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LA REEDITION DE LA PLAIE DE MALICK FALL PRESENTEE OFFICIELLEMENT : LES RETROUVAILLES…UN DEMI-SIÈCLE PLUS TARD





LA REEDITION DE LA PLAIE DE MALICK FALL PRESENTEE OFFICIELLEMENT : LES RETROUVAILLES…UN DEMI-SIÈCLE PLUS TARD
Ressuscité récemment par les Editions Jimsaan, le roman « La plaie » de Malick Fall a été présenté de manière officielle il y a deux jours, le samedi 31 janvier, dans les nouveaux locaux de la Librairie Athéna à la Place du Souvenir. Face au public, trois personnes partageront leur expérience littéraire : le journaliste et écrivain Pape Samba Kane, l’écrivain Louis Camara, et le critique littéraire et professeur de lettres modernes Alioune Badara Diané, en présence de la famille de Malick Fall. Ce qu’il faudra retenir de cette cérémonie, ce sont des mots qui reviendront souvent, c’est qu’ «on a rendu le livre à son public ». Malick Fall est aussi l’auteur d’un recueil de poèmes intitulé « Reliefs ».

Publié en 1963, il sera préfacé par le président Léopold Sédar Senghor.

Ouvrir un livre c’est un peu comme se lancer dans une aventure…littéraire. Sans doute parce qu’on ne sait pas toujours ce qu’on y trouvera, et peut-être aussi parce que c’est tout l’enjeu du jeu finalement : l’inconnu. Le journaliste et écrivain Pape Samba Kane avait 12 ans lorsqu’en 1967, Malick Fall publiait son roman «La plaie», et il avouera qu’il ne connaissait pas vraiment l’auteur. Mais il faut croire qu’il s’est rattrapé entre-temps…Car sans cela, jamais il n’aurait pu raconter sa rencontre ou son histoire avec un récit bouleversant. Et jamais, là non plus, il n’aurait été crédible dans son rôle de lecteur « enthousiaste ». C’est de cette manière qu’il s’est présenté samedi 31 janvier aux hôtes de la Librairie Athéna qui accueillait une cérémonie peu commune, nous vous l’annoncions récemment, la réédition de « La plaie » chez Jimsaan, ou son exhumation après près d’un demi-siècle d’amnésie.

Lorsque Pape Samba Kane en parle, on a comme le sentiment que la règle dans ce texte, c’est qu’il n’y en a pas finalement. Le trait d’écriture se permet quelques emprunts « à la poésie et à la satire », l’auteur est « surréaliste » sur les bords, et surtout avant l’heure. Derrière la plume de Malick Fall, ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il n’y a rien de tout à fait léger ni de tout à fait sérieux. L’auteur assume parfaitement son côté décalé ou « décontracté », à la fois « grave et burlesque », et sans que cela ne soit paradoxal. Peut-être parce qu’il sait se montrer tout à fait subtil, se jouant des images et autres métaphores, même lorsqu’il raconte comment « les poux rongent la plaie de Magamou», le personnage principal de son roman. Autrement, c’est-à-dire « sans cette poésie, ce serait (tout simplement) répugnant » et peut-être aussi un peu plat et littérairement aride.

L’écrivain Louis Camara, qui partage avec Malick Fall et avec Magamou lui-même, ses racines saint-louisiennes, s’amusera à jouer sur les mots. «La plaie», dira-t-il dans une correspondance adressée à son auteur défunt, lui « a laissé une marque profonde », lui qui lorsqu’il découvre le texte pour la première fois, est alors enseignant à Mbacké dans la région de Diourbel. A mesure que l’on avance dans le récit, dit-il encore, on éprouve un malaise : « l’histoire dérange à la fois par son côté tragique et la souffrance de son personnage». Magamou, « ce gueux atypique, ce misérable déclassé »finit par se superposer à sa plaie, mais sans que Malick Fall ne verse dans l’exhibitionnisme. Sa parade à lui, un peu comme un irrévérencieux pied-de-nez, ce sera son « humour caustique et son ironie mordante ».

« La plaie » sera dès le début frappé « d’ostracisme » et « d’une sorte de malédiction littéraire » qui feront que l’on n’en parlera que très peu, comme si l’on n’osait pas. A l’exception peut-être de quelques-uns comme le critique littéraire et professeur de lettres modernes Alioune Badara Diané de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), lui qui pratique l’œuvre de Malick Fall depuis de très longues années. La plaie selon lui, c’est à la fois « un document social…un reportage sociologique…un diagnostic sans complaisance de la misère…un monument de langage…une écriture audacieuse…un réalisme cru ». Mais aussi de la subtilité, de l’impertinence, du lyrisme et de l’ironie.

Ouvrir « La plaie », c’est avoir les yeux rivés sur nos propres puanteurs, sur nos aspérités, et sur cette « part obscure de nous-mêmes » que nous n’avons pas toujours envie de voir : parce que la rencontre avec le «Minotaure », ce monstre de nos labyrinthes intérieurs et son insoutenable regard, peut être glaçante. Entre Magamou et sa plaie, toujours selon Alioune Badara Diané, l’auteur dessine une métaphore qui exprime l’idée d’un traquenard social : « La société piège les hommes et on n’a jamais raison contre elle. »

Sudquotidien


Lundi 2 Février 2015 - 14:58



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