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Les Bouts de « Voix » de Dieu | Par Aliou Ndiaye



Cette histoire est un véritable crève-cœur. Rapportée par le défunt président Mamadou Dia, la scène est des plus poignantes. Elle résume des ruptures, plusieurs écorchures et de violentes déchirures. Ibrahima Sarr, le syndicaliste valeureux, le meneur d’hommes teigneux était sur son lit de mort. Le président Senghor, fleur bleue, voulait exprimer ses regrets et revoir pour la dernière fois ce compagnon courageux. Sarr Ibrahima, le meneur de la grève du Dakar-Niger, lui opposa un niet catégorique. Pas question pour lui de recevoir son ancien camarade devenu président de la République. «Ce n’est pas parce que vous m’avez mis en prison dans le cadre des événements de 1962 avec Mamadou Dia, Valdiodio Ndiaye et les autres. Non ! Ce que je ne peux pas vous pardonner, c’est ce que, Léopold, vous avez fait des Sénégalais. Pourquoi en avez-vous fait une tribu de laudateurs et de flagorneurs ? Je ne pourrais jamais vous pardonner d’avoir tué en eux la dignité, le courage, l’honneur et le sens des responsabilités. C’est vous qui avez promu le larbinisme et la médiocrité au détriment du mérite et de la vérité». Cet homme de conviction inspira Ousmane Sembène dans Les bouts de bois de Dieu. Cet homme de passion et de véhémence inspire ses lignes sur notre naufrage collectif, entre « Joola » et Barça. Ou Barsax.



Aliou Ndiaye, Journaliste
Aliou Ndiaye, Journaliste
Il y a toujours, dans la vie d’une nation, des moments fatidiques. Des instants capitaux ou le destin bifurque. Les évènements de 1962 ont eu des conséquences désastreuses sur la vie de notre nation. Senghor, soutenu par la puissance coloniale, a inauguré le présidentialisme fort, la concentration des pouvoirs entre les mains d’un seul homme. La monarchie républicaine a fatalement sa cour, ses courtisans et l’armée des intrigants. Celui qui nomme à tous les postes civils et militaires est la cible favorite des flatteurs. L’Assemblée nationale devient une chambre d’enregistrement et d’applaudissements. Et le gouvernement passe pour être le lieu de partage du gâteau. La télévision nationale chante tous les jours la vision du chef de l’Etat. Dans le monde rural et dans les faubourgs de villes, la majorité se dispute les restes. Et pour pérenniser cette innommable iniquité le système joue sur nos phobies : peur de perdre son emploi, peur de la faim, de la matraque électrique et des cachots. Senghor en a usé, Diouf en a abusé, Wade s’en est amusé. Les conséquences de ce mépris sont mortelles comme le naufrage du « Joola ». 2800 morts, il n’y a ni coupable, ni responsable. La somme des légèretés criminelles et des incompétences manifestes devrait pourtant nous soustraire de nos vieilles torpeurs. On nous tue et on nous déshonore depuis 1962. En toute impunité.

«Le problème des chefs d’Etat africain, c’est qu’ils n’aiment pas leurs pays », disait le Général Charles de Gaulle. Le guide religieux des Moustarchidines est allé plus loi. Durant les « Universités du ramadan », Serigne Moustapha Sy s’en est pris à la cupidité et à la lâcheté collective. Sa conclusion est terrible. Selon lui, se battre pour les Sénégalais est une perte de temps cruelle, il vaut mieux se battre pour le Sénégal. Dans le diagnostic, cet intellectuel brillant a raison. Mais il faut aller plus loin en isolant le microbe et les insectes vecteurs de cette maladie nationale et continentale. La grande majorité des élites locales s’est enfermée dans le confort douillet des critiques de salon. Leur engagement confidentiel laisse un immense boulevard à une escouade d’individus véreux. La conséquence de cette démission est visible dans tous les secteurs. Faites le portrait-robot des hommes les plus en vue de ce pays. Vous serez sidéré. Souvent, les pires gredins de la société sont aux avant-postes. Ils dirigent les associations, les entreprises et les plus grandes organisations. Ils entretiennent au profit du Chef et de son clan une entreprise maquignonne et mercenaire. Ils ont enlevé tout. Même l’espoir d’une vie meilleure a disparu de ce pays. Les jeunes prennent les pirogues pour forcer les portes de l’Espagne et de l’Europe. Au péril de leurs vies, ils rappellent aux Sénégalais une vérité cruelle. Chaque semaine des mini Joola célèbrent au milieu de l’Atlantique le grand naufrage du « Joola ». Pendant ce temps, celui qui avait interdit à la mairie d’acheter à Dakar plusieurs terrains à 15 milliards en achète un seul à 14 milliards à New York. La construction va coûter 30 milliards de Fcfa, nous dit-on. Vous vous rendez compte ? Ces 45 milliards et d’autres auraient pu sauver des vies et nous épargner des cris horribles de la mère qui se noie en serrant contre sa poitrine ses deux enfants. Mais ont-ils seulement une oreille au cœur pour entendre les pleurs d’outre-tombe des bouts de voix de Dieu ?

Par Alioune Ndiaye | l'observateur

Lundi 27 Septembre 2010 - 19:05



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