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Renouveau de la classe politique casamançaise : le top et les flops





Les élections municipales et départementales du 29 juin 2014 avaient permis d’éclairer le jeu politique local, en consacrant la suprématie politique du maire de Ziguinchor Abdoulaye Baldé. Aujourd’hui, les fortes lacunes du maire dans la gestion des affaires communales d’une part et au regard de la fulgurante ascension populaire de Doudou Kâ, responsable de l’Alliance pour la République (APR) et administrateur général du FONGIP d’autre part, les forces politiques en présence s’équilibrent et donnent lieu à une dualité farouche à l’approche des élections présidentielles de 2017 ou 2019.

Si le fondateur du Mouvement And Taxawal Yokkuté Ziguinchor (MATY) a gagné en maturité et en légitimité auprès de la population de Ziguinchor, ce n’est pas le cas pour ses autres camarades qui ont du mal à se remettre de la cuisante défaite infligée par le président de la coalition UDZ Kadiamor.

Par ailleurs, une bipolarisation des forces politiques est également observée avec une présence sur le terrain de deux partis. Une analyse de la situation politique locale montre que l’Union des Centristes du Sénégal (UCS) et l’APR sont les seuls partis politiques capables de mobiliser la population autour d’activités et d’animations politiques. A un degré moindre, le Parti Socialiste (PS) tente de se reconstruire mais avec beaucoup de difficultés. Ce dernier qui jadis, régnait en maître en Casamance, ressemble aujourd’hui à un parti politique « cabine téléphonique ». A l’image des responsables nationaux, les différents leaders du PS à Ziguinchor sont caractérisés par une incompétence, une impopularité et un manque de charisme indignes de la formation politique des présidents Léopold Sédar Senghor, Mamadou Dia et Abdou Diouf.

Il est donc clair que le PS, le REWMI et le PDS ont une posture de spectateurs d’un « mortal combat » qui opposerait l’UCS du maire Abdoulaye Balde, candidat déclaré à la prochaine présidentielle et l’APR du président Macky Sall dont le lieutenant le plus en vue dans la région sud est Doudou Kâ. Ce dernier vient d’ailleurs de lancer avec plus de 40 maires de la Casamance un vaste mouvement dénommé « And Falaat Macky Sall ak Doudou Kâ, pour l’émergence de la Casamance » en perspective de la prochaine présidentielle où la Casamance sera fortement disputée.

Abdoulaye BALDE : Un maire perdu par le rêve présidentiel

Renouveau de la classe politique casamançaise : le top et les flops

L’hégémonie politique locale d’Abdoulaye Baldé, président de l’Union des Centristes du Sénégal (UCS), formation politique créée dans les décombres du PDS, n’a duré que le temps de la célébration de sa réélection à la tête du conseil municipal de Ziguinchor.

Depuis sa réélection en juin 2014, Ziguinchor est une ville où tout est difficile, une ville à la fois sombre et sale. A cela s’ajoute la difficulté de circuler car tout le réseau routier est dans un état de délabrement, presque plus de routes goudronnées ou pavées, une municipalité où les ordures ménagères ne sont jamais débarrassées au point de faire sortir le gouverneur de région de son droit de réserve en dénonçant cette situation. Le boulevard des 54m qui est le poumon de la ville et plusieurs quartiers de Ziguinchor comme Alwar, Kandialang, Djibock et Tilene, sont plongés dans une grande obscurité et insécurité.

N’ayant plus eu de coudées franges pour venir à bout des aspirations des populations qui l’attendaient sur le terrain d’activités génératrices de revenus et dans le secteur de développement, l’ancien policier devenu politicien est accusé de proposer que du folklore, danses et séances de lutte. Rappelons-nous qu’il avait battu campagne lors des élections locales en agitant des emplois pour les jeunes, l’industrialisation et le développement touristique de la région.

A lever la tête et regarder en face Ziguinchor agonisant, malade des carences d’initiatives de son premier magistrat, les populations ont fini de faire le deuil de leurs espérances trompées à outrance. L’incurie managériale du maire et l’absence totale de vision politique ambitieuse pour Ziguinchor constituent un obstacle à la posture de présidentiable qu’il veut se donner.

La question mérite d’être posée car on juge un arbre à ses fruits et un maire à ses résultats. Quand on regarde Ziguinchor, on est tenté de dire et à juste titre, monsieur le maire, le travail bien fait ne vous préoccupe jamais.

Mais le temps est venu pour Ziguinchor de changer. En attendant que cela arrive, rappelons à notre très cher maire qu’il est le premier magistrat de la ville, représentant de l’Etat dans la commune et de surcroit un officier d’Etat civil et officier de police judiciaire. Qu’à cette fin, il doit exercer des fonctions propres au pouvoir municipal. Que le maire est titulaire de pouvoirs propres et qu’en matière de police administrative, il est chargé de maintenir l’ordre public, le bon ordre, la sureté, la sécurité et la salubrité publique, etc. Qu’en faillant ainsi à ses obligations, il engage sa responsabilité. De plus, il faut à Ziguinchor un maire qui est de l’éthique, de l’ambition et de la technicité.

Doudou KA : Une puissance politique incontournable en Casamance


Homme de confiance du Président de la République qui l’a confié la lourde mission de s’assurer de la réalisation « en temps, en heure, dans la transparence et au meilleur coût » des grands projets structurants de sa présidence, Doudou Kâ suscite aujourd’hui espoirs auprès de la population de la Casamance.

En lançant le mouvement « And falaat Macky Sall ak Doudou Kâ, pour l’émergence de la Casamance » en juillet dernier avec plus de 40 maires de tous bords, force est de constater que le nouveau leadership politique est incarné en Casamance par le patron du FONGIP. Ce nouveau mouvement qui a pour mission la réélection du Président Macky Sall constitue aussi un « cadre unitaire d’actions politiques et citoyennes, placé sous l’autorité de Doudou Kâ pour mettre en synergie les différentes actions et initiatives économiques et sociales de la Casamance ».

Ce jeune ingénieur diplômé de la prestigieuse Ecole Nationale des Ponts et Chaussées de Paris, voilà un homme à la hauteur des aspirations des ziguinchorois et qui incarne la méritocratie. Il sera un encouragement pour ceux qui se lèvent les manches et qui n’attendent pas que Ziguinchor tombe tout cuit. Une victoire contre une bande de « nabots » qui ne savent que faire chier le bon peuple.

C’est vrai qu’on n’arrête pas la mer avec ses bras, mais des obstacles à la montée en puissance du conseiller spécial du Président de la République subsistent çà et là malgré un parcours professionnel et politique exceptionnel. Ils sont de plusieurs ordres mais seul celui lié à l’inorganisation de son parti politique retient notre attention. En effet, si l’absence de structuration de l’APR a permis la conquête du pouvoir sans une bataille de positionnement à la base, le revers de la médaille c’est qu’elle favorise une pluralité de pseudos leaders. Cette volonté du fondateur de l’APR crée une fragilité chez le véritable leader qui vit avec une Epée de Damoclès sur sa tête. La raclée subie aux dernière élections locales est la parfaite illustration de l’échec de cette stratégie d’un autre contexte.

Cependant, cette fausse note n’enlève en rien à la montée en puissance de celui que la presse avait qualifié de « sorcier noir » dans l’équipe de campagne du candidat Macky Sall au point de s’attirer tous les jours les foudres des partisans du maire Abdoulaye Baldé.

Auraient-ils raison de s'attaquer à Doudou Kâ, qui, de plus en plus, est vu comme une alternative crédible pour la conduite des affaires des ziguinchorois? Les populations de la Casamance sont-ils en train de se rendre compte de leur erreur après avoir réélu Baldé à la tête du conseil municipal? La fulgurante ascension populaire de Doudou Kâ est-il une réponse au mécontentement de la population du travail de leur maire?

Wait and see !

Benoît SAMBOU : L’échec d’un leadership forcé


Si Doudou Kâ a su gagner en popularité et en maturité même avec la perte des élections locales de juin 2014 par la coalition Benno Bokk Yakkar qu’il partageait avec le ministre conseiller Benoît Sambou, ce n’est pas le cas pour ce dernier. Il s’enfonce dans une impopularité que jamais un fils de la Casamance ministre n’a connu. Même au sein du gouvernement dont il était membre, il a eu du mal à convaincre et à s’imposer. Ben-Jo comme l’appelle affectueusement ses proches, est victime sans doute de sa supposée inculture.

Le président Abdou Diouf aurait dit un jour à Khalifa Sall qu’en politique « en plus d’être politiquement engagé, il faut être techniquement bon ». Ce que Benoit Sambou n’incarne pas. Nombreux sont ceux qui soulignent ses limites intellectuelles et lui-même s’était qualifié de menuisier au cours d’une émission radio animée par un célèbre journaliste politique. On se souvient de sa nomination décriée à la tête du prestigieux ministère de l’agriculture et de l’équipement rural pour cette supposée incompétence.

Si les critiques contre le ministre sont pour la plupart l’œuvre d’adversaires politiques, beaucoup sont les observateurs qui doutaient de sa capacité de diriger ce ministère. Ce n’est pas parce qu’on a dirigé un magazine faisant la promotion de l’agriculture qu’on peut manager un ministère aussi grand que celui de l’agriculture.

Fidèle du Président Macky Sall depuis les premières heures, le coordonnateur présumé de l’APR à Ziguinchor peine à convaincre sa base. Il est très contesté par les leaders locaux du parti au pouvoir qui lui reprochent son manque de charisme politique et surtout son parachutage en Casamance. En effet, Benoit Sambou paie son engagement politique avec le parti Jêf Jeul de Talla Sylla à Thiès au début de sa carrière politique.

Par ailleurs, il est accusé entre autres de freiner la promotion politique de ses camarades de parti susceptibles de lui faire ombre. On a tous été témoins des attaques du ministre contre le recteur de l’Université Assane Seck de Ziguinchor, le brillant professeur Courfia Kéba Diawara et l’Administrateur général du FONGIP, le jeune technocrate Doudou Kâ.

Aujourd’hui, tombé du poste du puissant ministère de l’agriculture et de l’équipement rural au simple poste de ministre conseiller en passant par le ministère de la jeunesse et de la promotion des valeurs civiques, l’ancien chargé des élections de l’APR, poste pour lequel Macky Sall lui préfère le ministre Aly Ngouille Ndaye, l’ancien menuisier devenu ministre de la République voit sa carrière politique sérieusement ralentie par l’émergence de jeunes loups aux dents longs. L’écrivain Romain Gary disait qu’ « il est moins grave de perdre que de se perdre ». Benoit Sambou se perd dans la jungle du sud.

Souleymane Sow
Juriste en Droit Public
Université du Havre (Normandie)

Maîmouna Manga
Juriste en Droit Privé
Université Assane Seck (Ziguinchor)


Mardi 12 Janvier 2016 - 11:04



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