contenu de la page
Connectez-vous S'inscrire



SAINT-LOUIS - BASKET CLUB : Ndèye Sène, talent en danger





SAINT-LOUIS -  BASKET CLUB : Ndèye Sène, talent en danger
Le cas Ndèye Sène inquiète. Depuis son exil en Roumanie qui a fini en eau de boudin, la meneuse-ailière de 24 ans, pétrie de talent, peine à trouver repreneur. Aujourd’hui, la sociétaire de Saint-Louis basket club fait du sur place dans le championnat local, en attendant de trouver une nouvelle destination. Faute de quoi, elle menace d’arrêter sa carrière. L’Observateur s’arrête sur un joyau en danger.

Dans le monde du basket, c’est un spécimen auréolé de superlatifs. Ndèye Sène, meneuse-ailière au talent épatant, est d’un état d’esprit en béton, d’une adresse sans faille. Debout sur (seulement) 1m62 sur une morphologie trapue et forte, la Saint-Louisienne est dépeinte comme une joueuse complète. Défensivement, elle est imperméable. Techniquement, elle transpire la perfection. «Très courageuse, elle n’a pas froid aux yeux et maîtrise le basket-ball», rappelle aussi le coach, Moussa Touré, qui a guidé les premiers pas de la jeune fille à Saint-Louis. Mais au fil des années, le moral s’émousse sur les parquets du pays, faute de challenge à la hauteur de son savoir-faire. A 24 ans, Ndèye Sène, qui avait déjà tenté une première expérience infructueuse en Roumanie, caresse à nouveau le rêve de retourner en Europe pour réveiller un talent aujourd’hui en sommeil. «Elle essaie tant bien que mal de se maintenir dans le championnat local, mais elle a un problème de motivation, se désole Moustapha Gaye, ancien entraîneur des Lionnes. Elle est un peu frustrée. C’est une fille d’un talent incommensurable. C’est une joueuse avec beaucoup d’énergie, très bonne shooteuse à trois points et en contre-attaque. Si elle part continuer sa carrière en Europe, on aura le meilleur d’elle dans les années à venir. C’est une fille qu’on ne doit pas laisser moisir ici au Sénégal. Il faut l’aider à sortir du pays, sinon elle va être démotivée et va être moins performante. Si on peut l’aider à trouver un contrat en Europe, ce serait une bonne chose pour le Sénégal.» L’aveu étant la reine des preuves, Ndèye Sène ne cherche pas à occulter son sur place actuel : «Je suis là, je joue, témoigne la sociétaire de Saint-Louis basket club. J’espère ressortir du pays un jour ou l’autre. Mais ce qui est sûr, c’est que si je ne sors pas du Sénégal, je risque d’arrêter ma carrière très tôt.» Un choix qui aurait l’écho d’un sacré gâchis.

Championne d’Afrique et reine du basket en 1993, l’ancienne Lionne, Mborika Fall, sait distinguer la bonne graine de l’ivraie. Sa parole n’est pas d’Evangile, mais a un pesant d’or. Parole d’une voix autorisée : «Ndèye Sène est la meilleure joueuse du Sénégal. En plus, elle a grandi. Il y a une nette différence entre la Ndèye Sène d’il y a deux saisons et celle de cette saison. Elle a beaucoup gagné en expérience. À l’époque, elle était jeune, vive dans ses actions. Elle courait aussitôt après les rebonds. Maintenant, elle se réserve et ne fait pas des actions inutiles. Elle porte l’équipe, et gère son temps de jeu. Cette année, j’ai plus ressenti l’efficience de son jeu. Maintenant, elle sait quand il faut courir et quand il faut s’arrêter, quand il faut lancer et quand il faut calmer le jeu. Elle est en train de montrer qu’elle a mûri. Elle est mieux organisée que les saisons précédentes. Toute équipe qui dispose de Ndèye Sène dans ses rangs n’a pas à avoir peur d’une défense de zone de l’adversaire.» Adroite dans les tirs primés, elle a le don de faire la différence à tout bout de…parquet. «C’est pourquoi il est rare de voir une équipe qui joue contre le Slbc faire une défense de zone, éclaire Mborika Fall. L’adresse est un atout primé dans le basket et Ndèye Sène l’a, malgré sa petite taille. Si elle n’a pas encore de contrat de longue durée à l’étranger, c’est parce que la chance ne lui a pas encore souri.»

Président de la ligue de basket de Saint-Louis, secrétaire général de Saint-Louis basket Club, Mansour Diagne ne souhaite pas voir la fleur se faner sous le ciel saint-lousien, un peu trop étriqué pour son envergure : «C’est une fille très talentueuse, qui a sa place dans le haut niveau. Elle joue 2 et 3(ailière) par rapport à ses qualités sur l’adresse, sa vivacité. Elle est un peu handicapée par sa taille, mais elle le compense par sa vivacité. Nous sommes en train de voir comment faire pour qu’elle aille continuer sa carrière en Europe.»

Flash-back

Championne du Sénégal, vainqueur de la coupe nationale et reine du basket, Ndèye Sène a traversé l’année 2008 en habit de lumière pour s’ouvrir les portes de l’Europe. Elle rejoint le club roumain de Icim Baschet arad, mais revient au bercail au bout de 6 mois pour honorer le drapeau national. Elle participe aux Jeux de la francophonie de Beyrouth en 2009 où le Sénégal a remporté la médaille d’argent, puis à la coupe d’Afrique jouée à Madagascar.

La médaille d’or au cou, Ndèye Sène décide de retourner à son club après un brillant parcours africain. Malheureusement, elle est retardée au Sénégal pour un problème de billet d’avion. Ne pouvant pas attendre, son club lui trouve une remplaçante, qui donne entière satisfaction et la relègue sur le banc, avant qu’un prêt ne soit envisagé. Un prêt qui n’a pas pu finalement se faire pour des raisons financières. Du coup, Ndèye Sène est obligée de rentrer au pays, frustrée. «Ça fait mal de perdre mon contrat pour des légèretés de ce genre. C’est par patriotisme que j’ai demandé la permission pour rejoindre l’équipe nationale. À l’arrivée, voilà ce que j’ai récolté. Ce qui fait le plus mal, c’est qu’après, personne n’a levé le petit doigt pour m’aider. Il n’y avait que mes proches et Baïla Wane (ancien président du club) pour me soutenir», regrette Ndèye Sène au bout du fil.

Au pays, elle retrouve ses premières amours. Elle reprend service au Saint-Louis Basket Club et expose à nouveau son magnifique talent. Sur les parquets du championnat local, Ndèye Sène n’a pas d’égale. Elle est élue à nouveau et sans conteste «Reine du basket 2010». En 2011, la Saint-louisienne s’offre un nouveau doublé : coupe du Sénégal-championnat. Au plan international, elle glane avec les Lionnes la médaille d’or aux jeux africains de Maputo et une médaille d’argent à l’Afrobasket au Mali. Une sorte de consécration pour une fille qui était prédestinée à faire autre chose.

Du foot au basketball

Née en janvier 1988, Ndèye Sène pousse avec un physique adapté au sport. Quand elle commença par le ballon rond à l’école de football Ameth Fall de Saint-Louis, Ndèye ne se doutait pas un seul instant que son étoile brillerait pour le basket. Mais personne ne peut échapper à son destin. «Toute petite, j’ai commencé par le foot, mais plus tard je me suis dit que le football n’est pas un sport de fille», confie celle qui va succomber aux charmes de la balle orange. L’école de basket de l’ancienne Lionne de Basket, Mborika Fall, accueille cette jeune fille pleine d’énergie. Malgré son talent naissant, un nuage rend son rêve flou. «Tu es douée, mais ta taille fait défaut. Tu ferais mieux de pratiquer une autre discipline», lui balance sèchement son entraîneur, Moussa Touré. La terre se dérobe sous les pieds de la petite Léboue. «Ces mots m’ont blessée, confie-t-elle aujourd’hui. J’ai pleuré pendant des jours. Mais je me suis dit que ce serait un gâchis d’arrêter après avoir fait tout ce parcours.» Ainsi, Ndèye Sène met les bouchées doubles pour ne pas donner raison à son entraîneur. Le temps passe, elle résiste et s’éternise sur les parquets grâce à l’aide d’un autre entraîneur, Alioune Dione.

Elle pousse Mborika Fall à la sortie

Un jour, la revanche de la très pugnace Ndèye Sène sonne. Saint-Louis Basket Club, privé de son ailière-titulaire, fait appel à ses services. C’est le même Moussa Touré qui demande à Ndèye de venir en renfort. Problème ! Elle n’avait pas l’âge requis pour jouer chez les seniors. L’année suivante, en 2003, la junior, surclassée chez les seniors de Saint-Louis Basket Club, envoie Mborika Fall à la retraite. Elle raconte : «Un jour, j’ai joué une demi-finale de championnat contre le Duc. Mborika Fall était dans les rangs du Duc. Après le match, elle m’a demandé où est-ce que j’ai appris le basket. Quand je lui ai répondu que j’ai été pensionnaire de son centre de formation à Saint-Louis, Mborika n’en revenait pas. Elle m’a juste dit qu’il est temps qu’elle arrête, puisque son élève, que je suis, l’a rattrapée sur les parquets.» La Duchesse du basket raccroche en 1993. Depuis, l’élève de Guet Ndar frise la perfection. Brille de mille feux, un peu trop pour circonscrire ses éclats aux seuls parquets sénégalais.

L'observateur

Mercredi 23 Mai 2012 - 13:29



Dans la même rubrique :
< >

Nouveau commentaire :
Twitter

Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.