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Oumar Seck, la mort d’une légende du théâtre et du cinéma Sénégalais


L’artiste-comédien Sénégalais, Omar Seck, est décédé mercredi 24 mars dans l’après-midi à Dakar, sa ville natale, des suites d’une longue maladie. Maître du verbe, de la parole et de la gestuelle, avec une présence magnétique, Omar Seck, artiste-comédien impressionnait par son talent, son immersion dans les personnages qu’il incarnait, et, surtout, sa voix si grave que les travées du mythique théâtre Sorano résonneront sans doute longtemps encore de ses envolées..




Oumar Seck, la mort d’une légende du théâtre et du cinéma Sénégalais
Né à Dakar, le 20 janvier 1946, Omar Seck a fait ses études primaires à l’école Malick Sy et ses études secondaires au lycée Van Vollenhoven actuel Lamine Guèye. En 1962 déjà, les contours de sa carrière commençaient à se dessiner. « J’ai découvert le théâtre du palais en 1962 grâce à un copain, alors j’ai commencé à suivre des cours du soir d’art dramatique. Pendant 3 ans, en revenant du lycée, entre 18h et 19h, je prenais des cours d’art dramatique avec des professeurs comme Pierre Richy, un grand du pantomime, avec Jacques Michel et Abdoulaye Dieng Mbadane », se rappelait –t-il récemment. À l’issue de sa formation, Omar Seck sort major de sa promotion et obtient le prix du théâtre, le prix d’interprétation et le premier prix de diction. Il bénéficie d’une bourse qui devait le mener en France pendant quatre ans dont une année à Nançy et quatre dans la capitale, à Paris. C’était juste en 1966 après le Festival mondial des arts nègres. Mais, Maurice Sonar Senghor, le premier Directeur du théâtre national Daniel Sorano l’en dissuada. « Maurice m’a dit, se souvient-il encore le regard grave, « mais Omar avec ton talent, je pense qu’aller passer quatre ans à Nançy, ce serait une perte de temps, le mieux serait de venir intégrer la troupe du théâtre », confiait-il récemment au journaliste Abdoul Latif Ndiaye, dans la dernière grande interview qu’il a accordée.

Homme de principe et de caractère, ce Chevalier de l’Ordre National du Mérite, et Officier de l’Ordre National du Lion a marqué de son empreinte le théâtre sénégalais. Plusieurs tournées à travers le monde, plusieurs fois accompagnant le président poète Léopold Sédar Senghor lors de ses voyages à l’étranger, plusieurs fois lauréat, ce Grand Prix du président de la République pour le théâtre marquera à jamais l’histoire culturelle du pays, à l’image des Douta Seck, des Maurice Sonar Senghor, Jean-Pierre Leurs etc...

Il y’avait mes aînés qui étaient là, ils venaient de passer trois ans de stage en France, ils n’étaient pas nombreux, c’étaient Sarr Abdoulaye Farba, Doura Mané et Edge Diop. Il y’avait également dans la troupe mon aîné Moustapha Touré, Soulèye Mbaye, les Guillaume Corréa etc. Et je suis venu en renfort avec le regretté grand cinéaste Djibril Diop Mame Betty que vous connaissez. Maurice m’a dit, « tu es jeune, tu restes ici travailler avec moi, au lieu de passer ton temps dans les rues de Paris. De toute façon, nous manquons d’éléments, et avec le renfort, on va pouvoir monter de grands classiques, créer de grandes pièces de théâtre et faire des tournées mondiales ».

Et de poursuivre : « J’ai aimé. En ce temps, le rêve de tout un chacun était de voyager et découvrir le monde, alors il fallait profiter de l’occasion, travailler et aider mes parents ». Ainsi, Omar intégra le théâtre Sorano et devient le benjamin de la troupe. Avec un animateur et grand metteur en scène, grand homme de théâtre le regretté Raymond Hermantier, qui les a pris en main, et les a formés, Omar Seck et compagnie jouent leur première pièce de théâtre en 1968, intitulée L’Exil d’Alboury de Cheikh Alioune Ndaw.

Depuis cette date historique, Omar effectue des tournées en Afrique, en Europe, accompagne le président Senghor dans ses différentes tournées dans le monde, participe à des festivals, glane des prix dont la médaille d’or du théâtre du Festival d’Alger, émerveille les grands critiques français comme il aime d’ailleurs à le rappeler : « Les grands critiques du théâtre français ont dit aux comédiens français ; allez vous recycler à Dakar parce que les comédiens qui sont là-bas vous dépassent. La preuve, quand on a joué la Tête d’Or de Paul Claudel, les Pierre Boutang et autres critiques sont tombés d’admiration quand ils ont vu le spectacle, ils étaient contents, aux anges, ils n’ont jamais vu pareil spectacle et ça a été projeté dans un univers africain et ça a fait un grand boum ; alors que les Laurent Tergief et autres comédiens français ont été décriés par les mêmes critiques pour cette pièce jouée en France ».

Le talent d’Omar Seck traverse les frontières, et lui permet de glaner des prix. Il gagne le prix d’interprétation au cinéma au festival de Namour en Belgique, où il a joué avec des Allemands, des Français, des Africains ; il gagne le grand prix du président de la République dans le domaine du théâtre, de l’art scénique en 1997, il gagne une couronne d’or, une couronne d’ébène au festival international du Cameroun, obtient le Doura : haute distinction pour services rendus au théâtre, entre autres distinctions. Des décorations, Omar en a connu, il est Chevalier de l’Ordre National du Mérite et Officier de l’Ordre National du Lion. Pour Omar Seck, le théâtre lui a beaucoup apporté. « Le théâtre, soutient-il, m’a appris beaucoup de choses, m’a apporté beaucoup de choses, il a contribué à cette élévation de mon esprit, m’a permis de connaître le monde, il n’y a pas plus riche que le théâtre. Pour se guérir, il faut faire le théâtre, le théâtre est thérapeutique, il peut guérir beaucoup de maux ». Si vous lui demandez quels conseils il donnerait aux jeunes qui veulent embrasser ce métier et comment il perçoit aujourd’hui le théâtre tel que pratiqué aujourd’hui ? Oumar sort de ses gongs : « C’est ça le théâtre ?

Le théâtre il faut l’apprendre, ce qu’on voit ce n’est pas du théâtre, c’est n’importe quoi, le théâtre, c’est l’art sur un plateau de théâtre, le spectateur est là, il sent le souffle de l’acteur qui joue la scène, il est vivant, il est là, il doit bouger, mais à la télévision, qu’est ce que tu vois ? Un petit bonhomme là, calé sur un fauteuil, qui joue au petit clown, il dit qu’il fait du théâtre, il ne fait pas du théâtre. Pourquoi ? Parce que l’acteur, il joue un rôle. Moi je m’appelle Omar et dans la pièce, on m’appelle Omar, ce n’est pas du théâtre, le théâtre c’est l’art d’incarner un personnage, d’inculquer des valeurs de joom, de kersa, et le sens du sacrifice ».

Et d’assener : « Actuellement, il y a de l’engouement, beaucoup de gens veulent faire du théâtre. Le théâtre est là, les auteurs sont là, ils ont écrit. Nous, comédiens et metteurs en scène, nous pouvons nous baser sur ça, créer et sortir quelque chose. Les gens que tu vois là, ceux qui ramassent les miettes du théâtre, ils ne peuvent rien et ne font rien de concret pour faire avancer le théâtre. Ils nous enlèvent le pain de la bouche. Quand on voit un homme de théâtre, qui a reçu une formation, qui maîtrise son métier, tu es là, tu viens, on a besoin de toi pour faire du travail, tu demandes quelque chose, lui, il vient, demande le quart, ça ce n’est pas du théâtre. Ces petits comédiens là, alimentaires, on n’a rien à faire avec eux. Tu fais un casting, ils viennent, ils sont mille et il n’y a que trois comédiens. Les autres ? Des comédiens amateurs ! Ils ont infiltré le métier, on les appelle des filtres. On a un métier poreux comme chez vous journalistes. Par contre, quand tu sens le métier, tu peux le faire, ça ne ment pas, il faut l’aimer et avoir des dispositions. Il faut travailler, beaucoup travailler, se faire mal, se faire violence pour réussir ». Ayant pris sa retraite il y a cinq ans, Omar continuait pourtant de travailler à Sorano auquel il es un contrat. Il travaillait sur le projet Othello de William Shakespeare, dont il devait incarner l’acteur principal. Il sortira probablement durant l’année 2009. En dehors du théâtre, Omar Seck aimait bien l’équitation, le sport, la natation, la nature et il adorait se balader en campagne et se disaitt écologiste. « La ville, les buildings et autres, les tas de bétons ne m’intéressent pas, j’aime me balader dans la nature. Je suis parti pendant un mois à Kédougou, j’ai vu Bandafassi et autres, j’ai vu le Niokolokoba, j’aime le naturel et je me sentais chez moi » confessait t-il. Humble et attachant, Omar Seck s’occupait bien de sa famille, et veillait bien à l’éducation de ses neuf bouts de bois de Dieu. Ce qu’il ne supportait pas : l’hypocrisie et le mensonge.

Son dernier grand rêve était de voir la promesse du chef de l’Etat se réaliser : « La dernière fois que le président nous a reçus au palais, j’y étais avec le Directeur du théâtre et d’autres comédiens, il nous a promis un grand complexe avec salles de théâtre et autres. Je connais Abdoulaye Wade, je suis sûr qu’il va respecter sa parole, c’est un homme de théâtre, c’est un grand bâtisseur, un grand timonier de la nation , disait-il ». Musulman pratiquant, ce monstre sacré de la scène, gendarme dans le film « Guéléwar », jouant le rôle du général Magny quand Douta Seck était au firmament de son art dans le rôle du roi Christophe, dans la fameuse pièce de Césaire ; ou encore ses prestations d’homme du monde dans « Tgv » ou de Lat-Dior, le grand résistant... Il est dans toute la galerie scénique Sénégalaise des 40 dernières années.

À propos des assises nationales, Omar Seck fustigeait les organisateurs et ne cachait pas son soutien au président Wade : « Ce n’est pas sérieux, on n’en a pas besoin, les gens de l’opposition, ils savent que le pouvoir leur a échappé et ils veulent se rattraper, il ne faut pas rigoler, les gens ne sont pas des tintins quand même, Abdoulaye Wade, avant d’arriver au pouvoir, il a galéré, qu’est-ce qu’il n’a pas vu, qu’est-ce qu’il n’a pas subi ? Abdoulaye Wade malgré son âge, il est très solide et très intègre, je connais son père, c’est un homme de valeurs. De grâce laissez le travailler. Il fait partie des grands hommes comme Nelson Mandela, Kwamé Kruhmah. Et puis ces gougnafiers là, qu’est-ce qu’ils ont fait, ils sont là, pour enlever cela de la tête des gens, il faut arrêter ». Oumar Seck sera inhumé jeudi 24 mars. C’est un monstre sacré la scène qui vient de tirer sa réverence.




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