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Mbégan Ndour : 1er vrai Buur Saloum



Mbégan est le premier personnage digne d’être considéré comme roi du Saloum, car ses devanciers — Kuyon Keita, Ali Elibana Sall, Diatara Tambedou — ne furent que des chefs de troupe cherchant vainement à asseoir leur autorité sur le vaste pays dépeuplé qu’était alors le Mbey. Il était le neveu utérin de Buur Sine Maysa Wali Dione, ou, selon certains griots, le petit-fils d’une sœur de Maysa.



La future mère de Mbégan, étant jeune fille, souffrait d’une plaie à la jambe. Son oncle Maysa l’envoya auprès du guérisseur célèbre Marga Tiatj, qui habitait au village de Mboudaye et commandait un remarquable groupe de chasseurs. La princesse se rétablit de sa plaie, mais emporta de son séjour une grossesse que lui donna le Sereer Marga Tiatj Ndour. Touché dans son orgueil princier, le Buur Sine invita sa nièce à imputer sa grossesse à un noble de haut rang mais la princesse fidèle à son amant dont elle redoutait la vengeance repoussa l’idée absurde du monarque.

Quand Mbégan naquit et que Marga Tiatj fut informé de l’événement, il se rendit à Mbissel, avec une nombreuse suite, conduisant des troupeaux de bœufs, de moutons et de chèvres, amenant des calebasses pleines de couscous. À leur approche, le Buur Sine donna l’ordre de n’héberger les étrangers que le lendemain, lorsque la pluie qui menaçait de tomber aurait mouillé leur couscous et leurs habits. Mais Marga Tiatj ayant tracé un cercle autour de sa troupe, aucune goutte ne toucha ses compagnons. Surpris par ce miracle, le roi déclara : « la condition de Marga Tiatj est certes modeste, mais son savoir l’ennoblit. Il est donc digne d’être l’époux de ma nièce ». Après sa naissance, Mbégan fut élevé à la cour de son oncle. Devenu grand, il visita tous les pays voisins, en particulier le Baol.

À Kahone régnait alors un chef toucouleur musulman, Ali Elibana Sall, originaire de Guédé. Sous le commandement de celui-ci s’est constituée la communauté des dyami-Kahone. À l’heure de la prière, Ali Elibana demandait aux Sereer de venir adorer le Dieu unique, mais ceux-ci lui répondaient : « Laisse-nous adorer notre arbre idole “Kahone” dont nous sommes les serviteurs (dyami) ». Voilà l’origine des dyami-Kahone qui ne sont jamais captifs, mais les plus vieux habitants de la cité.

Venant du village de son père, Mboudaye, Mbégan demanda à Ali Elibana l’autorisation de s’installer à Tiofak. Ce village tire son nom d’un mot wolof qui signifie “rester dans la crainte” (tyoforlu), « rester dans une position d’attente ». Il reste près de cette localité un buisson appelé khambwé-Mbégan, où ce dernier se baignait avec ses safara et ses galadj (amulettes) et conservait ses gris-gris. Un jour, Mbégan fit part à sa sœur de ses angoisses de ne pouvoir conquérir la couronne au détriment d’Ali Elibana qui s’était entouré d’une troupe aguerrie et convaincue. Sa sœur lui suggéra le stratagème suivant : Mbégan devait se transformer en serpent et se cacher dans la babouche du chef toucouleur pendant qu’il priait dans la mosquée ; à la sortie d’Ali Elibana, Mbégan allait mordre celui-ci au pied et sa sœur, alors changée en chatte, viendrait attraper le “serpent” pour disparaître avec lui.

Le plan réussit pleinement, mais avant de mourir le dernier roi de Mbey déclara que Mbégan était la seule cause de sa mort et annonça que la famille directe de celui-ci ne régnerait plus jamais sur le Saloum. En effet, aucun roi de la famille Ndour n’est monté sur le trône après la mort de Mbégan.

Après avoir réussi à s’emparer du pouvoir par ruse, mais sans employer les armes, Mbégan eut à combattre Diatara Tambedou, un chef musulman d’origine sarakolé. Selon certaines sources, il n’aurait pas été reconnu de suite Buur Saloum. Diatara aurait remplacé Ali Elibana pendant quelques jours, mais aurait été tué par les Sereer, partisans de Mbégan, tout près du village de Ngathie où se trouve son tombeau appelé “khatoub Diatara”. Cette tombe était l’objet d’un pèlerinage annuel au temps du fétichisme, à l’approche de l’hivernage.

Mbégan donna à son pays le nom de Saloum en souvenir d’un marabout musulman manding qui portait ce nom. Celui-ci, appelé Saloum Souaré, était le conseiller de Mbégan. Il avait donné à celui-ci un safara en lui conseillant d’arroser avec de l’eau mélangée à ce produit les points où il voulait que soient fixées les frontières de son royaume. La prédiction du marabout s’étant réalisée après que Mbégan eut accompli ce qui lui était recommandé, le pays reçut son nom définitif en souvenir du bienfait de Saloum Souaré. Saloum Souaré était très instruit et très compétent : il parlait la langue socé. Sa descendance s’est éteinte au Saloum.

Peu après son accession au trône, Mbégan annexa le royaume de Djilor créé par la princesse gelwar Sira Badiar, en faisant la guerre à ses parents sereer habitant la région. Il rencontra peu de résistance, car les Sereer n’étaient guère organisés. Il eut pour auxiliaires des troupes venues du Dyolof sous la conduite de Wali Mbéru Mbaké Ndao qui reçut en récompense de ses services la principauté du Ndoukoumane.

Mbégan est cité dans les listes des Buur Sine. Les précisions manquent quant à son règne sur ce pays, mais il est probable qu’il y a effectivement commandé pendant une certaine période, malgré son origine badolo de par son père Marga Tiatj.

L’histoire ne nous apprend pas les circonstances exactes de la mort de Mbégan. Bien que cela soit hypothétique, on prétend parfois que Mbégan serait mort au Baol. Son tempérament aventurier l’aurait conduit dans ce pays et amené jusqu’à Ngaye Mekhé dont il serait le fondateur. Ne parlant pas la langue wolof, il aurait déclaré en sereer « Ngari médkhéy », c’est-à-dire « venez, me voici », d’où ce village tire son nom.

La durée du règne de Mbégan sur le Saloum a été de 20 ans. Autrefois le jaaraaf et les farba étaient en quelque sorte les officiers d’état civil. Ils enregistraient minutieusement les dates de naissance des Gelwar pour justifier les droits d’aînesse. Tout était soigneusement transcrit en arabe, sous la diligence des jaaraaf. À chaque Tamkharit (fête musulmane annuelle), le jaaraaf ajoutait dans une malle un bâtonnet pour marquer la durée d’un règne, ou l’âge des divers prétendants. C’est ainsi qu’on peut avancer des dates précises pour chaque souverain du Saloum.

PiccMi.Com

Mardi 10 Octobre 2017 - 13:42



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