoudou Ibra Kane, Alassane Samba Diop Yoro Dia, Moussa Sarr (Madiambal Diagne), Bougane Guèye Dany, Assane Guèye, Abou Abel Thiam, Souleymane Jules Diop et tant d’autres. Il faut admettre que Wal Fadjri sous la direction de Sidi Lamine Niasse fut piloté par des personnalités talentueuses comme Tidjane Kassé, Abdourahmane Camara et Jean Meissa mais aussi Mademba Ndiaye Ass, même une plume féminine s’y distingua par sa longévité; il s’agit de Seynabou Mbodj. La radio bénéficia aussi de l’expérience d’un Mbaye Sidi Mbaye.
Souvenirs pour souvenir,je ne peux pas ne pas évoquer deux journaux qui me sont très chers
Le Témoin de Mamadou Omar Ndiaye avec sa ligne provocatrice à dessein et le journal satirique, le Cafard libéré d’Abdoulaye Bamba Diallo où les portraits de Papa Samba Kâne relevaient d’un talent unique.
Naturellement, je ne saurai terminer sans évoquer, une grande figure de la presse sénégalaise, Mame Less Camara. Cet homme à lui tout seul incarne la lutte pour le pluralisme dans les médias Initiateur de la première émission politique contradictoire dans un média d’Etat, « face à face », à une heure de grande écoute, son premier invité fut l’opposant Abdoulaye Wade. Cette émission incarnait la singularité du débat politique sénégalais.
Ensuite Less, c’est la chronique d’Abdou Sow dans le Walf Quoitidien du vendredi que tous les hommes politiques attendaient, d’ailleurs, il en fut de même pour les « en hausse » et « en baisse » du Nouvel Horizon. Le jour où je surpris Boubacar Boris Diop et Mame Less Camara entrain de discuter autour d’un texte, je compris que c’est ce dernier qui signait par Abdou Sow.
Son influence fut si importante que je me demande toujours pourquoi il n’a jamais occupé de grandes responsabilités dans ce pays ; par exemple diriger un grand média? Mame Less Camara a oeuvré pour ce pays.
Pour conclure , je souligne que l’ouverture s’est faite aussi avec les femmes que représentent Fatoumata Sow, présidente de l’Association des Professionnelles Africaines de la Communication mais aussi fondatrice de la voix des femmes, Manoré FM, Diatou Cissé, la syndicaliste et des visages qui sont restés gravés dans nos mémoires, Sokhna Dieng, Elisabeth Ndiaye ou Ndèye Rokhaya Mbodj. On ne peut pas oublier aussi, les belles voix radiophoniques des soeurs Sidibé Gnagna et Lika ou encore Seynabou Kor et Ndèye Fatou Sy. Quant à Pasteef d’Arame Diop, il fut simplement un espace d’expression des aspirations des Sénégalaises. On peut aussi mentionner Dié Maty Fall et Gadiaga Diop.
Le mouvement féministe dans la presse fut surtout porté par des personnalités comme Eugénie Rokhaya Aw, Codou Bop, Saphie Ly et on doit une mention spéciale à l’éditorialiste de Sud Quotidien, Henriette Kandé Niang.Elles ont surtout hérité de leurs aînées que sont Anette Mbaye D’Erneville, Daba Aw et Marianne Seck, la première femme à avoir dirigé une station régionale.
Même s’il faut reconnaitre qu’on n’arrête pas la mer avec ses bras, notamment avec l’apparition de la presse en ligne l’internet et les médias sociaux ou encore les nouveaux groupes, GFM, Zik FM, il faut rendre hommage aux acteurs des années 1980-2000, sans lesquels, on n’aurait rien construit. Rendre hommage à Mame Less Dia est une excellente chose mais c’est très insuffisant. Même si on peut se réjouir d’avoir Babacar Touré à la tête du CNRA, la première alternance de 2000, aurait dû consolider l’existant tels les groupes Sud, Walf, Panafricain System production et faire la promotion de personnalités comme Mame Less Camara. Ce n’est pas trop tard!
NB, Abdou Latif Coulibaly a surtout marqué la période 2000-2012 en tant que journaliste d’investigation. Il faut aussi souligner l’existence d’une presse en langues nationales où se distingua Sofa du Linguiste Yéro Sylla et du Professeur Bouba Diop. Sofa se déclinait en Wolof et Pulaar.
Penda Mbow -pmbow@seneplus.com

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Samedi 27 Janvier 2018 - 18:40



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