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L’échelle de Richter de la détresse humaine



..17 palestiniens tués par l’armée israélienne...
...Un jeune noir abattu par la police dans son jardin...
Il n’existe pas d’échelle de Richter de la désespérance et de la violence humaines comme il en existe une pour mesurer la magnitude des séismes et ce sont donc les médias et les politiques des grandes puissances qui décident du classement des lieux de souffrance et d’injustice, proclament ceux qui ont voix au chapitre et ceux qu’on peut passer sous silence. Bien entendu ce classement obéit d’abord à leurs propres intérêts ou à leur perception culturelle du monde…



L’échelle de Richter de la détresse humaine
Des exemples de ce parti pris ?
On va sans doute dire que c’est une obsession chez moi mais je n’ai pas inventé le feu nourri de snipers israéliens sur une foule désarmée et qui a fait 17 morts et près de 2000 blessés. Il s’agissait pourtant d’une marche pacifique pour réclamer le « droit au retour » qui se déroulait hors des limites d’Israël et ne représentait aucun danger pour l’armée israélienne, comme l’a souligné le journal Le Monde. Pourtant ni l’évènement, traité à la page des chiens écrasés dans la plupart des médias, ni le refus d’Israël de se soumettre à une enquête internationale, n’ont suscité le courroux des dirigeants des puissances occidentales.
Si l’armée turque avait fait les mêmes victimes, à ses frontières, face à une manifestation pacifique d’Arméniens, le crime aurait alimenté les discours de leurs chefs d’états et aurait été soumis au jugement du Conseil de Sécurité.
Autre exemple : massacre pour massacre, pourquoi celui qui se déroule en Syrie est insupportable pour le président français alors que celui qui se passe au Yémen ne trouble pas son sommeil ? La vraie différence c’est que le premier est le fait d’un « ennemi », ou plus exactement un ex-ami affaibli par la guerre, et que le second a pour responsable un très cher et très riche « ami » !
Enfin comment comprendre que l’Occident qui ne rate jamais l’occasion de critiquer les cruautés commises en Afrique, soit si compatissant à l’endroit du président philippin, reçu en tête à tête amical par D. Trump, dont la police a procédé à des milliers d’exécutions extra-judiciaires de trafiquants de drogue et qui, se référant à Hitler, s’est promis de « massacrer les 3 millions de drogués » des Philippines avant la fin de son mandat et par les mêmes procédés expéditifs.
Il nous suffirait de sortir de notre caverne pour comprendre que les titres de la presse du Nord ne traduisent pas nécessairement l’évènement le plus important du jour et que les indignations des chefs d’états qu’ils mettent en exergue expriment souvent un parti pris manifeste. Quand ils parlent de « bavures » c’est que la faute incombe à leurs armées, ailleurs cela s’appelle « barbarie ».Etre élu avec 92% des voix c’est la consécration populaire pour le président Al Sissi, en Iran ce serait le fruit d’une manipulation. Personne ne s’est proclamé « Je suis Stephen Clark », le jeune noir abattu dans le jardin de sa maison et qui avait pour seule arme son iPhone. D’ailleurs on n’a jamais marché en Europe pour stigmatiser la violence de la police américaine, qui a tué plus de Noirs qu’on en a lynché pendant la ségrégation, ou la magnanimité de la justice à l’endroit des responsables de ces crimes.
Lorsqu’on parcourt les médias du Nord ou qu’on écoute les adresses de ses dirigeants on arrive à la conclusion que les démons qui menacent la paix du monde « civilisé » sont, après DAESH, l’Iran, la Corée du Nord ou le Venezuela et que le pic de la souffrance humaine se situe dans la banlieue de Damas et aux frontières de l’Irak et de la Syrie Certes DAESH est un monstre absolu mais pourquoi fait-on semblant d’ignorer que parmi les rebelles assiégés par l’armée syrienne dans la Ghouta orientale et que les puissances occidentales arment et soutiennent, il y a des « islamistes « et des Frères Musulmans qu’elles considèrent pourtant comme les suppôts du « jihadisme » ?
La réalité c’est que DAESH, c’est un peu comme le sida. De même que le Nord se mobilise plus volontiers contre le sida, qui ravage ses élites, mais reste peu disponible à financer la lutte contre le paludisme qui fait plus de morts, mais chez les pauvres, de même s’il se montre si intransigeant à l’endroit de ce qu’il appelle « l’islamisme » c’est que celui-ci menace aussi sa sécurité ,et cette mobilisation fait oublier que les principales victimes de ce fléau sont les Musulmans eux-mêmes( plus de 300 morts dans un seul attentat à Mogadiscio en octobre 2017 ).
Quels sont aujourd’hui les lieux du monde qui, en termes de nombre de victimes, de personnes en situation de détresse, d’injustice et d’actes de cruauté envers des êtres humains, devraient figurer aux premiers rangs des grandes douleurs, et devraient donc à ce titre, faire les éditoriaux de la presse, retenir toute l’attention des grandes démocraties, mobiliser tous leurs moyens humains, politiques et militaires pour rétablir la paix et la justice ?
Au top 5 des grandes souffrances devrait figurer incontestablement l’ouest de la Birmanie où plus de 600.000 citoyens du pays ont été expulsés, privés de tous leurs droits, et pour certains torturés ou massacrés. C’est même aujourd’hui l’un des rares endroits du monde où l’on peut parler de génocide et le responsable moral de cette tragédie est un Prix Nobel de la Paix que l’Occident continue à ménager.
Au Yémen des millions de personnes sont menacées d’anéantissement, sont soumises à la malnutrition ou au manque de soins et leur tortionnaire est connu, reçu en grande pompe, traité en ami et en bienfaiteur. On lui pardonne même ce qu’on ne pardonne pas à ceux que l’on appelle « islamistes »puisque son pays est le doctrinaire et le bailleur de fonds de cet islam rigoriste que le Nord voue aux gémonies.
Le Soudan du Sud a été laissé en déshérence par les grandes puissances qui avaient imposé à l’Afrique sa création au motif qu’il fallait donner une patrie aux Soudanais « non musulmans ».Mais la couleur de peau et la religion ne suffisent pas pour créer l’unité nationale et le pays est aujourd’hui ravagé par la guerre, la famine, les rivalités ethniques et compte des centaines de milliers de morts et des millions de réfugiés.
Ces trois foyers de détresse figurent rarement aux premières pages des journaux occidentaux, sauf cas exceptionnel, aucun n’a reçu le soutien militaire des grandes puissances pour neutraliser ses oppresseurs et le sort de leurs populations n’est pas une priorité pour la « communauté internationale ».
Voilà comment, au fil des ans, nous nous sommes habitués à ce qu’aucune de nos voix ne soit entendue au Nord et à ce que les voix du Nord assourdissent nos oreilles. C’est ce que j’appelle le « syndrome TV5 », puisque la chaine de télévision de la Francophonie n’a aucune gêne à imposer à ses partenaires africains, quotidiennement et in extenso, les journaux télévisés publics de la Communauté française de Belgique (4,5 millions d’habitants) et de la Suisse romande (2 millions d’habitants) et à se satisfaire d’un patchwork d’une demi-heure pour relayer les télévisions des 200 millions d’Africains qui ont le français en partage.
Quand nous aurons compris que les ennemis de nos « amis » du Nord ne sont pas tous et par définition nos « ennemis », ce jour-là nous aurons fait un grand pas vers l’indépendance. Alors, et alors seulement, nous pourrons dire avec Césaire que « le temps de nous-mêmes » est arrivé !
Par Fadel Dia

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Lundi 9 Avril 2018 - 17:03



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