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Pourquoi craindre le clash avec Eiffage ? Par Madiambal Diagne





Pourquoi craindre le clash avec Eiffage ? Par  Madiambal Diagne
Il faut dire qu’Eiffage a fait exploser les prix du péage. Déjà que le tronçon Dakar Diamniadio était réputé trop cher, à savoir 1 400 et 2 700 francs, selon le type de voiture, la société qui exploite la première autoroute à péage du Sénégal a voulu fixer le prix à 3 600 francs minimum pour le passage sur le trajet, de Dakar à Sindia (moins de 60 kilomètres). Les négociations ont été âpres et le gouvernement n’a pu obtenir qu’un modique rabais et ainsi le prix fixé est de 3 000 francs du début du péage à une partie du nouveau prolongement. L’Etat du Sénégal se verra retourner les 800 francs, lui qui a consenti le plus gros investissement. Sur le premier tronçon, l’Etat recevait 310 francs sur le péage de 1 000 francs. On peut considérer alors que le Trésor public a un peu mieux renégocié sa quote-part.

Nous l’avons déjà dit. Le chef de l’Etat, Macky Sall, avait refusé d’inaugurer le deuxième tronçon de l’autoroute à péage Dakar - Aéroport international Blaise Diagne (Aibd) de Ndiass. La cérémonie avait été initialement programmée pour le 19 août dernier. Mais en raison de l’intransigeance de l’entreprise exploitante de l’ouvrage à baisser les tarifs du péage, le gouvernement du Sénégal avait refusé de donner sa caution à une politique tarifaire qui léserait ainsi grandement le consommateur. Il faut dire que la date du 19 août 2016 était une échéance contractuelle à laquelle Eiffage était soumise sous peine de pénalités. Si donc le tronçon n’a pas été ouvert, c’est du fait de l’Etat du Sénégal. Seulement, il n’a pas une grande marge de manœuvre pour contraindre Eiffage. Le contrat léonin consenti à Eiffage par le ministre des Infrastructures d’alors, Karim Meïssa Wade, laisse à la société française la latitude de fixer les tarifs du péage et cela, presqu’à sa guise. Déjà, sur un trajet de moins de 20 kilomètres du premier tronçon, l’automobiliste ne paie pas moins de 1 400 francs Cfa ou 2 700 francs selon le type de véhicule. Cela fait de ce tronçon l’un des plus chers au monde. A titre de comparaison, en France, où le niveau de vie est supérieur et où le pouvoir d’achat des consommateurs est supérieur à celui des populations établies au Sénégal, l’automobiliste paie 36 euros pour le trajet Paris-Lyon sur une autoroute plus large, mieux aménagée et disposant de plus d’infrastructures de repos, de loisirs ou de secours et d’assistance. L’autoroute Paris-Lyon est longue de 500 kilomètres. En France, le tarif de péage le plus cher est pratiqué sur l’autoroute Paris-la Défense à Saint Germain en Laye, soit un trajet d’une cinquantaine de kilomètres. Le prix sur ce trajet s’expliquerait par le coût élevé des investissements à cause des nombreux tunnels, des viaducs et des ponts et autres gros ouvrages indispensables sur ce tracé du fait du relief. L’exploitant chercherait ainsi à amortir efficacement les investissements. Par contre, Eiffage ne pourrait pas dire la même chose. En effet, sur le premier tronçon réalisé pour un coût supérieur à 320 milliards de francs, sous la houlette du gouvernement du Président Abdoulaye Wade, Eiffage n’avait contribué que pour 80 milliards de francs Cfa et cela l’a autorisée à remporter le jackpot de l’exploitation pour une durée de 25 ans dans les conditions connues de tous. Et comme pour mieux rentabiliser son affaire, elle avait veillé à ce que le gouvernement s’engage à ne réaliser aucun investissement nouveau de remise en état de la route nationale sur le tronçon Dakar-Rufisque.
Le contrat liant Eiffage à l’Etat du Sénégal est donc bancal et favorise largement l’entreprise française de Btp. Le gouvernement du Sénégal en est presque réduit à quémander la mansuétude d’Eiffage. Les autorités sénégalaises ont peur de provoquer un contentieux judiciaire qui pourrait se révéler onéreux pour le contribuable ou qui constituerait un précédent dissuasif pour de potentiels nouveaux investisseurs. A la vérité, cette perspective ne devrait pas être très redoutée par le gouvernement du Sénégal. En effet, Eiffage n’a guère les moyens pour soutenir un bras de fer avec l’Etat du Sénégal au risque de plomber toutes ses activités en Afrique.
L’autoroute Dakar-Aibd est la seule référence d’Eiffage ces dernières années en Afrique. Eiffage cherche à vendre un même projet d’autoroute au Kenya en se référençant sur le Sénégal. Cette autoroute du Sénégal se révèle être la vitrine ou le principal argument de propagande ou de prospection de Eiffage à travers le continent. Si d’aventure cet unique trophée se trouverait terni par un contentieux avec le gouvernement du Sénégal, le business d’Eiffage en Afrique en pâtirait pour beaucoup.
Le gouvernement ne s’est cependant pas donné tous les moyens ou tous les atouts pour pouvoir en imposer suffisamment à Eiffage. Un outil important que constitue le Conseil des infrastructures aurait pu être mis à contribution pour faire entendre raison à Eiffage. Malheureusement, les autorités gouvernementales ont sapé pour ne pas dire saborder cet instrument. Le Conseil des infrastructures n’a même pas été doté d’un budget de fonctionnement pour l’année en cours. Assurément, ce n’est pas vers une institution comme celle-là que le gouvernement va se tourner pour contraindre un partenaire indélicat. De toute façon, le Sénégal qui s’ouvre dans une perspective ambitieuse de réalisation d’autoroutes (Thiès-Tivaouane, Mbour-Thiès, Thiès-Touba) devrait arriver à s’inspirer du modèle de gestion des autoroutes qui font le bonheur de certains autres pays en Afrique. Le modèle d’agences de gestion des autoroutes est à explorer surtout que l’essentiel du financement des autoroutes est assuré par des fonds publics.


Lundi 26 Septembre 2016 - 14:16



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