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Marius Gouané Musicien, membre-fondateur de Saint-Louis Jazz : «Ceux qui organisent le festival ne connaisssent rien au jazz»





Marius Gouané Musicien, membre-fondateur de Saint-Louis Jazz : «Ceux qui organisent le festival ne connaisssent rien au jazz»
20 ans ça se fête. Et l’association Saint-Louis Jazz s’est attelé à préparer un cocktail musical à même de pouvoir satisfaire les férus de ce style musical. Mais Maruis Gouané, un des membres fondateurs de l’Association Saint-Louis jazz met les pieds dans le plat. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, ce guitariste, technicien assène ses vérités et relève toutes les fausses notes surtout sur la gestion de ce grand rendez-vous musical.
Vous étiez présent au tout début de ce festival, pouvez vous revenir un peu sur les péripéties de sa naissance.
Responsable musical du Centre culturel français à Saint-Louis pendant une longue période, je fais partie des précurseurs du festival de jazz de Saint-Louis. Tout est parti du festival de musique moderne de 1991 qui a été une grande réussite. Il y a eu 47 orchestres avec 3 scènes dont une à la place Faidherbe, une à l’Université et la dernière sur l’actuel emplacement de la mosquée mouride. C’était un festival de trois jours, 24 heures sur 24 et cela a été une réussite. Mais l’idée du festival de jazz est venue de Claude Prieu qui était directeur du Centre culturel français. Pendant l’organisation du premier festival de musique, tout était concentré au Centre culturel et il a vu que c’était bien, il n’y a pas eu d’accidents, ni de vols ou d’agressions donc c’était l’euphorie, il nous a alors dit qu’il avait l’idée d’organiser un festival de jazz à Saint-Louis. Il l’a ainsi lancé et demandé des financements. L’année suivante, en 1992, il est affecté et remplacé par madame Michelle Nardi qui m’a demandé de l’aider à monter le festival. Et avec son adjoint Hervé Lenormand, on s’y est attelé.
Auparavant j’avais fait beaucoup de recherches sur les musiciens de jazz saint-louisiens et j’ai monté une exposition sur cela. C’était une aubaine pour le Centre culturel. Le festival était accompagné d’une exposition de 36 tableaux. Cette édition devait être organisée à la gouvernance mais le gouverneur de l’époque avait refusé et c’est moi qui ai eu l’idée de monter la scène à l’ancienne maison Peyrissac mais d’autres ont voulu s’approprier ce festival.

Pourtant il a toujours été dit que Saint-Louis devait le festival à une bande d’amis férus de jazz.
Ce n’est pas l’exacte vérité. La vérité c’est que quand l’information sur l’organisation d’un festival de jazz a commencé à circuler, certains ont eu à monter un groupe de réflexion dénommé le Groupe de recherche et d’initiative du festival (Grif). Ils ont lancé deux mini festivals en 1991 et 1992, et ils m’ont même sollicité mais je leur avais répondu que j’étais occupé à monter le festival international de jazz. A l’époque j’ai eu d’ailleurs à recevoir des lettres anonymes dans lesquelles j’ai été traité de tous les noms. En 2008 ou 2009 l’un d’eux est d’ailleurs venu me demander pardon parce qu’il devait se rendre au pèlerinage à la Mecque.

Et quelles sont les vedettes qui sont montées sur scène pour la première fois ?
Pour la première fois, je pense que le plus grand c’était Archie Shepp. On a fait venir aussi Gana Mbow puis Doudou Ndiaye Rose parce qu’il fallait faire une fusion ; il y a eu aussi un jeune guitariste de jazz brésilien Nelson Veras qui avait 16 ans. Et entre 94, 95, 96, c’était vraiment l’euphorie. Par la suite, un problème s’est posé car il fallait monter une association pour prendre la relève. Des gens avaient déjà même formé une structure dénommée les amis du festival international de jazz. Mais il était important de mettre sur pied une association et notre insistance a finalement payé puisqu’elle verra le jour en 1994, avec à sa tête Marie Madeleine Diallo. A cette époque malgré mon apport, je gênais beaucoup de personnes, on refusait même d’inscrire mon nom sur les feuilles de présence des réunions et pourtant j’ai inspiré le nom de l’association en prenant exemple sur Saint-Louisien Jazz un orchestre formé par Me Babacar Sèye en 1946. A l’époque, les jeunes Saint-louisiens venaient de revenir de la seconde guerre mondiale et voulaient garder l’esprit de frères d’armes à travers le jazz et le sport. C’est ainsi qu’ils avaient fondé parallèlement une équipe de foot dénommée la Saint-louisienne.

Aujourd’hui comment voyez-vous l’organisation de Saint-Louis Jazz ?
Bon ! Ce que les gens ne comprennent pas ici c’est que le jazz est une musique qui n’est pas comme les autres. Nous avons à la base les esclaves noirs des amériques mais également comme soubassement la liturgie chrétienne. C’est dans les temples catholiques et protestants que les esclaves se libéraient, ils chantaient leur douleur et imploraient Dieu pour qu’Il vienne les libérer. Donc à l’origine, c’est une musique spirituelle. Mais malheureusement ceux en charge de l’organisation du festival aujourd’hui n’y comprennent rien, rien du tout.
Ils m’ont demandé de venir les appuyer en mettant en place un programme de Gospel. Je leur ai proposé un projet avec 173 exécutants mais ils n’ont pas voulu y mettre les moyens. On propose à tous les jeunes une somme de 250 mille alors que je réclamais seulement un million pour les faire jouer. Ce sont des jeunes qui chantent dans les chorales. Comment les faire venir et leur proposer à tous 250 mille.

Pourquoi n’intervenez-vous pas pour leur demander de rectifier le tir ?
Nous avons monté un conseil de veille, il y a deux ou trois mois de cela. Nous leur avons parlé mais cela n’a servi à rien. Tout se fait entre eux et ils font ce qu’ils veulent. Ce qu’ils ne comprennent pas c’est qu’il doit y avoir une distinction entre le festival international de jazz de Saint-Louis et l’association Saint-Louis jazz. L’association doit avoir à côté une équipe de professionnels choisis pour leurs compétences chargés de monter le festival. L’association doit s’occuper surtout des corvées, mais sur le plan technique et sur le plan de la réalisation du festival elle doit faire recours à des professionnels. Ici ce sont eux qui font les masters class et tout alors qu’ils n’écoutent pas le jazz, ils ne le sentent pas et ils n’y connaissent rien. Celui qui ne fait pas partie de leur noyau n’est pas le bienvenu et puis en leur sein ils ne se disent pas la vérité. Quand ce n’est pas ça il faut avoir le courage de le dire. Il y a des spécialistes à Dakar comme Aziz Dieng qui peuvent bien aider à monter le festival. J’ai vu un festival en Allemagne qui regroupait 600 artistes, les gens achètent les billets 2 ans avant. Ces formes d’organisation, ces gens là, ne les connaissent pas. Je leur ai proposé de fabriquer de l’argent qui s’appelle le jazz et qu’il faut mettre dans les banques, ceux qui veulent venir les achètent à l’avance et cela sert à payer le ticket d’entrée, la boisson et tout, sinon les gens vont trafiquer. On a vu des gens qui étaient dans l’organisation prendre beaucoup de billets et les faire vendre aux alentours du lieu des spectacles. C’est vraiment désolant.

Cette année, c’est le 20e anniversaire du festival avec comme tête d’affiche Manu Dibango et avec la présence de Charles Aznavour. On peut dire que c’est le moment de la consécration ?
Personnellement, je veux les voir d’abord à l’œuvre. Vous me parlez de Manu Dibango qui est déjà venu en 1997 ou 1998 ; ce qu’ils ne savent pas c’est qu’à Saint-Louis jazz l’artiste qui vient ne doit pas revenir. On y vient une seule fois et c’est fini. C’est ça son originalité. C’est pour donner envie aux autres grands musiciens de venir à Saint-Louis. Il faut que les gens aient une vision futuriste. Si à chaque fois on fait revenir les mêmes musiciens ça devient monotone. Il faut que les musiciens s’arrachent pour venir à Saint-Louis. Il faut créer un mythe sinon ce n’est pas la peine d’organiser.

Rétrospectivement, quels sont les musiciens et les éditions qui resteront gravés dans votre mémoire ?
Durant ces 20ans, ce sont les premières éditions qui m’ont le plus marqué. Surtout en 1994 avec la venue d’un très bon guitariste Lucky Peterson qui avait une guitare très moderne avec un mécanisme Fm qui pouvait lui permettre de sortir de la salle et faire sortir la foule, c’est d’ailleurs ce qu’il a fait. Il est sorti, accompagné par la foule émerveillée et en rentrant dans la salle toutes les personnes qui étaient dehors faute de ticket en ont profité pour accéder au lieu du spectacle. C’était la dernière soirée et il l’a fait exprès pour faire entrer ceux qui n’avaient pas de billets. Mieux il s’est battu la même année pour défendre un jeune saint-louisien qu’il avait pris en amitié. L’autre c’est le jeune Nelson Veras lors de la première édition il avait 16 ans et avait débuté par la guitare classique, il y aussi Soriba Kouyaté avec sa kora il faisait partie des artistes les plus réputés d’Afrique. C’était même le meilleur, malheureusement il est décédé, l’autre c’est un joueur de balafon malien, un Keïta très, très fort qui reprenait de fort belle manière tout ce que les autres jouaient. A part ceux-là, il y a eu Ali Farka Touré un très bon guitariste mais qui a pêché sur le plan du son, il y a aussi Archie Shepp lors du premier festival, il fait partie de ceux qui ont lancé le festival.




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