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Le Village des arts, ce lieu de créativité peu connu



Sur la route de l’aéroport Léopold Sédar Senghor de Dakar, le Village des arts s’offre au regard des visiteurs et des automobilistes. Dans ce lieu de création et de méditation qui regroupe une cinquantaine d’ateliers, cohabitent des peintres, des photographes, des sculpteurs et des céramistes... Le site, peu connu des Sénégalais, est un espace d’échange, de créativité et de découverte. Nos reporters y ont fait un tour. Ils sont revenus avec des images colorées plein la tête.



Le Village des arts, ce lieu de créativité peu connu
Un calme rassurant accueille le visiteur à l’entrée du Village des Arts de Dakar, sur la route de l’aéroport Léopold Sédar Senghor. Le site, inauguré le 22 avril 1998 par le Premier ministre de l’époque, Habib Thiam, accompagné du ministre de la Culture, Abdoulaye Elimane Kane, est composé de plus de cinquante ateliers. Avant d’accueillir les artistes, il servait de logement aux ouvriers chinois qui, au début des années 1990, ont construit le stade de l’Amitié devenu stade Léopold S. Senghor. De nombreux plasticiens sénégalais et étrangers, notamment togolais et congolais, y travaillent. C’est un espace de création, de recherche, de production et d’échange. Le village est aussi un lieu de diffusion, d’animation et de promotion. Situé entre les quartiers des Parcelles Assainies et Nord Foire, il est fréquenté par des amateurs d’art, des galéristes, des étudiants, des touristes, des hommes de culture, des artistes autodidactes. Les lieux, qui comprennent aussi un espace jeune, sont assez conviviaux. Toutes les disciplines liées aux arts visuels y sont explorées : peinture, photographie, vidéo, sculpture, céramique... Le village, qui dispose également de quelques résidences où logent des artistes, reçoit parfois des plasticiens provenant de pays d’Afrique de l’Ouest. Il possède une bibliothèque d’art aménagée par l’organisation « Lire en Afrique » et qui est riche de plus d’un millier d’ouvrages.

Au Village des arts, nous avons rencontré le secrétaire général du comité de gestion, le plasticien Tita Mbaye. « Le village fonctionne grâce à l’appui de l’Etat. L’actuel ministre de la Culture, Mamadou Bousso Lèye, a fait de nombreuses actions positives au profit des artistes. Récemment, l’Etat a signé une convention avec des sociétés d’assurance pour la protection sociale de l’ensemble des artistes sénégalais. Nous avons également participé au Salon du tourisme de cette année. Il y a quelques mois, le village a reçu le gouverneur général du Canada, Michèle Jean, lors de sa visite officielle au Sénégal. Elle était très intéressée par notre travail », nous a confié Tita Mbaye. Il a rappelé le workshop qui a regroupé il y a quelques semaines, des pensionnaires du village et des artistes vénézuéliens.

Un partenariat a ainsi été établi entre le Venezuela et le Sénégal. « Les œuvres issues de cet atelier ont été exposées et deux artistes sénégalais ont été sélectionnés pour participer au festival Merce à Barcelone, en septembre. Nous comptons développer davantage les activités de ce village implanté dans un environnement populaire, en donnant l’occasion aux populations environnantes de venir rencontrer les artistes et, ainsi, découvrir l’art plastique », explique le secrétaire général du comité de gestion.

Malgré la présence d’œuvres dans certaines entreprises et structures professionnelles, le Village des arts cherche à accroître les galeries où les créateurs pourront exposer leur travail afin de mieux faire leur promotion. Même s’il existe une Biennale de l’art africain contemporain à Dakar, très célèbre à travers le monde, le travail des plasticiens sénégalais est, hélas, assez méconnu du grand public. La multiplication des galeries a créé une certaine visibilité de la création, mais la population est plongée dans l’ignorance de ces merveilles artistiques. Au moment où nous discutions avec Tita Mbaye, un jeune couple entre dans son atelier pour acheter un tableau. Selon ce talentueux peintre, ses œuvres sont comme des investissements à long-terme. L’art est un dialogue entre le public et les artistes qui travaillent à partir de la créativité, de l’émotion, du partage, du talent et de la découverte du prochain. Les artistes espèrent réhabiliter le village en favorisant l’implantation d’ateliers qui permettront aux jeunes de s’y intégrer. Ils déplorent juste le fait que bon nombre de Sénégalais considèrent leur art comme de l’artisanat. Selon Tita Mbaye, il a y une grande différence entre ces deux métiers. « L’œuvre du plasticien, c’est l’expression d’une créativité qui vient de l’intérieur et que l’on sent à un moment précis, alors que l’artisan crée des œuvres qui sont multipliées à l’identique. Il peut ainsi en faire une série à n’importe quel moment. Ce n’est pas le cas chez le plasticien qui ignore totalement la reproduction », explique-t-il. Pour corriger cette fausse image, les pensionnaires du Village des arts demandent aux Sénégalais de venir visiter leur site afin de mieux se familiariser avec le travail des plasticiens.

CADRE DE TRAVAIL : Un environnement calme qui inspire

Le Village des arts est un endroit calme, propice à l’inspiration. Dans les ateliers, nous avons trouvé des artistes imperturbables, concentrés sur leurs œuvres. La créativité est au rendez-vous.

Le Village des arts, composé de plusieurs zones, est un lieu de travail idéal pour les professionnels de l’art. Il est 10 h 30 minutes. Nous sommes devant le portail. Un lieu très calme. A l’intérieur, on ne voit que des arbres et des tables. Le mur qui entoure les bâtiments se distingue par des portraits de femmes, de marabouts, d’enfants. Il y a aussi des fleurs, des arbres... Chaque artiste est occupé par ses tâches. Dès l’entrée, on longe le bâtiment des peintres, des sculpteurs, des céramistes et des artistes évoluant dans d’autres expressions. Chacun occupe une salle. Le silence qui règne renseigne bien sur la profondeur de leur méditation. A la galerie Léopold Sédar Senghor, différentes œuvres sont exposées. Le tableau dénommé « L’émotion », de Baba Ly, montre des visages de femmes qui pleurent et d’enfants joyeux. Ce tableau, constitué de plusieurs couleurs dont le rouge est la dominante, symbolise à la fois des moments de bonheur et de tristesse qui rythment la vie de l’être humain. Juste devant la galerie, on aperçoit le portrait d’un joueur de « khalam », un bonnet sur la tête. Les artistes abattent un travail de titan pour faire de leur village un endroit attrayant. C’est sous l’arbre à palabre que les sculpteurs ont installé leur panoplie : planches, peintures, tissus, chaises, draps, masques, statues d’oiseaux, d’éléphants, de lions... Un joli décor. Et c’est comme si le silence des lieux donne plus d’inspiration aux artistes. A l’image d’Alpha Sow, céramiste que nous avons trouvé en plein boulot. Son atelier est rempli de statues. Des tas d’argiles sont placés dans un coin et couverts de toiles pour éviter qu’ils ne s’assèchent. Une partie de l’argile est plongée dans des bassines remplies d’eau pour le recyclage. De l’autre côté, est placée la girelle, un plateau en fer qui permet de poser la patte pour la centrer, tandis que le tour électrique sert au montage et au perçage de la terre.

Agé d’une soixantaine d’années, cet artiste a réalisé de nombreuses créations avec divers matériaux comme des calebasses brisées, des vases, des filets de poisson, de troncs de manguier... « Le travail manuel est un plaisir pour moi. Je cherche l’argile brute dans une carrière du village de Thiéki, sur la route de Mbour, avant de la transformer en matière première. Vous voyez que mes œuvres n’ont pas la même couleur. Après cuisson, le vase qui était gris devient rose. Et ceux qui sont rouges ont été patinés après cuisson. La patine permet d’utiliser la couleur qui me convient le plus », nous explique Alpha Sow. Après avoir pris forme, l’œuvre est exposée au soleil pour éviter qu’elle ne se casse au moment de la cuisson.

Du côté des peintres, la différence du travail saute à l’œil.

A la place des statues, on trouve des tableaux. Dans l’atelier de Sylvain Domingo, tous les outils sont sur une table. Ce peintre travaille plus sur la musique et la danse. Son atelier est bourré de tableaux montrant des femmes qui exécutent des pas de danse et des musiciens formant un orchestre. Le pagne tissé apparaît sur toutes ses créations.

Selon l’artiste, ceci explique l’omniprésence des figures géométriques. Et puis, le pagne tissé fait partie intégrante de la culture africaine. Dans son atelier, sont disposés pêle-mêle de la toile de jute, de la peinture acrylique, des pinceaux, des couteaux, du vernis, un rouleur... « Les couleurs dépendent de la sensibilité de l’artiste. J’utilise le bleu pour exprimer le calme et le jaune symbolise la gaieté », nous confie ce plasticien qui travaille aussi sur l’environnement, selon sa source d’inspiration.

AMBIANCE DANS LES ATELIERS : Et la musique éveille les sens...


En plus d’être un lieu de travail, le Village des arts est un espace de divertissement. L’ambiance dans les ateliers est très cool. Les artistes plasticiens sont de grands amateurs de musique.

Une animation musicale perturbe le silence qui règne souvent sur les lieux. Parfois, ça grouille dans les ateliers. La musique motive, donne de l’inspiration. Un remède efficace contre la solitude et le stress, même si certains artistes nous ont avoué préférer le calme pour se reposer ou travailler. Le reggae et le jazz sont les musiques les plus écoutées au Village des arts. Dans l’atelier de Diouf, musique rime avec création. Nous l’avons trouvé assis en train de vernir ses tableaux. Cet artiste peintre respire la joie de vivre. Vêtu d’un short gris, la chemise déboutonnée, il refuse de nous révéler son prénom. Il possède aussi des talents de danseur. Cet amateur de reggae, derrière ses dreadlocks, n’est pas bien inspiré lorsqu’il travaille dans le silence. La musique lui permet de mieux se concentrer. « Quand je travaille, je mets toujours du son. La musique m’inspire, surtout le reggae. Parfois même j’exécute des pas de danse quand je suis vraiment heureux. Je sais que je ne dérange personne parce que je le fais dans mon atelier. Le silence aussi peut bien m’inspirer, mais je préfère bosser dans le bruit. Quand c’est trop calme, je m’ennuie. Avant, je faisais partie d’un groupe de danse, à la Medina, mais j’ai laissé tomber pour intégrer ce métier qui me passionne depuis mon enfance. Parfois, les samedis, nous organisons des concerts et invitons des musiciens. Le village est aussi un lieu de divertissement », nous glisse Diouf. Il secoue la tête à chaque fois que le roi du reggae, Bob Marley, entame une chanson. « Tu ne peux pas comprendre ce que je ressens actuellement. Il me tue Bob ! », poursuit-il, souriant et mordillant les lèvres.

A l’atelier de Mbaning Niang, règne un silence de cathédrale. Des œuvres sont exposées sur les murs. Cet artiste « protecteur des enfants » travaille pour la promotion de leurs droits. Il a choisi de travailler dans le calme. Son fils, trouvé sur les lieux, soutient qu’avec le silence, l’inspiration est plus positive. La musique ne fait que lui brouiller l’esprit et bloquer les pensées. « La musique détruit la réflexion et moi je ne peux travailler que dans le silence. D’ailleurs, c’est ce qui explique le calme qui règne dans le village. Quand vous entrez vous avez l’impression qu’il n’y a personne ici », explique un jeune artiste sous le couvert de l’anonymat. Cette idée n’est pas partagée par d’autres comme Alpha Sow, céramiste, qui préfère écouter la radio. Pour lui, le travail c’est le travail. Et rien ne doit l’interrompre.


REPORTAGE DE VIVIANE DIATTA
Le Soleil

PiccMi.Com

Mercredi 21 Juillet 2010 - 06:47



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