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LE REGARD DE RAMATOU - Quand le cancer gangrène au Sénégal…entre démons et espoir



PICCMI.COM - Février, une réplique…pour les malades du cancer au Sénégal. Un jour à célébrer avec, toutefois, les mêmes sévices. Un mal qui ronge au plus profond de l’âme. La bonne nouvelle, c’est que l’estive n’est plus que personnel. Plaqué par le destin, le patient partage désormais sa souffrance avec son monde. Celui-là même touché dans sa plus large couche. Et, lui est le porte flambeau d’un combat qui s’élève dans la ferveur d’une solidarité populaire et qui, mieux que le traitement inespéré d’un thérapeute souvent invisible, arrive dès lors à vaincre le grand mal…et à retarder l’ultime souffle.



Photo d'illustration
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Son désir est loué et son courage célébré. Au moment où elle doit porter, comme une plaie béante, les défections du système sanitaire de son pays et gérer, pour compte, le poids des jours sans soleil, car sans espoir réel. Dans un coin de sa maison à Guédiawaye, Aram*, la trentaine témoigne. La main sur le cœur, elle promet de vivre…et pourtant, à l’instar d’environ un millier de sénégalais, atteints de cancer chaque année, elle appréhende les moindres signes... Au moment où, à longueur d’ondes, on en parle de plus en plus. Mais encore, découvrir cette maladie a été pour elle de la vivre. Sans crier gare, elle s’invite chez elle et a transformé son quotidien, la menant de la quiétude au misérabilisme, la rendant si fragile…devant une bonne progéniture. «On accepte le destin et espère le miracle», confie-t-elle, sans détour, le regard vague. Comme si elle cherchait encore quelque réponse dans ce grand tumulte. Elle doit, encore et désormais, faire face à un traitement coûteux, une cure de longue haleine qui ne lui a presque rien laissé depuis bientôt deux ans, elle qui, comme tant d’autres dans ce faubourg, joint les deux bouts ; Un moment, elle a juste eu l’indélicatesse de croire aux petites joies du quotidien dans son coin béni, au cœur d’une banlieue où rien n’est donné sans effort. Elle devra, à présent, batailler pour gérer un temps précieux. Dans un environnement où les échos par rapport au cancer sont loin de la rassurer. Oui, les chiffres sont énormes et en disent long sur le mal qui gangrène, ici plus qu’ailleurs. Chaque année, ce sont plus de 15.000 nouveaux cas de cancer qui sont enregistrés au Sénégal, avec la mortalité la plus élevée en Afrique de l’Ouest. D’après les statistiques de l’Institut du cancer de l’hôpital Aristide Le Dantec, 70% des patients atteints, ces dernières années, succombent à la terrible maladie. Celle-ci devient, dès lors, une préoccupation majeure dans la prise en charge de la santé communautaire au Sénégal.


Un démon hors de contrôle

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«Depuis près d’un siècle, la médecine moderne bute sur la cause véritable de la plupart des affections – et du cancer en particulier. En effet, il est difficile, voire hasardeux, après une étude épidémiologique, d’incriminer formellement quelque chose (aliment, produit chimique, virus, etc.), comme un facteur causal de cancer ; car, en vérité, la survenue d’un cancer est toujours le fait d’une conjonction de facteurs suspects connus – et toujours, il y’aura des facteurs inconnus. Tout cela fait qu’il y a souvent trop de biais et donc de sources d’erreurs dans l’interprétation des résultats des études, tant rétrospectives que prospectives», dixit le Dr Mouhamadou Bamba Ndiaye, ancien interne des hôpitaux qui a ainsi consacré une large fenêtre sur le cancer en août 2017 sur un forum dédié. Pour l’homme de science, le mal est plus profond et d’autant plus pernicieux qu’on n’arrive pas forcément à le cerner et le contrôler. Au-delà, il est ainsi établi que «Le cancer est une maladie fonctionnelle du génome humain. Il ne s’agit pas d’une maladie anatomique irréversible, mais d’un mécanisme par lequel un gène au sein d’une cellule normale s’active soudainement pour lui conférer un taux de croissance anarchique». Très simplement, les médecins diront encore, dans plusieurs cas, que les cellules deviennent folles, se multiplient exagérément et deviennent envahissantes par la production de métastases. Il s’agirait vraisemblablement de la rupture d’un savant équilibre, comme c’est le cas pour beaucoup d’autres affections (arthrose, diabète, hépatite, sclérose en plaques, psoriasis, asthme, etc.). Tout peut laisser penser qu’il s’agit d’une réaction inappropriée et disproportionnée de l’organisme face à une agression (psychique, physique, infectieuse, etc.) – en somme, une affection auto-immune, au sens large du terme, induite par un environnement hostile, chez un sujet très sensible au stress et instable mentalement ; et il s’agit donc, à la limite d’un «suicide biologique». Toujours est-il qu’aucun médecin n’a déterminé, jusque-là, de façon officielle et dans un diagnostic exact et objectif, une cause de cancer. Mais dans les cas des cancers du sein et du col de l’utérus, plus répandus au Sénégal, les sujets ont été tantôt soumis à une prévention, laquelle doit juste réduire les risques à un certain niveau. Lors de la commémoration de la journée mondiale de lutte contre le cancer, le 04 février 2018, et tout au long du mois, la Ligue sénégalaise contre le cancer (Lisca), monte au créneau. Depuis quelques années, l’effort est collectif et doit sauver beaucoup de femmes d’un tourbillon certain. A l’image d’Aram, d’autres femmes diront être sujettes à un stress constant, malades ou pas, quant au fait de devoir vivre avec la hantise de cette maladie. «On dirait qu’à l’heure, c’est le bourreau des femmes. On a toujours si peur d’attraper cette maladie et d’être condamnée à mourir dans l’immédiat, de risquer aussi de ruiner sa famille», confie Baldé, toujours soulagée, pendant qu’elle y est, d’être conviée à une consultation gratuite pour se faire une mammographie. Pour elle, il faut en profiter et surtout être toujours à l'assaut de la maladie. Dans un élan de solidarité et un ultime sursaut de responsabilité, des femmes médecins à l’instar du Dr Fatoumata Guénoune, par ailleurs présidente de la Lisca, ainsi que d’autres sénégalaises, s’étant senties concernées, mènent le combat sous contrôle. Cette année, à Dakar, le lancement de la 8ème campagne d’information, de sensibilisation et de dépistage du cancer du sein et du col de l’utérus, prolongement d’ «Octobre rose», a vu le traditionnel programme de subvention de mammographies augmenter. Outre le plaidoyer pour la gratuité du traitement du cancer au Sénégal, plus de 2000 examens sont offerts, de part et d’autres, dans tout le pays et tout au long du mois de février.

Tueur en série

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Malgré cette forte mobilisation et l’implication des acteurs de santé communautaire, le cancer fait, plus que jamais, des ravages au Sénégal. «Il est parmi les maladies qui ont le plus tué ces dernières années au Sénégal», renseigne-t-on à l’Institut de cancérologie. Précisément, la deuxième cause de mortalité chez les adultes au Sénégal. «Le Sénégal enregistre 2 cas de décès par jour liés au cancer soit près de 800 décès par an», note M. Mamadou Diop, directeur de l’Institut. De quoi insister sur la prise en charge immédiate à défaut d’une prévention. «Malheureusement 75% de ces cas nous arrivent à des stades très tardifs et on ne peut pas faire grand-chose. Nous voulons faire disparaitre cette maladie», explique Mme Guénoune en ce qui concerne la prévention du cancer du col. Une maladie dont la seule évocation provoque, finalement, une grosse panique… au point que la plupart des pré-diagnostiqués, ne veulent pas toujours s’approcher du champ, refusant toute éventualité. Seulement, d’aucuns reconnaissent que cette prise en charge fait réellement défaut dans la plupart des cas. Que se passe-t-il réellement ? A ce stade, la responsabilité de l’Etat est engagée, selon certains acteurs qui déplorent, à ce jour, l’insuffisance des moyens sur le plateau technique, un seul d’ailleurs qui se trouve à l’Institut de cancérologie de l’hôpital le Dantec. «Une seule machine et deux thérapeutes sur tout le territoire pour près de 20.000 malades avec des soins permanents, c’est quand même inespéré de vouloir sauver le grand nombre», explique un spécialiste. Faute de quoi, le malade doit se prendre en charge, entre mille labyrinthes, thérapies longues et couteuses. Au Sénégal, pays en voie de développement, qui connait encore un fort taux de chômage avec le salaire moyen qui tourne autour de 152.315 francs CFA, la prise en charge du cancer devient un effet exutoire à fond. Dernièrement, de plus en plus de malades sont pris en charge, d’une façon ou d’une autre. Si l’on sait que le coût du traitement tel que libellé n’est jamais à portée du sénégalais lambda, atteint de cancer. Dans un cas comme dans l’autre, on compte sur la prise en charge, gracieusement offerte, par la Lisca ou d’autres lignes de bonnes volontés qui doivent faire face, au-delà d’être témoins de la souffrance des malades, aux montants exorbitants de la chimiothérapie (un million de francs CFA), la radiothérapie (150.000 francs CFA), le bilan (300.000 francs CFA et la chirurgie (300.000 francs CFA). Toutefois, il y a ceux qui sont moins chanceux et qui, ruinés physiquement et psychologiquement, sont entrainés dans un compte à rebours qui ne leur laisse rien. «Parfois, ils peuvent “ruiner” l’avenir de leurs progénitures en vendant tout (maisons, terrains etc.) pour se soigner tout en sachant qu’ils finiront par mourir», témoigne l’activiste Alassane Ibra Niang. Et dans ce couloir de feu, il est très rare de voir quelqu’un s’échapper. Dans le tas, on dénombre 5.100 cas de personnes qui meurent, emportées chaque année par le cancer, faute de traitement convenable. «Le cancer, c’est hélas au minimum 2 décès par jour dans nos rangs», confie-t-on à l’Institut.

Combat de front

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De la souffrance des malades et leurs proches au désespoir du personnel de santé, le cancer est devenu une réalité de front au Sénégal. On est loin de l’époque où on pouvait se cacher pour avoir chopé le genre de mal, tout bizarre ! Toute honte bue, les malades du cancer témoignent et partagent leurs expériences au quotidien. Et chaque journée révèle son petit moment d’apaisement en famille, entre parents et proches de malades, aujourd’hui plus que jamais sensibles à un destin en face duquel on prie, juste, pour échapper. Pour Coumba, dont la mère est emportée par le cancer, c’est justement un mal qui est en train de «faire toutes les portes» et aussi, il n’y a rien de pire que d’ «attendre dans la hantise»… une mort certaine pour laquelle, on fait tous les honneurs à la vie, sans vraiment trop y croire. Dans son repaire, Aram, la foi en bandoulière, s’est fait un vœu : profiter encore de la vie. «Avec mes deux enfants, je tente de mener une vie normale mais il est parfois si difficile de me dire que je ne vais pas les voir grandir hélas !», lâche-t-elle, affaiblie. Une souffrance morale, plus fatale aux malades, selon une spécialiste qui prône les expériences de cercle. Là où le miracle est brandi et conté comme une bénédiction. La Lisca, aussi bien dans la prévention que dans l’accompagnement, permet à des centaines de personnes de se retrouver et de «mobiliser les forces» pour refuser un destin tragique. «C’est une mission de sauvetage, une mission bénie où il y a toujours un miraculé et il y a peut-être n’importe qui !». Oui, il y a bien des gens qui luttent pour gagner…et qui guérissent de ce mal. En attendant, c’est le bloc autour d’une bataille, où les cauchemars et les rêves s’entrechoquent, et tant qu’on peut se réveiller d’un mauvais rêve. Ainsi, de part et d’autre, on espère tous vivre avec des miraculés qui aimeraient raconter, un jour…avoir combattu au front.



Mercredi 14 Février 2018 - 09:03



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