contenu de la page
Connectez-vous S'inscrire



REPORTAGE DU JOUR- A LA MAISON ROSE DE GUEDIAWAYE : ICI, ON REPARE LES DESTINS BRISES...





REPORTAGE DU JOUR- A LA MAISON ROSE DE GUEDIAWAYE : ICI, ON REPARE LES DESTINS BRISES...
PICCMI.COM- Créée en octobre 2008, La Maison Rose est aujourd’hui une institution qui accueille en internat de filles et de femmes de la banlieue de Dakar. Ce centre accueille les déshéritées de la société sénégalaise. Visite guidée dans un sanctuaire de détresse où des âmes brisées sont en quête de mieux-être.

Fragile, la mine défaite, Anta*, la trentaine, vient chercher refuge, avec ses trois enfants, à la Maison Rose. Dans la cour aux murs peints en rose et défraîchis, un lourd silence plane. Anta est accueillie et conduite dans une chambre inoccupée. Elle passe de la rue à un centre d’accueil et retrouve la quiétude. Sans protocole. «On ne peut pas, à l’instant, l’interroger étant donné l’état dans lequel elle se trouve. On la laisse s’installer, après on pourra discuter tranquillement avec elle», explique Charlotte, l’assistante de la directrice.

La Maison Rose est un havre de confidentialité. Elle accueille des déshéritées ou victimes d’abus. Nichée au cœur de Guédiawaye, non loin du quartier de Médina Gounass, la «grande famille» de la Maison Rose mène une vie calme. Ces pensionnaires sont âgées entre 17 ans et 35 ans. Elles logent dans un bâtiment R+1, ayant abrité naguère l’ancien tribunal de Guédiawaye. Ici, toutes les femmes ont eu des destins parfois tragiques. Et elles apprennent à prendre un nouveau départ dans la vie.

«Elles sont ensemble pour expier leur souffrance. C’est un moment important. Elles vivent à l’abri de la stigmatisation de la société», explique Mona Chassério, française, directrice de la Maison Rose. Les internes du centre sont nombreuses à avoir été violées, victimes d’incestes, engrossées et rejetées. Elles sont des mères célibataires et des femmes en situation de rupture. Les unes sont sans attache, sans moyens, abandonnées. Parfois, elles ont fui pour échapper aux violences conjugales. «Mais ce dernier cas se présente de moins en moins», informe la directrice.

Le choix de Codou…

Les traits tirés, Codou*, environ 20 ans, tente de calmer «son» bébé. Elle fuit les regards et affiche un sourire forcé à l’endroit de sa bienfaitrice. «Ce n’est pas son bébé ; elle a abandonné le sien à la pouponnière de la Médina, un de nos partenaires», explique la directrice. À la question de connaître la raison de cet abandon, Mme Chassério dit respecter le choix de Codou, tout en essayant de l’aider à retrouver son équilibre moral et physique.

Certaines pensionnaires ont vécu dans la rue, après une maladie ou une grossesse, avant de poser leurs baluchons à la Maison Rose. «Le mal n’est pas seulement moral, mais surtout physique. C’est difficile pour elles de se défaire aussi vite des péripéties qui ont jalonné leur chemin. À ce moment, elles sont abîmées physiquement, mais cet aspect reste le moindre mal pour nous», renseigne encore la directrice. Qui ne nous a pas permis d’entrer en contact direct avec ses protégées.

La Maison Rose appelée aussi «Unies vers’elles» s’est construite autour d’un réseau de partenaires sociaux. «Les jeunes filles qui viennent ici nous sont souvent recommandées. Ce qui facilite la tâche, car elles ont déjà une idée de la Maison», indique Mme Chassério
Sur place, elles sont entièrement prises en charge par une équipe composée d’une assistante sociale, d’une gouvernante qui supervise les travaux ménagers, d’éducatrices spécialisées et d’un professeur.

Donner le sein à un bébé qui n’est pas le sien

La direction de la Maison Rose explique sa stratégie d’insertion : «Nous essayons d’abord de les convaincre qu’elles sont dans un lieu sûr pour ensuite leur apprendre à se décharger de leurs souffrances, à desserrer leurs mécanismes de résistance, et surtout à mettre en exergue des valeurs humaines qu’elles avaient peut-être déjà».

Dans un cadre intimiste, la «famille» apprend donc à vivre ensemble. Outre les tâches domestiques que les pensionnaires se partagent à tour de rôle, des ateliers d’alphabétisation, de couture et de broderie, constituent les principales activités.

Ensuite, une procédure de résolution du «cas» est entamée qui consiste à faire un état des lieux pour trouver une issue. «Elles sont pour la plupart réconciliées avec leur entourage. Nous allons régulièrement dans les familles, mais cela concerne uniquement les mineures et les femmes qui ne se cachent pas. Parfois, c’est pour défendre leurs droits si elles ont été violées ou abandonnées ; c’est pourquoi, nous travaillons en étroite collaboration avec la police et les associations féminines», renseigne la direction.

Toutefois, il n’a pas toujours été facile pour ces âmes brisées de s’adapter à la réalité de la Maison Rose. Les accompagnants reconnaissent volontiers cette difficulté. «Elles n’aiment pas parler de leur histoire. Surtout pas ! Toutefois, malgré tous nos efforts, il arrive que cela suscite une certaine tristesse. Mais c’est inévitable les vendredis quand nous organisons une évaluation des comportements pour les pousser à donner le meilleur d’elles-mêmes», explique Mme Chassério. C’est ainsi qu’il arrive qu’une mère comme Codou accepte de donner le sein à un bébé qui n’est pas le sien.

Une manière de reprendre goût à la vie

Dans la grande cour, M. Diop, éducateur spécialisé à la Maison Rose, seul homme de l’équipe d’encadrement, veille scrupuleusement aux règles de la vie en communauté : le déjeuner autour d’un bol. «En revanche, les enfants n’ont pas le même régime, ils ont des goûters en plus des repas», explique la jeune assistante, Charlotte.

Côté logement, c’est la même loi. Les chambres peuvent aussi être partagées. L’équipe administrative attribue les «titres» de manière spontanée et créé ainsi des relations affectives. Deux à trois lits sont installés dans de vastes espaces avec quelques meubles en bois simple, le tout dans un luxe sommaire. «Vu qu’elles peuvent durer ici, nous tenons à ce qu’elles soient à l’aise», indique la directrice de la Maison Rose. Pour dire si les unes font un bref séjour, le temps d’une intervention au sein de leur famille, d’autres s’installent pour une longue période. «Elles peuvent rester jusqu’à deux ans. Le délai n’est pas important, mais c’est le résultat qui intéresse. Entre temps, la pensionnaire peut accoucher ici ou apprendre des rudiments de la vie professionnelle pour pouvoir s’insérer plus tard», explique-t-elle.

Des pensionnaires de la Maison Rose, notamment des jeunes filles encore en âge d’apprendre, pourront être par la suite placées dans des établissements partenaires pour acquérir une qualification.

À la mesure de la détresse sociale

Depuis octobre 2008, la vie calme à la Maison Rose de Guédiawaye est toujours rythmée par l’arrivée de nouvelles occupantes. Pour Danielle Hugueuz, responsable des statistiques, le dernier rapport d’activités datant du mois de novembre 2011 n’a pas varié en matière de charges fixes. Celles-ci concernent particulièrement les dépenses liées à l’hébergement et la nourriture. «Pour l’année 2011, nous avons plus d’une trentaine d’occupantes régulières dont une vingtaine de mères. Nous avons, par ailleurs, comptabilisé 5.930 nuitées et 18.000 repas», évalue-t-elle.

Ces chiffres sont considérés par les responsables comme l’indice du niveau de souffrance et de précarité des femmes de la banlieue dakaroise. La prise en charge sanitaire et médicale fait partie intégrante du circuit financier supporté, depuis le début, par les initiateurs du centre.

Avec 20 pensionnaires à son ouverture en 2008, la Maison rose avait du mal à faire face aux urgences. «Nous avons reçu, dès le début, un certain nombre de cas urgents avec des naissances d’enfants pendant le séjour de ces femmes. J’ai dû vendre ma maison en France pour faire face à la situation. Nous sommes certes toujours en location, mais nous arrivons désormais à entretenir la marge avec des résultats très satisfaisants», se réjouit la directrice.

La Maison Rose dispose aujourd’hui d’une organisation basée sur le partenariat à la fois humain et financier, note Mme Hugueuz. Le centre -qui reçoit plus d’une centaine de cas par an- compte sur des institutions à l’instar de l’UNICEF et la direction de l’Action sociale pour réparer les destins brisés.

*Noms d’emprunt


REPORTAGE DU JOUR- A LA MAISON ROSE DE GUEDIAWAYE : ICI, ON REPARE LES DESTINS BRISES...
Profil : Mona Chassério, directrice de la Maison Rose

«Mère Thereza» habite Guédiawaye

C’est un petit bout de femme à l’allure chevalière qui invite à son bureau. Habillé d’une tunique en lin rose, elle s’active dans sa mise légère. Autour d’un mobilier sobre, Mona Chassério semble préoccupée. Mais elle rassure tout de suite. «Je suis comme cela. J’agis toujours en même temps que je réfléchis à une nouvelle étape. C’est lié à mon destin». Comme pour dire qu’elle est prête pour trouver les solutions à tous les problèmes de ses «sœurs» qu’elle a adoptées tout au long de son parcours.

À 65 ans, la Française d’origine bretonne, a fini de mettre sa vie au service des femmes à situation de précarité. Le pari, elle connaît. Elle se dit amusée. «Je suis née dans une famille matriarcale-bretonne. J’étais entourée de six femmes -dont ma mère et ma grand-mère- qui sur trois générations, ont vécu seules avec des défis à relever».

Pour elle, le défi était nouveau. Elle conçoit formellement une vie pour les autres notamment dans son «propre» monde. Avec les femmes et pour les femmes. Celle qui a débuté dans la vente de produits pharmaceutiques décide de soigner d’une autre manière en allant à la source de la souffrance. Sa vie prend un tournant en 1989 quand elle rencontre l’abbé Pierre. «Il m’a permis d’accéder à une couche de femmes vulnérables et c’est en ce moment que j’ai décidé de venir au secours des femmes des rues en France», confie-t-elle. Elle fut ainsi la première à s’investir dans le domaine et à être reconnue en tant que «Mère Thereza» de la dernière génération. Ainsi a-t-elle créé l’association «Cœurs de femmes».

Ses nombreux voyages la mènent en Afrique en 1991. Le constat sur la condition des femmes dans certains milieux est net et confirme sa vocation. Elle enfile vite les projets et décide de venir s’installer au Sénégal.

Divorcée et mère de 2 filles, Mona Chassério comptabilise aujourd’hui 22 ans d’expérience dans l’humanitaire. Elle est active et reconnue dans le réseau d’appui au développement.


Par Diouma Sow THIAM- PiccMi.com


Mardi 15 Juillet 2014 - 11:53



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.