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LE CINEMA SENEGALAIS, EUPHORIE ET DECEPTION





LE CINEMA SENEGALAIS, EUPHORIE ET DECEPTION
Le cinéma sénégalais nous avait habitués à jouer au yoyo, à balancer entre activation et stagnation. Depuis un an, il piaffe d’impatience sur le pas de tir. Le compte à rebours a été retardé. Le milliard promis en 2014 pour le propulser n’a pas été décaissé.

Pour les sociétés de productions cinématographiques et les réalisateurs, 2014 ouvrait les perspectives d’un cinéma sénégalais redynamisé dans le sillage de l’euphorie enclenchée par une pluie de récompenses aux jeunes réalisateurs et à leurs ainés aussi bien à Carthage qu’à Ouaga… Il y eut surtout en 2013, le sacre du réalisateur Alain Gomis et son film «Tey» qui a valu au Sénégal son premier étalon de Yennenga depuis la création du Festival Panafricain de Cinéma de Ouagadougou (FESPACO) le 7 janvier 1972. L’euphorie était justifiée d’autant qu’une année auparavant Les Journées Cinématographiques de Carthage (JCC) à Tunis avaient signalé le retour du cinéma sénégalais sur la scène africaine après une longue période d’endormissement. L’on se souvient que « La pirogue» de Moussa Touré avait ramené au Sénégal le Tanit d’or et «Mère-bi», le documentaire d’Ousmane William Mbaye remportait le premier prix dans sa catégorie. «Tey» de Alain Gomis avait eu les faveurs du jury.

De retour de Ouagadougou les cinéastes primés étaient venus présenter leurs trophées au Président de la République Macky Sall qui y trouva un motif de satisfaction et annonça sur le coup, l’octroi d’un milliard de francs CFA pour booster la production cinématographique. La décision fut grandement applaudie et on en fit la publicité dans les rencontres et autres manifestations cinématographiques. Ce qui soulevait des « Oh ! » d’admiration et une pointe de jalousie.

Le geste du président sénégalais était interprété hors de nos murs comme un engagement sans faille à faire revenir le cinéma national dans le top 5 des cinématographies africaines. Mais plus 2014 alignait les mois plus l’euphorie qui avait salué la décision présidentielle s’émoussait pour terminer sa course dans la déception d’autant plus que le FOPICA ( Fonds de promotion à l’industrie cinématographique et audiovisuelle)qui est le tiroir-caisse dans lequel devait être versé l’argent avait lancé un appel à candidature et récolté quelque quatre -vingt projets parmi lesquels il devait choisir les projets matures à financer. On ne décaissa point le milliard annoncé en 2013. Tout au plus a-t-on appris en fin d’année, à l’occasion de la relance des Rencontres cinématographiques de Dakar (Recidack) que sur le milliard, l’Etat sénégalais avait mis sur le coude huit cents millions de francs et ne lâcherait que deux cents millions. Le pourquoi de cette soustraction ? Les explications divergent.

Retard dans le décaissement dû au fait que le ministère des Finances n’était pas dans la même logique de gestion des fonds que la Direction de la Cinématographie explique-t-on à la Direction de la cinématographie. Au ministère de la Culture et de la Communication, on reproche aux cinéastes minés par des controverses au sein de leur association de ne pas s’être retrouvés pour hisser haut le pavillon « Touche pas à mon milliard ». Le président de l’association des cinéastes croit ferme qu’il s’agit là d’un détournement d’objectif qui a restreint comme peau de chagrin l’argent alloué à la production. Les huit cents millions « empruntés » par l’Etat seront-ils remis dans la cagnotte pour grossir le second milliard inscrit dans le budget 2015 ? Macache ! Bouche cousue !

Passée cette déception, 2014 a donné des motifs de satisfaction ce que traduit la création d’un magazine du cinéma et de l’audiovisuel dénommé « Senciné ». Les trois derniers mois de l’année ont vu la sortie de films qui mettent au-devant les réalisatrices. Il souffle à nouveau les alizés, vent portant sur le cinéma sénégalais avec les barreuses que sont les femmes cinéastes. Diabou Bessane avec son documentaire consacré à l’évolution de la presse sénégalaise depuis le 19ième siècle à nos jours fait le tour de la question. La réalisatrice nous avait donné à voir « Les mamans de l’indépendance » qui retrace le parcours des femmes dans la bataille pour accéder à la souveraineté nationale. Diabou Bessane se positionne comme une documentariste archéologue de nos mémoires.

Mariéme et Khady sylla ont réalisé « simple parole » qui est un chant du cygne pour Khady Sylla décédée avant la sortie de ce film qui ceinture l’oralité avec le filet de l’image. Le film faisait partie de la sélection officielle du festival de Toronto. Angèle Diabang est allée filmer au Bukavu (RDC) l’équipe du Docteur Mukwedge de l’hôpital de Panzi qui redonne espoir aux femmes dont les rebelles se servent comme armes de guerre. Une manière pudique d’expliquer la violence sur le corps de ces femmes. Angèle Diabang a eu l’intelligence de nous faire percevoir que ce docteur-ci n’est pas Rambo et que le mérite est collectif. Elle rapporte un documentaire de 52 minutes qui porte le titre « Congo un médecin pour sauver les femmes ». « Derrière les rails » de kady Diedhiou accompagne la commerçante Dior Lèye dans ses pérégrinations de la journée. Vingt-quatre heures de la vie d’une femme battante.

Sur le pont du navire cinéma, les hommes donnent la cadence. Ainsi Nicolas Sawalo Cissé architecte de formation et de profession marque son empreinte sur le sol mouvant du cinéma, après son premier court métrage, il a réalisé cette année « Mbeubeuss » son premier long métrage, un film écologique aux allures bibliques primé au Portugal. Hubert Laba Ndao, après « Teus Teuss », revient avec « Dakar trottoirs » une peinture des nocturnes chaudes de la capitale sénégalaise loin de l’effervescence de la journée. Les jeunes emboitent le pas à leurs devanciers. Christian Thiam réalise « Casa Di Mansa », documentaire qui désembrouille le conflit casamançais. Mamadou Ndiaye s’intéresse aux fâcheuses incidences des nouvelles technologies de la communication sur la famille avec son film « Main-Tenant… Virtuelle-Ment Familial ». IPhone, tablette, jeux vidéo isolent de plus en plus les membres d’une même famille. Le réalisateur tire la sonnette d’alarme. Lamine Diémé s’est lancé dans une nouvelle expérience avec « Au commencement » un film d’animation qui reprend le procédé du sablé ou comment raconter une histoire rien qu’avec du sable et une feuille de papier.

Des récompenses, il y en a eu: Kady Diedhiou et Mamadou Ndiaye ont été primés à Clap ivoire; les trophées francophones ont sacré Marième Demba Ly meilleure actrice et Souleymane Seye Ndiaye meilleur second rôle, tous les deux pour leur prestation dans « les Etoiles » de Dyana Gaye, film prix du jury à Carthage et à Angers cette année. « La pirogue » de Moussa Touré a été largement récompensée tout au long de l’année écoulée. « Une simple parole » récompensée aux Etat unis. Côté manifestation, le Sénégal étrenne deux nouveaux rendez-vous cinéma. Le festival du film documentaire de Saint-Louis dont c’était la première grande manifestation qui désormais fait de la ville, le lieu incontournable du film documentaire avec ses rencontres Tenk (bourse à projets) et le Master 2 de documentaire de création à L’université Gaston Berger. La relance des Rencontres cinématographiques (RECIDAK) qui a eu lieu au mois de décembre.

La tenue de la Francophonie a été une occasion de sortir le cinéma hors de Dakar avec des projections dans les régions et des rétrospectives. Safi Faye était la marraine de la semaine de la critique avec son film «Mossane». Les journalistes culturels ont bénéficié d’une semaine d’initiation à la critique cinématographique au mois de mai dans l’espace L’Aula Cervantès. Atelier initié par l’association sénégalaise de la critique cinématographique, la Fédération Africaine de la critique cinématographique et l’ambassade d’Espagne. Quatre salles de cinéma de quartier ont été rénovées : le cinéma Christa de Grand Yoff, Awa de Pikine, Bada ciné à la Gueule Tapée et La Médina. Gageons qu’avec l’acte trois de la décentralisation les communes construiront de nouvelles salles de cinéma pour accueillir la production du jeune cinéma. L’inscription au budget 2015 d’un autre milliard permettra cette fois-ci d’amorcer la pompe de la production.

L’année s’est refermée avec un important prix aux JCC (mois de décembre), celui du Jury avec « Les Etoiles » de Dyana Gaye. 2015 s’ouvre avec le Fespaco au mois de février attendons de voir si le Sénégal rééditera son exploit. Une pensée émue à Momar Thiam cinéaste de la première génération et auteur de « Baks » film à succès. Sa disparition au mois d’août dernier clôture la génération des Sembene, Ababacar Samb, Paulin Vieyra. Une première génération qui nous a valu des films cultes.

Sudquotidien




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