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« MOUGNE » : La résignation pour vaincre les difficultés



Selon Massamba Guèye, docteur ès-Lettres, spécialiste de la littérature orale, l’expression « mougne » est assez proche de la résignation, mais la patience en est le fondement. « Celui qui est dans une attitude de « mougne » est quelqu’un qui est positive dans son esprit. C’est très souvent un optimiste. Le pessimiste lui ne se résigne jamais, alors que l’optimiste se dit toujours que la situation qu’il est en train de vivre est transitoire », indique-t-il. C’est en quelque sorte une épreuve qu’il faut gagner pour aller vers un meilleur vivre. « C’est pour cela que les Sénégalais ont tendance à traduire « mougne » par patience. Mais, c’est juste que c’est à la base. La vraie traduction est la résignation », souligne Massamba Guèye.



« MOUGNE » : La résignation pour vaincre les difficultés
Cependant, le spécialiste de la littérature orale précise que les expressions « mougne » et « niak pékhé » (manque de choix) n’ont pas la même signification. « Par exemple, quand des voleurs pointent un pistolet sur quelqu’un qui ne peut pas réagir, dans ce cas, on ne parlera pas de résignation, « mougne », mais plutôt de manque de choix (niak pékhé). Le wolof dira « mougno dé danga niak pékhé » (Tu ne te résignes pas, tu n’as pas le choix), indique M. Guèye.

« La personne qui est donc dans une attitude de « mougne » est celle qui peut répondre et qui ne le fait pas. On dit en wolof « ki dago mougne ». Par exemple, quand tu marches sur du feu, tu sens nettement que ça brûle et que tu as le droit et la liberté de crier, mais le « ngor » (la dignité), le diom (la détermination) et le « mougne » installés en toi t’empêchent de gémir pour ne pas rompre la chaîne de la généalogie. Il faut donc que tu te résignes « mougne ko », confie M. Guèye. Et de poursuivre : « celui qui fait preuve de résignation et d’optimiste finit toujours par vaincre les difficultés. Le « mougne » symbolise en quelque sorte le bonheur, l’acceptation stoïque de la douleur pour aller vers le salut du bonheur.

Le proverbe « kou yagoul si nath do kham lou kergui di saff », (quelqu’un qui ne dure pas sous le soleil, ne saura jamais ce qu’est l’ombre), étaye cette définition de M. Guèye, parce que c’est dans la douleur qu’on se forge et c’est dans les souvenirs de cette douleur que le bonheur a un sens. C’est pour cela, indique M. Guèye, que les wolofs disent que le « mougne » différencie le « gor » (le digne) du « diam », non pas de le sens esclave, mais plutôt dans le sens de quelqu’un qui n’a pas de valeurs morales. La personne digne fait très souvent de la résignation « mougne », car il se dit que cette situation est transitoire. « Le « mougne » (la résignation) est quelque chose de fondamental chez une personne, mais il faut noter qu’il s’apprend. Si tu ne vois pas ta mère ou ton père faire preuve de résignation, pour rien au monde tu le supporteras. C’est en quelque sorte héréditaire dans la mesure où il se transmet par l’éducation », nous confie Massamba Guèye.

C’est dans ce contexte d’ailleurs que les Wolofs disent « ki yaar mo eup solo kou diour » (la personne qui éduque est beaucoup plus importante que la personne qui a mis l’enfant au monde). La preuve, dans la société sénégalaise, les parents avaient l’habitude de confier leurs enfants à d’autres familles pour une meilleure éducation. C’est ce que les blancs appellent souvent le travail des enfants, alors qu’ils n’ont pas compris grand-chose.

Comme anecdote, Massamba Guèye a cité, le conte de Birago Diop, « L’os de Mor Lam ». Selon le spécialiste de la littérature orale, Mor Lam n’a pas fait preuve de résignation avec son invité. « Mounoul mougne ganne ». Résultat, il a fini par mourir. Alors que le frère de case, Moussa, a su faire du « mougne », il s’est résigné de toutes les pierres que lui jetaient son frère et ami Moussa. Et c’est lui qui a fini par sourire « moogne », comme disent les Wolofs « kou mougne moogne » (qui fait preuve de résignation finit toujours par sourire). Ce sourire matérialise le bonheur. « Ce conte traditionnel est un modèle d’une situation où le « mougne », dans le sens positif du terme, mène à ce résultat », indique, M. Guèye.

Maguette GUEYE DIEDHIOU
Le Soleil

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Samedi 21 Août 2010 - 09:13



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