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Le loup devenu berger





Le loup devenu berger
Un loup qui commençait à avoir une part des brebis du voisinage crut devoir se faire un nouveau personnage. Il s’habille en berger, endosse un hoqueton, fait sa houlette d’un bâton, sans oublier la cornemuse. Pour pousser jusqu’au bout la ruse, le malin écrit sur son chapeau : C’est moi Malal Poulo, le berger de ce troupeau. Sa personne ainsi faite, Malal, le comédien, approcha doucement. Malal, le vrai Poulo, dormait. Son chien roupillait. Les brebis se reposaient. Pour mener à son fort le troupeau, le renard voulut ajouter la parole à l’habit. Mais comme disent les Wolofs, « qui parle se découvre ». Il ne put contrefaire la voix. Son ton fit retentir le bois. Chacun se réveilla à ce son. Les brebis, le chien, le garçon. Empêché par son hoqueton, il ne put ni s’enfuir, ni se défendre. L’histoire de Karim Meïssa Wade est bien comparable aux mésaventures de ce pauvre canidé. Car, toujours, par quelques endroits, les fourbes se laissent prendre. C’est la morale de la fable racontée par Jean de La Fontaine en version tropicale.

Accusé dans un livre de conte d’être un loup pour les finances publiques, un certain Sénégalais veut s’emparer du troupeau, du berger, de son bâton et de son boubou. On le voit ainsi quitter un style hollywoodien, très Men in black. Ses costumes sombres et ses lunettes de soleil rangés au placard, il est désormais en boubou traditionnel. Pour pousser jusqu’aux frontières de la ruse, le fils du président de la République en ajoute au déguisement. « Kopati » (bonnet) bien de chez nous et écharpe blanche complètent la transformation. Et pour montrer qu’il est bien le nouveau berger du troupeau, son père écrit sur son front : C’est moi Karim Meïssa Wade, le ministres des Tas de ministères. Mais, croyez-en la sagesse de la fable ! Cette affaire-là finira dans le vacarme et le brouhaha. Le président de la République, dans sa stratégie, commet plusieurs erreurs d’appréciation. D’abord des segments importants du peuple sénégalais ont quitté, depuis longtemps, le caractère docile et moutonneux du troupeau. Ensuite, un décret, un simple écrit, ne fait pas l’homme. Monsieur Loup avait bien écrit sur son beau chapeau : C’est moi Malal Poulo, le berger de ce troupeau. L’histoire a montré qu’il n’était pas pour autant devenu un pasteur. De plus, Karim Wade a déjà exposé ses capacités et découvert ses limites. Le sommet de l’Oci et l’élection locale de mars 2009 l’attestent largement. Il lui a fallu une seule prise de parole pour réveiller le bois.

Lors du dernier Conseil des ministres du jeudi 14 octobre 2010, le président de la République a semblé prendre conscience de la difficulté de la tâche. À travers les jeunes de Sédhiou, il a voulu parler à l’oreille de la nation tout entière. Me Wade promet la punition aux manifestants arrêtés dans le cadre des émeutes de la semaine dernière. Cette sévérité est un message. Quand on n’a pas la force des arguments, on use des arguments de la force. Régulièrement, les jeunes des régions périphériques refusent la fatalité des pirogues et l’aventure de l’émigration. Désormais, ils revendiquent à haute et intelligible voix de la considération, des investissements, plus d’équité et de justice. Les jeunes de Kédougou ont payé jusqu’au sang cette nouvelle prise de conscience. La jeunesse de Vélingara, au prix de sa liberté, s’est fait bruyamment entendre. Aujourd’hui, c’est au tour des enfants de Sédhiou de taper du poing sur la table de la salle des Banquets. Malheureusement pour nous et pour la stabilité de ce pays, le débordement a atteint des forteresses naguère imprenables. Une manifestation de rue et des actes de vandalisme dans la ville sainte de Touba, nul doute qu’une lampe s’est allumée dans le cerveau du chef de l’Etat. Il veut mater la révolte par la bonne vieille technique de la carotte et du bâton. Et malgré les cris et les protestations, malgré les messages au fond des urnes et les refus polis, Wade n’en mène pas large. Il va d’une contradiction à une autre. Comment peut-on envoyer des jeunes de Sédhiou en taule pour destruction de biens publics et promouvoir des personnes accusées de forfaitures plus graves ? Les dégâts causés par la fameuse manifestation dans le Pakao avaient été évalués par le correspondant de Radio Futur Média à quelque 1,5 million de Fcfa. C’est six fois moins que le prix de la petite lampe qui éclaire le bureau de Karim Meïssa Wade. La règle de vie du président est devenue immuable : il faut frapper dans le tas pour protéger le ministre des Tas. Mais tout de même !

Aliou Ndiaye
L'Observateur

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Lundi 18 Octobre 2010 - 06:26



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