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Laser du lundi : Chez Macky Sall, la politique est le cimetière des amitiés et le berceau des retrouvailles (Par Babacar Ndiaye)



La politique calcine-t-elle fatalement le copinage et le compagnonnage ? Creuse-t-elle toujours les tombes de l’amitié et de la camaraderie ? Programme-t-elle constamment la mort de la complicité et de la communion ? En tout cas, l’Histoire politique est meublée de cimetières établis en marge de la victoire et remplis d’une fraction des combattants victorieux. Donc des coéquipiers éliminés par des coéquipiers. Des exemples puisés, ici et d’ailleurs, truffent implacablement de longues et sombres listes.



En vrac, signalons la fin brutale du compagnonnage politique entre Lamine Guèye et Léopold Sédar Senghor au sein de la SFIO ; les dissensions Senghor-Dia de 1962 qui ont été ponctuées par un procès ; la rupture Ben Bella-Boumediene matérialisée par le putsch d’Alger de 1965 ; la tragique élimination de Thomas Sankara par son ami Blaise Compaoré, en octobre 1987 ; l’emprisonnement de Keita Fodéba (dans le mouroir du camp Boiro) par Sékou Touré, en 1969. Hors du continent africain, on peut citer deux ou trois cas – parmi mille – sélectionnés pour leurs caractères spectaculaires. Il s’agit de la brouille entre le Général De Gaulle et son ministre et proche collaborateur Jacques Soustelle. Ce dernier (Normalien-agrégé à 24 ans et spécialiste des civilisations précolombiennes ou aztèques) fut le fondateur et le premier patron du BCRA : les services de renseignement de la France Libre, à Londres. Faut-il rappeler le mystérieux accident d’avion qui a coûté la vie au héros de la Révolution cubaine, Camilo Cienfuegos, dont la popularité portait ombrage aux deux frères Castro : Fidel et Raul ? Même entre Fidel Castro et Che Guevara, des frictions ont existé, d’après « Les documents du Caire », un livre de Mohamed Hassanein Heikal qui condense les entretiens secrets du Président Nasser.
Cette plongée dans le passé éclaire le présent tumultueux de l’APR parasitée par la transhumance encouragée et gangrenée par les frustrations fouettées. Du reste, les étapes et les péripéties de « la traversée du désert » de Macky Sall (2008-2012) n’ont pas encore déserté les mémoires. Le groupe de fidèles ayant porté, orienté et mené le combat du supplicié Macky Sall contre son bourreau Abdoulaye Wade, fut restreint et largement camouflé. Les fameux « anonymes » et autres sympathisants masqués dont parle Mahmout Saleh. De cette escouade d’inconditionnels, s’est détaché un commando de choc qui a opéré à visage découvert (sans aucun camouflage) et frontalement contre le Président Wade. Lequel avait ostensiblement la haute main sur les appareils sécuritaire et judiciaire. Abdoulaye Wade détenait, également, la machine à distribuer les privilèges, en l’occurrence, le décret qui nomme les ministres, les ambassadeurs, les DG, les PCA, les Consuls généraux etc. Ce commando héroïque et stoïque dans l’épreuve a pour noms : Moustapha Cissé Lo, Mbaye Ndiaye, Alioune Badara Cissé et Abou Abel Thiam.
Bien entendu, ces quatre compagnons sans peur de la première heure n’ont pas été seuls autour de Macky Sall. Mor Ngom, Thierno Alassane Sall, Mahmout Saleh, Abdoulaye Daouda Diallo et d’autres ont été des « apéristes » avant l’APR. Cependant, les députés Moustapha Cissé Lo et Mbaye Ndiaye, le Ministre-Secrétaire général du gouvernement, Alioune Badara Cissé, et le journaliste Abou Abel Thiam ont été indéniablement les ténors de la galvanisation des maigres troupes d’alors et les fers de lance de la résistance aux assauts du tout-puissant-ministre d’Etat Karim Wade et de son redoutable et roué père. On se rappelle que le régime libéral avait illégalement confisqué les voitures puis gelé les salaires de ces deux parlementaires, pourtant élus au suffrage universel, au même titre que le chef de l’Etat Abdoulaye Wade.
En direction du fils de Saint-Louis, Alioune Badara Cissé, le Président Wade avait envoyé un autre fils de Saint-Louis, Madické Niang, avec des propositions fabuleuses : un portefeuille ministériel de premier plan et beaucoup de millions de francs. Refus catégorique de Maitre Cissé d’emprunter le chemin de la trahison. Voilà qui ancre ABC très profondément dans la saga de l’APR et en fait une figure emblématique. La posture fermement partisane de Maitre Cissé demeure d’autant impressionnante que l’avocat est un Saint-Louisien qui n’a pas gardé les vaches avec le Fatickois Macky Sall. Ironie du sort, c’est l’une des instances de l’APR (le SEN) qui tire à boulets rouges sur le Médiateur de la République. Celui-là qui est est historiquement l’anti-Sada Ndiaye. Le transhumant Sada Ndiaye qui fait figure de fossoyeur invétéré du destin de Macky Sall. En clair, ABC a co-fabriqué la machine qui s’apprête, aujourd’hui, à le broyer, après l’avoir largué (sans parachute), quelques mois après l’élection de Macky Sall à la présidence de la république. Il va sans dire que la raison de son limogeage du Ministère des Affaires Etrangères m’est inaccessible. Tellement cette disgrâce soudaine ressemble à « une énigme enveloppée de mystère, le tout enfoui dans un secret » pour paraphraser Churchill. Donc super opaque.
Mbaye Ndiaye et Moustapha Cissé Lo ont connu et connaissent encore des sorts analogues sans être identiques à celui d’Alioune Badara Cissé. L’ex-maire des Parcelles Assainies végète dans un ministère d’Etat qui n’a qu’une existence protocolaire et salariale. Pour s’occuper vraiment, le brave et loyal Mbaye Ndiaye se coltine infatigablement l’Animation des Structures du Parti qui est en attente de…structuration. Convenez avec moi que c’est kafkaïen comme corvée ! Rappelons que Mbaye Ndiaye fut dégagé du ministère de l’Intérieur, au lendemain d’un déferlement des manifestants-thiantacounes dans Dakar-Plateau. Une défaillance plus policière que ministérielle, plus technique que politique. N’empêche, le ministre – toujours responsable et éternel fusible – fut remplacé par le Général Pathé Seck. Pourtant, si on fait la balance en termes de d’incidences négatives et de risques potentiels de trouble à l’ordre public, les propos incontrôlés du Ministre Aly Ngouille Ndiaye à « Cartes sur tables », sont plus graves que la faute de Mbaye Ndiaye. D’ailleurs l’ordre public a été troublé par l’opposition (manifestation interdite et dispersée) comme il fut jadis perturbé par les thiantacounes, toujours dans le périmètre de Dakar-Plateau.
Quant à Moustapha Cissé Lo, il a très tôt enfilé l’uniforme de gardien du Temple APR. D’où son intransigeance dans le domaine des valeurs originelles et fondatrices de l’APR. Avec son tempérament volcanique et sa véhémence sans bornes, il va en guerre contre la transhumance (sans restrictions ni tamis) que promeut Macky Sall. Le personnage n’est pas commode. Un héritage génétique et familial. Son père fut un senghoriste fidèle et enflammé, dès les premières heures du BDS, l’ancêtre de l’actuel PS. Incommode mais lucide, car le député de la CEDEAO (fougueux sans être fou) ménage Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng qu’il considère comme des coalisés de BBY et, par conséquent, des co-vainqueurs qui ont légitimement la voix au chapitre. Par contre, Cissé Lo refuse que le mandat finissant de Macky Sall soit le cimetière des militants pionniers et héroïques de l’APR et, dans la même foulée, le berceau fleuri des retrouvailles les plus surréalistes avec Souleymane Ndéné Ndiaye et autre Awa Ndiaye. Le tout, au lendemain d’une traque des biens mal acquis qui avait la vocation proclamée urbi et orbi de nettoyer proprement les Ecuries d’Augias. Enfin, que dire du journaliste Abou Abel Thiam qui, de 2008 à 2012, a guerroyé sur tous les plateaux de télévision, contre les « Messieurs Com » de Wade père et fils ? Eh bien, son destin – jusque-là non ministériel – montre que les sacrifices consentis sur l’autel de l’engagement politique, sont souvent crucifiés par la politique elle-même.
En vérité, les ressentiments sonores de Moustapha Cissé Lo sont partagés par de nombreux militants qui – par lâcheté et/ou attachement aux privilèges – gardent le silence. Maitre Djibril War, courageux apériste des années de braises, avait exprimé des vérités amères et similaires dans les colonnes du TEMOIN. Il fut rabroué et contraint à présenter ses excuses à qui de droit. En marge de l’APR mais au cœur de la coalition BBY, Youssou Ndour a prononcé sa phrase-choc : « Je suis déçu ». Un propos sibyllin qui est un concentré de non-dits dans la bouche de cet esthète de la formule. (Dakaractu)

PiccMi.Com

Lundi 7 Mai 2018 - 18:42



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