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« Le Sénégal au cœur », l’histoire aux oubliettes



Il n’y a rien de pire que d’être dirigé par une élite ou caste de soi-disant « intellectuels modernes » qui ignorent parfaitement les valeurs et cultures des différents groupes sociaux qui composent le pays. Lors de la cérémonie de lancement de son livre, « Le Sénégal au cœur », le Président Macky Sall s’est offusqué du fait que l’ancien Président Abdoulaye Wade l’a traité de « Maccudo », et que cela était très mal vu dans sa société d’origine, le Fuuta, ce qui a justifié qu’il clarifiât son origine dans son livre.




Ce qui m’a surtout poussé à intervenir dans ce débat qui n’est pas à l’ordre du jour certes face aux défis qui nous assaillent, c’est quand j’ai vu et entendu le célèbre journaliste, écrivain et brillant analyste politique Cheikh Yerim Seck en rajouter face à Pape Ngagne Ndiaye, en argumentant que le Président avait raison de clarifier ses origines comme ses parents au Fuuta sont toujours dans ces considérations traditionnelles alors que la société Wolof avait dépassé cela. Compte tenu du fait que Cheikh Yerim Seck est très suivi et écouté dans le pays, je me vois dans l’obligation d’apporter cette contribution au débat, afin d’envoyer un faisceau de clarification qui pourrait être utile au lecteur sénégalais de type nouveau.
Ma conviction est que, Maitre Abdoulaye Wade, Professeur de renommée internationale, homme politique hors du commun, qui n’a pas digéré sa défaite au Fuuta face à Macky Sall, malgré ses innombrables réalisations dans cette partie du pays, a piégé le Président Macky Sall pour montrer aux Fuutankés combien ce dernier ignorait la culture dont il se réclame et qui a conduit à un vote presque « ethnique ». Et le Président Macky Sall est tombé dans le piège de Wade. Wade ne croyait même pas à un seul mot de ce qu’il disait quand il a traité Macky de « Maccudo », pour qui sait ses relations avec cette catégorie sociale dont les fils ont été les premiers militants du « Sopi » dans le Fuuta sous Senghor et Diouf.
Ceux qu’on appelle de manière péjorative les « Maccube », en fait, sont les « Gallunke » dans notre culture Fulfulde. Les précurseurs du Fuuta démocratique qui a connu sa révolution sous Suleymaan Baal bien avant la révolution française, avaient divisé les classes sociales en plusieurs catégories sur la base principalement de leurs métiers respectifs, afin de mieux organiser la gestion de la cité (politique et démocratie) en prenant en compte les traditions les plus ancestrales. C’est le type de travail et de fonction sociale qu’on avait qui déterminait sa classe sociale, plus liée à la réalité du marché et des échanges, du pouvoir de décision, que d’une quelconque lignée à travers le sang.
Les « Gallunke » sont d’origine guerrière pour la plupart, car capturés lors des conflits et guerres, ou simplement des ouvriers qui travaillaient par la force de leur bras. Ils sont tous considérés comme nobles au Fuuta pour qui connaît réellement les traditions depuis Ilo Elal Jaaje, en passant par le Deeniyanke Koli Tenguella, et le Jaalaalo Niimaa Tenguella (mon ancêtre), jusqu’aux Ardo, et Almaami Souleymaan Baal, et Abdul Bookar Kann. La constitution des Amaami avait subdivisé la société pour une meilleure gestion participative et démocratique du bassin du fleuve Sénégal (Cf. Travaux du Professeur Birane Wane, 1989).
Les Toorobbe géraient le foncier et la répartition des terres, les Ardo Fulbe y compris les Jaawanbe géraient les ressources comme l’or et l’élevage, les Laobes, Sakkeebe (cordonniers), et Wayilbes (forgerons) géraient les matériels et les techniques agricoles, ainsi que les équipements de guerre, les Subalbes (pécheurs) géraient les ressources en eau, le calendrier et la détermination saisonnière des localités de traversée du fleuve Sénégal pour le commerce intérieur et international, etc. Les « Gallunke » du fait qu’ils possédaient les terres plus au Dieri, ceinturaient tous ceux qui avaient des terres dans le Kolongal à côté du fleuve, et détenaient ainsi le pouvoir de décision sur le calendrier agricole et fixaient les périodes de semis et de récoltes. Ils avaient ainsi un rôle primordial dans la sécurité alimentaire au Fuuta. Personne ne peut comprendre les implications de la révolution des Almaami si elle ne les lie pas à la gestion des ressources du fleuve Sénégal.
Dans la mise en œuvre de la constitution des Almaami, les « Gallunke » étaient représentés par leur chef le Jagodin à la table de décisions stratégiques sur le Fuuta dont les réunions se tenaient sur une base trimestrielle, les Toorobbe par l’Almaami, les Fulbes par le Ardo, les Subalbes par le Jaaltaabe, etc. Tous ceux qui s’asseyaient autour de cette table pour prendre les décisions sur le Fuuta étaient nobles. Or le Jagodin y représentait les « Gallunke » ou « Maccube » comme on les appelle péjorativement. Donc personne ne peut affirmer qu’ils ne sont pas des nobles. Ils le sont d’autant plus qu’ils continuent à jouer dans le Fuuta un rôle déterminant, et ont joué des rôles précurseurs dans l’Independence du Sénégal. C’est plus un groupe social qu’une caste comme on le croirait.
Nous sommes tous égaux au Fuuta, seuls ceux qui ignorent leur passé ou qui tentent de justifier des insuffisances par une quelconque noblesse de sang battue en brèche par la constitution des Almaami depuis le 18ieme siècle, se cachent derrière certaines considérations. D’ailleurs, un des plus célèbres articles de la constitution des Almaami est le suivant : « Ndimaagu wonaa yiiyam, ko godle et badle » qui signifie que la noblesse est déterminée par le travail, les faits et gestes, non par le sang.
Ceux qui se targuent d’être des intellectuels et qui copient la France doivent déchanter. En France, il y a toujours des castes qui se battent pour leur liberté. Il faut regarder ce qui se passe avec les « gilets jaunes ». Il y a aussi des castes d’immigrés qui luttent pour le droit d’être reconnus. Il y a enfin des castes de riches et de pauvres. Il y a même des castes de noblesses qui existent encore, et la caste des femmes se bat toujours pour la reconnaissance de ses droits et pour l’équilibre genre. Qui est plus brillant, compètent homme politique français aimé et adulé que Ségolène Royale ? Pourquoi elle n’a pas pu gagner la présidentielle. Parce qu’elle est femme, et ça, ce n’est pas encore intégré dans la tête des membres des castes occultes embusquées.
Dr. Abdourahmane BA, Kaolack, rahurahan@gmail.com

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Dimanche 16 Décembre 2018 - 19:41



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