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« LE NGOR » : Un mot symbole de l’éthique et de l’équité



Dans la langue Wolof, l’expression « ngor » se traduit par un engagement à défendre des valeurs positives. Elle renvoie, également, à un effort personnel sur soi pour rester conforme aux valeurs sociales héritées, quelle que soit la situation.



« LE NGOR » : Un mot symbole de l’éthique et de l’équité
Le terme « ngor » est la colonne vertébrale de l’éducation en milieu wolof, estime Massamba Guèye, docteur ès Lettres, spécialiste de la littérature orale. « C’est un terme lié à l’environnement », déclare-t-il, avant d’ajouter que cette expression relève de l’éthique, de l’équité et de l’éducation. « L’équivalent en français de « ngor » aurait pu être la dignité », dit-il. Et de poursuivre : « Mais, le « ngor », dans le sens où le wolof l’utilise, se traduit par un engagement à défendre des valeurs positives. C’est un engagement à défendre une lignée familiale, mais surtout un effort personnel sur soi pour rester conforme aux valeurs sociales héritées, quelle que soit la situation », confie-t-il.

Utilisé dans certaines expressions, le sens du mot « ngor » diffère. Par exemple, cite M. Guèye : « quand quelqu’un dit « sama ngor doumou taha déf yénneyi », cela veut dire qu’il a une référence éthique qui fait qu’il ne puisse pas se compromettre. Il s’agit de faire des actes que l’on puisse raconter à sa généalogie et à sa descendance pour construire un pan de la généalogie, parce que dans notre philosophie, chacun de nous est un pan de la généalogie et il ne faut, en aucun cas, rompre le champ de la famille, « wayu askan bi boulko yakh », « wayu dom bul ko yakh », fait savoir le spécialiste de la littérature orale. C’est pour cela qu’on dit, aussi, en wolof « wett goré wétéliku goré » (quand on est seul, on doit rester intègre et digne, on doit l’être, également, quand on est avec les gens). « Il ne s’agit pas alors d’une attitude physique vis-à-vis du monde, mais plutôt d’une attitude morale vis-à-vis de soi-même et qui définit le sens de son existence », explique-t-il.

Pour étayer son propos, Massamba Guèye donne l’exemple de quelqu’un qui se trouve dans une situation difficile et qui laisse tomber les principes de vie de sa famille pour gagner de l’argent : on dit qu’il a perdu son « ngor » (sa dignité). Et c’est pour cela que les wolofs utilisent le terme « ngor dèy goor si dara », c’est-à-dire la dignité doit reposer sur quelque chose d’essentiel à savoir l’indépendance du revenu économique. Il faut que la personne se débrouille pour être indépendante économiquement.

Des Sénégalais interrogés traduisent le terme « ngor » par le respect de soi-même ou la fidélité dans l’action ou l’amitié. Pour certains, la personne doit rester égale à elle-même. Aucune situation ne doit jouer sur son comportement habituel. Par exemple, « ngor dou niak ba nianki » (un homme digne ne désespère jamais », « ngor bou thiapé dou bayi » (l’homme digne reste toujours égal à lui-même), etc. Pour d’autres, par contre, le terme « ngor » ne reflète rien d’autre que la personnalité. Ils ont donné, comme exemple, le fait que l’individu ne doit jamais se rabaisser, quelle que soit la situation dans laquelle il se trouve. Aussi, par respect à soi-même, il doit gagner sa vie à la sueur de son front et de façon élégante.

Selon toujours le spécialiste de la littérature orale, le terme le plus proche de « ngor », c’est le verbe « goor » qui signifie s’accroupir sur ». Par exemple, quand on a un chameau et qu’il se met en position accroupie, on dit en wolof que « Guilème bii dafa goor ». Et là, l’expression « gor dèy goor si dara » revient encore. Dans ce contexte, elle signifie que la personne doit aussi s’accroupir sur des valeurs essentielles qui sont des valeurs de principes. L’homme ne doit pas changer en fonction des situations. Il doit rester conforme à un idéal de vie qui est un idéal communautaire et chronique.

Anecdotes

Selon toujours le spécialiste en littérature orale, Massamba Guèye, les anecdotes les plus célèbres qui s’accompagnent avec le terme « ngor », ont rapport avec les champs de bataille. « Quand je prends l’exemple de notre figure historique Lat Dior Ngoné Latyr Diop, l’histoire nous raconte en langue wolof que « malaw guissoul raye bi » (le cheval de Lat Dior qui se nommait malaw a refusé de voir le chemin de fer), « Lat Dior Diop déllousioul Dekheulé », (il n’était pas question pour Lat Dior de revenir à Dekheulé) », cite-t-il. « Ces exemples illustrent parfaitement le « ngor ». Le refus de Lat Dior de revenir vivant et vaincu de Dekheulé s’explique par le fait qu’il voulait défendre son « ngor » (dignité) en restant dans le champs de bataille », explique Massamba Guèye.

L’autre anecdote citée par Massamba Guèye est en rapport avec les combats de lutte. « Aujourd’hui, le terme qui devait être le plus utilisé dans l’arène est le « ngor ». Malheureusement, on ne l’entend jamais. Ce qui veut juste dire qu’on développe plus une relation matérielle qu’une relation d’éthique. La preuve, nous constatons, de nos jours, un lutteur terrassé qui se relève pour proclamer haut et fort qu’il n’est pas vaincu. Alors qu’avant, les mères de famille avaient l’habitude de nous dire en wolof « samal sa ngor », (veille à rester toujours intègre et digne). Chose rare dans la vie d’aujourd’hui », constate le spécialiste de la tradition orale, Massamba Guèye.

Maguette GUEYE DIEDHIOU
Le Soleil

PiccMi.Com

Lundi 16 Août 2010 - 12:35



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