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IBRAHIMA NIANG DIT PINIANG, ARTISTE : Le rêve américain d’un peintre-vidéaste de talent



Le peintre-vidéaste Ibrahima Niang dit Piniang a séjourné du 1e mai au 29 juin 2010 au Bronx Museum of the Arts de New York (Etats-Unis) dans le cadre d’une résidence photographique. Une initiative du gouvernement américain dédiée aux artistes de New York et à des non Américains. Il nous a parlé de cette expérience de deux mois qu’il a partagée avec le photoreporter Pape Seydi.



Ibrahima Niang dit Piniang et Dicko, 2005  © Virginie Andriamirado
Ibrahima Niang dit Piniang et Dicko, 2005 © Virginie Andriamirado
Pape Ibrahima Niang dit Piniang a fréquenté l’Ecole nationale des Beaux arts de Dakar de 1995 à 1999. Il s’est spécialisé dans l’expression et a suivi une formation de deux ans à Pictoon, un studio dakarois spécialisé dans les films d’animation. Ensuite il a réalisé de nombreux projets en Afrique, en Europe et aux Etats-Unis. En 2002, il a été sélectionné pour la première fois à la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar. Cela lui a donné l’opportunité de beaucoup voyager et de mûrir dans le domaine des arts visuels. Peintre, vidéaste, sculpteur, Piniang a une démarche plastique basée sur la synthèse des matières. Sa pratique artistique associe de manière récurrente la peinture et la vidéo, deux médiums complémentaires.

Ses installations, mais aussi ses films d’animation, constituent la matérialisation des questionnements sur l’avenir incertain que dessine notre propre mode de vie. L’artiste s’intéresse à l’actualité et aux médias, au reflet erroné du monde qu’ils nous renvoient, à ce décalage avec la réalité quotidienne difficile et incertaine. Ses vidéos sont réalisées à partir de ses propres peintures, avec des préoccupations comme l’eau et l’environnement. Son dernier projet en date est la résidence photographique de deux mois aux Etats-Unis. Auparavant, Piniang avait engrangé un capital expérience dans plusieurs pays européens. « Le constat que j’ai eu au regard de ce que j’ai capitalisé est qu’en Europe mes travaux se sont bien passés, mais le projet que j’ai réalisé aux Etats-Unis est très différent. Là-bas, les gens essaient vraiment de vous donner l’opportunité d’intégrer le marché de l’art américain, alors que si vous êtes un artiste plasticien africain voyageant en Europe, ils verront toujours en toi l’Africain », explique-t-il. La différence d’approche est manifeste en ce sens qu’aux Etats-Unis, on vous met sur le même pied que les artistes américains, poursuit Pinang.

En compagnie du photographe Pape Seydi du quotidien Le Soleil, il a participé à ce projet dans le cadre du programme dénommé « Artistes in the market place », une initiative du gouvernement américain dédiée aux non américains et à des artistes de New-York. Il y avait près de dix-huit artistes parmi lesquels les deux Sénégalais. Au programme, des rencontres avec les plus grand galeristes et mécènes new-yorkais. « Je pense qu’en Amérique, il y a de véritables mondes de l’art. Quand on est à Dakar, ce qui importe le plus c’est d’être connu. Aux Etats-Unis, c’est le marché de l’art. L’Europe crée des artistes, les accompagne. Les Américains n’ont pas ce temps. Là-bas, c’est le business », estime Piniang.

UN MARCHÉ À CONQUÉRIR

Et pour être prêt à intégrer ce marché, il est important d’avoir toutes les prédispositions, d’où ce besoin d’être très incisif. Même sur le plan juridique, il y a des choses à revoir, mais au Sénégal, les artistes ne sont pas confrontés à ces problèmes. Les participants à cette résidence artistique ont été initiés à certains rudiments juridiques, notamment les droits d’auteurs car la question du droit à l’image revient souvent dans les débats. Et pour preuve, le cas d’un photographe journaliste qui avait pris une image du président américain Barack Obama. La même image a été reprise et retravaillée par quelqu’un d’autre, ce qui lui avait valu un procès. « Ce sont des choses nouvelles, c’est à nous de voir comment ces gens protègent leur image. Cela nous permet de nous préparer en conséquence », souligne Piniang.

A la question de savoir si les artistes sénégalais, voire africains, sont assez outillés pour pénétrer le marché américain, le vidéaste répond : « A mon sens, c’est un marché très ouvert. Nous avons eu la chance de faire partie d’un programme officiel du gouvernement américain et par rapport à l’expérience que j’ai eue, je peux dire que c’est un marché à conquérir.

Cependant, on peut résider là-bas pendant des années sans être connu », souligne-t-il. Sur le plan artistique, Piniang juge que les artistes sénégalais ont un niveau très intéressant. Au début de la résidence, une certaine appréhension l’habitait et il craignait de ne pas être à la hauteur. A l’arrivée, il y a eu des visites des plus grands musées de New-York, des rencontres avec les artistes les plus connus dans le monde et la fréquentation de célèbres galeries, entre autres activités.

De son point de vue, Pape Seydi, photographe reporter au quotidien Le Soleil (qui a participé à la même résidence) témoigne que, par exemple, un artiste de la trempe de Robert Raugenberg a une approche artistique très proche de ce que font les Africains. « J’ai toujours aimé son travail parce que quand on visite le Musée d’art moderne de New-York (Museum of modern art, Moma) on peut parcourir tous les courants d’art. Et il faut reconnaître que les artistes africains qui n’ont jamais voyagé ont un niveau d’expression assez limité », ajoute Piniang. Pour le vidéaste sénégalais, l’art contemporain ne se limite pas à l’Afrique. La question d’identité ne signifie pas uniquement l’étalage de signes ou de symboles comme les cauris. Il faut essayer de trouver ce langage universel dans l’art par la prise en charge des préoccupations du plus grand nombre dans les processus de création.

En d’autres termes, il s’agit d’intégrer des réalités que l’on peut retrouver un peu partout. « C’est ça qui peut faire voyager l’Afrique. Ce n’est pas un repli sur soi, mais plutôt un partage », explique-t-il. Selon lui, l’important n’est pas de se focaliser sur des sujets comme le plagiat. « Cela a toujours été ainsi et l’Europe, de même que les Etats-Unis, ont besoin de ce métissage culturel », assure-t-il. Et Piniang est d’avis que notre environnement est très riche et qu’il y a énormément de choses à exprimer.

Pour lui, il est question de dire ce qui se passe ici et de trouver une connexion avec le reste du monde. « Il ne faut pas trop s’enfermer. Tu peux voyager, de même que ton œuvre, et parfois l’artiste n’a même pas besoin de faire le déplacement », souligne le vidéaste.

EL HADJI MASSIGA FAYE
Le Soleil

PiccMi.Com

Jeudi 29 Juillet 2010 - 07:51



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