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PORTRAIT DE LA SEMAINE - Serigne Babacar Sy ou Mbaye : De l’ombre d’un savant (25 Mars 1957 - 25 Mars 2018)



Il était, sans nul doute, l’un des plus doués de sa génération. Pour un homme d’esprit, Serigne Babacar Sy n’affichait pas seulement le calibre d’un marabout repu à la tâche mais d’un fin intellectuel qui faisait l’unanimité autour de son œuvre, riche de la démarche et de l’apparat d’un homme de science.



Toute sa vie, Serigne Babacar Sy l’a consacrée à la science. Celle de la spiritualité qui a marqué trois dimensions dans son destin : l’Islam, la Tarikha et la Dahira. Il s’agit, pour lui, d’un patrimoine qu’il fallait tenir haut, puis donner en héritage et dont le symbole est, pour toujours, lié à sa personne, entre dévouement et don de soi. « Dieu m’a montré tous les chefs religieux de ce pays ; je les ai vus tous sous le soleil ; tu es le seul à l’ombre et sous un parasol », disait son ami et homologue Serigne Fallou, alors Khalife général des Mourides lors d’une face à face mémorable où il se réjouissait, pour une énième fois, de la posture de l’homme… Multidimensionnel ! dira-t-on encore dans son cercle.


Héritage spirituel

PORTRAIT DE LA SEMAINE - Serigne Babacar Sy ou Mbaye : De l’ombre d’un savant (25 Mars 1957 - 25 Mars 2018)
Après avoir fait ses humanités à Saint-Louis, où il apprit le coran et la charia, il devient le plus grand savant de sa génération, qui apprit vite, enseigne et écrit. Toutes ces dimensions étaient à la fois à portée de sa fine intelligence et de sa conviction au regard de sa mission. Car, il sut depuis le début qu’il était destiné à mener cette mission. Il était encore convaincu qu’il avait été choisi. Dans une lettre ouverte, publiée le dimanche 9 janvier 1994, Serigne Cheikh Tidiane Sy parlait de l’héritage spirituel de l’homme avec une logique que « seule une conscience éclairée est à mesure de saisir ». « Il ne m’appartient pas de choisir, c’est un problème qui dépasserait largement mes prérogatives », avait affirmé Seydi Hadj Malick SY (RTA).

« Effectivement, d’autres que lui m’ont choisi », confirmera Serigne Babacar Sy (RTA). A cela, Al Makhtoum ajoute : « C’est une question de consensus ou les esprits rachitiques n’ont pas leur place. » En effet, l’attitude de Serigne Babacar Sy a toujours confirmé la position d’un homme de Dieu qui, sans conteste, est un perfectionniste de nature. La quête du savoir étant un impératif pour lui, il n’hésitait pas à rappeler que ce l’on peut appeler la santé intellectuelle a ceci de particulier : qu’elle peut être ruinée par le soleil (chaleur), la graisse (repas de prestige) et le thé (consommation abusive), qui peut provoquer chez l’individu un éternel étourdissement. Il s’y ajoute une remarquable appréhension des attitudes nourries à la sève des valeurs traditionnelles, et qui font qu’un wolof soit philosophe pour les autres, un sérère digne de confiance, un lébou membre d’une société secrète. Le père de El Hadj Mansour Sy et de Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Makhtoum veillait ainsi à être délicat dans ses relations avec tous.


L’homme de la Dahira

PORTRAIT DE LA SEMAINE - Serigne Babacar Sy ou Mbaye : De l’ombre d’un savant (25 Mars 1957 - 25 Mars 2018)
C’est le « pôle » que l’on a alors découvert après la disparition d’un saint-louisien de souche, qui vécut une époque post esclavage et coloniale (entre 1885 et 11957) de grand remous. Mais son égo fut intouchable, il est resté maître de son destin. Et dans un élan généreux mais encore pragmatique, le marabout s’est ouvert à son monde. Les témoignages sur le premier Khalife général des Tidjanes sont unanimes. Ils sont encore empreints de la sollicitude de l’homme pour les fidèles de la cour de son vénéré père, Seydi El hadji Malick Sy, fondateur de la « Tarikha » dont il a tenu à assurer, une continuité de l’héritage, à tous les niveaux, et particulièrement à travers les Dahiras qui avaient, dès lors, le rôle d’éduquer mais surtout de consolider les acquis de la Tidjania chez cette frange d’une grande sensibilité et qui avait fait de la religion, un chemin de salut…Et lui était convaincu du caractère spirituel de sa mission de chef de confrérie islamique. Guidé par sa droiture, il a su, par sa sincérité et sa foi, se forger un destin de meneur d'hommes. Il a ainsi créé les premières Dahiras du Sénégal , ces clubs religieux où se forment les adeptes de la religion, en 1932, soit dix ans après qu’il ait remplacé son père et Wassila, Borom Tivaoune. Le deuxième fils de Sokhna Rokhaya Ndiaye, avec le Cheikh, avait fini par inscrire une part d’histoire sur le terrain religieux au Sénégal.


Poète dans l’âme et citoyen engagé

Par ailleurs, Serigne Babacar Sy est un homme de culture qui s’est tantôt penché sur la trajectoire des figures historiques de la religion islamique au Sénégal et ailleurs… pour en sortir de la lumière. En effet, Mbaye, comme l’appelaient affectueusement ses proches, était un poète dans l’âme qui s’inspirait des œuvres, connues ou méconnues, de ces notables qu’il considérait comme les ambassadeurs de l’Islam. Ces vers, qui portaient ainsi, une marque d’estime, était encore le témoignage de sa reconnaissance, de sa fraternité et surtout de sa grande culture. Un fait qu’il mit en œuvre à travers plusieurs poèmes sur le prophète (Psl), sur Cheikh Ahmed Tidiane Aboul Abass (Chérif), fondateur de la Tidjania et sur son père, El Hadj Malick Sy. Il écrit notamment son poème des plus célèbres sur l’homme de Fez. "HEULMINE SABÎLINE", dans une autre dimension, sublime le Cheikh et montre une autre facette de son auteur qui n’en fut pas moins un digne successeur de Seydi Hadj Malick Sy (RTA) pour oser, dans un contexte aussi complexe que celui marquant le règne du colonisateur, dénoncer le manque d’ambition des français, mais aussi et surtout la conscience des chefs politiques sénégalais, inspirée par la politique politicienne. L’homme au bonnet carré soutenait que de l’envoi de grands missionnaires, la France est passée à l’expédition de simples salariés au Sénégal. Les impénitents prirent le chemin inverse. La rupture brutale avec la France fut à l’origine d’un déséquilibre total en matière politique. Il aura été ainsi un citoyen engagé au front pour contribuer à l’ordre public mais aussi à définir la politique telle que conçue alors par les indigènes.

Il faut dire que Serigne Babacar Sy a marqué son Khalifa au point que les jeunes générations en font encore leur modèle spirituel. Quand il fut rappelé à Dieu à l’âge de 72ans, un 25 mars 1957, Serigne Babacar Sy venait de fermer une page « riche à tout point de vue », diront encore quelques chercheurs. « De tous ceux qui ont visité son œuvre, le témoignage reste le même : Serigne Babacar Sy était un fin lettré, un poète au talent rare, un spécialiste de la Tajwiid (bonne diction en lecture coranique) et un Tafsir (exégète) du Saint-Coran », rapporte un journaliste.


PiccMi.Com

Dimanche 25 Mars 2018 - 11:20



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