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L’élevage, un sous secteur de plus en plus déficitaire



La 4ème Journée Nationale de l’Élevage sera célébrée à Kolda le 23 décembre 2017. L’occasion est propice pour parler des succès et difficultés du sous secteur. L’élevage sénégalais est loin d’être positionné sur la rampe de l’émergence. Beaucoup d’indicateurs fiables l’attestent. Plusieurs contraintes lestent cette activité qui implique pourtant plusieurs millions de sénégalais. L’élevage est pratiqué dans les 45 départements du pays, par toutes les ethnies aussi bien en milieu rural qu’urbain. Les sénégalais ont la fibre de l’élevage mais c’est une activité qui jadis n’était pas soutenue par le colonisateur et après l’indépendance ne l’a été que très peu par les pouvoirs qui se sont succédé depuis 1960. On peut aussi rappeler que l’élevage n’a jamais été considéré comme une priorité comparativement à l’agriculture. Peu de financements sont mobilités pour le sous secteur qui ne bénéficie pas non plus des avancées de la recherche agronomique notamment pour l’amélioration des espèces. Il en résulte que l’élevage stagne et le Sénégal est contraint d’importer de plus en plus de produits d’origine animale pour satisfaire ses consommateurs. Il est inquiétant de constater que l’élevage sénégalais est ainsi de plus en plus déficitaire et c’est vérifiable in situ. Espérons qu’on en parlera cette fois à Kolda.



Les contraintes qui plombent l’élevage sont innombrables et sont fortement liées. Je leur ai consacré plusieurs contributions. L’examen minutieux de l’évolution de l’élevage depuis 1960 montre sans ambiguïté que le secteur n’a pas véritablement évolué. L’activité est resté essentiellement extensive, sa productivité est faible, les espèces n’ont pas été améliorées génétiquement, la transhumance est pratiquée comme à l’ancienne, aucune politique de valorisation du lait n’est mise en œuvre, les éleveurs n’ont pas droit au foncier, les fonds qui lui sont dédiées sont dérisoires. A ces contraintes s’ajoutent le vol de bétail et le désengagement de l’Etat pour la prise en charge médicale des bovins, caprins, moutons etc.
Comme le poisson, l’élevage apporte aux sénégalais les protéines dont ils ont besoin. Avec la croissance quasi exponentielle de la population sénégalaise qui double tous les 25 ans, les pouvoirs publics devraient mener une politique d’élevage visant la modernisation du sous secteur afin qu’il joue pleinement son rôle dans la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations.
Ceux qui pratiquent l’élevage ou l’observent savent que depuis l’indépendance aucune réforme audacieuse et d’envergure n’a été prise pour moderniser le sous secteur. Il n’y a que des réformettes d’ampleur et d’ambition limitées.
L’amélioration des races exploitées au Sénégalais n’a jamais été envisagée de façon scientifique et programmatique. On importe des géniteurs, des laitières bonnes productrice de lait. C’est une démarche informelle qui ne donnera pas de bons et durables résultats à l’échelle nationale. Une réforme d’envergure est indispensable pour rendre l’élevage performant.
L’Etat s’est désengagé dans la prise en charge médicale des animaux d’élevage. Il en a résulté le retour de certaines maladies particulièrement mortelles et l’automédication avec toutes les conséquences qui en découlent. Les résidus d’antibiotiques fortement présents dans la viande constituent une menace pour la santé des consommateurs notamment à cause de la résistance microbienne aux antibiotiques. Parent pauvre de la politique des colonisateurs, l’élevage mérite une attention particulière de l’Etat pour rattraper son retour dans un contexte où la demande de produits alimentaires d’origine animale est de plus en plus présente.
Depuis l’indépendance, l’élevage sénégalais est écarté du foncier. Ainsi les aires de pâturage se rétrécissent comme peau de chagrin et les parcours de bétail sont systématiquement cédés aux agricultures qui sont considérés comme les seuls capables de valoriser les terres. L’Etat observe sans réagir l’occupation des forêts classées par les cultivateurs au détriment de l’élevage. Les éleveurs impuissants ont alerté qui de droit mais sans succès. Ils demandent constamment à l’Etat de rétablir les forêts classées dans leurs anciennes limites.
La valorisation des produits de l’élevage n’a pas fait de progrès depuis 1960. Non seulement l’Etat n’initie pas mais ne soutient pas véritablement les privés qui se lancent dans la transformation du lait local. Les autorités sont censées savoir que sans valorisations des productions locales, point de promotion du sous secteur. L’Etat semble résigner à importer du lait en poudre pérennisant ainsi le déficit en ce produit de notre élevage. Ce serait un mauvais choix économique car l’Etat perd des milliards de devises annuellement. L’amélioration génétique des laitières locales en suivant le même protocole que les pays qui ont atteint l’autosuffisance en ce produit stratégique est la bonne voie pour mettre un terme à l’important de la poudre de lait.
Le Sénégal est également déficitaire en viande. Sans la Mauritanie et le Mali, cette denrée serait très rare dans notre pays. Ce déficit en viande est récente est s’intensifie d’année en année. C’est inquiétant car c’est une situation qui ne semble émouvoir personne. La solution à ce déficit se trouve là aussi dans l’amélioration des espèces pour produire plus de viande.
Le déficit de l’élevage le plus connu des sénégalais est celui des moutons. Chaque année, à l’occasion de la Tabaski, le Sénégal importe des centaines de milliers de moutons maliens et mauritaniens. La aussi l’Etat semble résigner à l’importation de moutons pour chaque Tabaski. Le seul souci bien avoué des autorités est d’éviter la pénurie en cet animal de sacrifice mais à courts et longs termes il n’ y a pas de politique bien ficelée pour l’autosuffisance en moutons de Tabaski. Si la Mauritanie et le Mali sont autosuffisants en moutons au point d’en exporter vers le Sénégal, c’est que notre pays a les potentialités de s’autossuffir en moutons. Sur tous les plans, ces deux pays n’ont rien de plus que nous en matière d’élevage de moutons.
Le déficit de notre élevage a créé une dépendance du Sénégal vis-à-vis d’autres pays en produits alimentaires stratégiques d’année en année grandissante. Cette situation est insupportable sur le plan de la souveraineté alimentaire et sur celui de l’économie. Il urge enfin, dans le cadre du PSE, d’élaborer un plan national de promotion de l’élevage à moyens et longs termes. La levée des contraintes qui lestent l’élevage est possible et le sous secteur peut devenir excédentaire et ainsi exportateur.
Pr Demba Sow
Université Cheikh Anta Diop
Ecole Supérieure Polytechnique

PiccMi.Com

Samedi 23 Décembre 2017 - 10:57



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