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Soda Mama Fall, une vie en chansons


Une artiste lyrique dont le talent est unanimement reconnu par les professionnels et les amateurs. Soda Mama Fall appartient à cette catégorie de chanteuses qui ont écrit les plus belles pages de la musique sénégalaise. C’est très tôt qu’elle est entrée dans la profession. Un talent artistique que la chanteuse a hérité de ses grands parents. Du côté de sa mère, elle est du Sine. Un vivier musical dans lequel Soda Mama a pu et a su puiser. Ce qui lui vaut son statut de grande diva.




Soda Mama Fall, une vie en chansons
Une grande simplicité. Tel un label ou une marque de fabrique, Soda Mama Fall a su capitaliser et cristalliser un fort capital de sympathie aussi bien dans la frange des jeunes et des moins jeunes. A tout point de vue : génie artistique et simplicité naturel. Le mot d’ordre : se défaire de toutes fioritures mondaines, en bon talibé mouride, spécialement dévouée au regretté guide Serigne Mbacké Sokhna Lô. Il n’est pas rare d’entendre cette remarque comme un refrain à la diffusion d’un de ses clips vidéo : « Soda Mama Fall est d’un naturel surprenant. A la différence des autres artistes qui vous en mettent plein la vue, elle ne s’encombre point de maquillage, de bijoux clinquants. Entre autres astuces que la cantatrice a su trouver pour se maintenir, manger équilibré et pratiquer régulièrement une activité sportive. Et c’est avec assiduité qu’elle s’adonne aux séances de remise en forme.

Toute jeune, ses parents tenaient beaucoup à ce qu’elle fasse de longues études. Ils ont tout fait pour qu’elle réussisse. « Pourtant, j’ai passé quatre années dans une même classe, sans pouvoir franchir le niveau supérieur, a-t-elle confié. Que ce soit la géographie, les mathématiques ou le français, j’étais toujours la dernière et je récoltais des zéros pointés ». Néanmoins, sur un volet moins studieux, Soda Mama s’adjugeait toujours la première place en chant et en dessin. A l’époque, « j’étais déjà une grande danseuse doublée d’une bonne chanteuse ». Et, c’est ce qui a gâché ses études. « J’alliais merveilleusement la danse et la chanson, deux expressions artistiques que j’ai très tôt maîtrisées », affirme la chanteuse. Généralement, lorsqu’il y avait des cérémonies familiales comme un mariage ou un baptême, les gens lui demandaient de venir chanter.

Jeune première

Chemin faisant, le regretté animateur à Radio Sénégal, Abdoulaye Nar Samb, la repéra comme jeune talent. Par la suite, c’était autour de Maguette Wade de l’inviter à la télévision nationale par l’entremise de son frère Moussa Guèye. Une fois l’émission télédiffusée, le directeur général de la compagnie du Théâtre Daniel Sorano, Maurice Sonar Senghor, apprécia positivement. C’est ainsi qu’il lui a demandé si elle voulait bien intégrer la compagnie de Sorano. Il fallait d’abord demander le feu vert de son père. Celui-ci l’autorisa à y aller. Après son audition, Soda Mama rejoint l’Ensemble lyrique traditionnel du Théâtre Sorano. Ainsi naquit un long compagnonnage qui durera 37 ans récompensés par sa récente nomination de directrice de l’Ensemble lyrique traditionnel. Sur place, la chanteuse a comme collègues d’autres divas de la trempe de Khar Mbaye Madiaga, Madiodio Gningue, Diabou Seck, Mahawa Kouyaté, Khady Diouf, entre autres. Certaines sont parties à la retraite, d’autres sont venues les rejoindre.

Par rapport au travail proprement dit au niveau de Sorano, Soda Mama Fall est d’avis que la profession est à la fois facile et difficile. En dehors de son art qu’elle vit intensément, elle se considère comme une artiste à part entière. Une fois à la maison, la chanteuse endosse ses habits de mère, d’épouse, de grand-mère ou bien de tante. Elle cuisine, fait le linge, s’occupe de son foyer. Quid de sa vie d’artiste ou de son statut d’épouse, de mère ? La réponse est claire : « S’il s’agit d’aller au marché, de faire la cuisine ou autre tâche ménagère, chacun peut s’en acquitter, dit-elle. Tout est question d’organisation et d’éducation. La femme doit rester femme après tout ».

A la fois inquiète et rassurée

Et sous cette posture, elle pose à la fois un regard inquiet et rassuré par rapport à l’avenir de la musique traditionnelle face à la nouvelle génération. « Quoiqu’il advienne, la musique, la danse resteront à jamais dans notre culture, explique Soda Mama Fall. Dieu merci, je suis heureuse de constater que les jeunes s’intéressent de plus en plus à l’art qui n’a pas de frontière ». Seulement, nuance-t-elle, avant de s’engager comme chanteur, il faut au préalable avoir l’amour du métier, se frotter aux rudiments de la profession. En termes clairs, il faut s’assurer une bonne formation. De là, l’artiste est assez outillé pour ne pas verser dans l’obscénité. Le propos est allusif aux vidéos clips.

Selon la chanteuse, l’image est un médium très délicat et très sensible. De l’avis de la diva, il est important pour l’artiste de garder et de laisser une image positive pour la postérité. Essentiellement pour les fils et les petits-fils qui peuvent, un jour ou l’autre, prétendre à des postes de notoriété nationale voire internationale. L’inquiétude de Soda Mama est d’autant plus fondée, car la femme par exemple n’a que sa dignité. Si celle-ci est mise à rude épreuve à travers des ports vestimentaires qui frisent l’obscénité, ce sont les fondements de notre société qui s’en trouvent menacés d’ébranlement. « Nos filles doivent avoir à l’idée qu’elles sont appelées à avoir des époux, des enfants et qu’elles rendront compte à Dieu », estime la chanteuse. Un rien d’amertume, elle enchaîne : « Notre culture n’accorde aucune place à la vulgarité. C’est plutôt la décence, la pudeur. Et comme l’a si bien chanté le regretté Abdoulaye Mboup, pour rien au monde, rien ne vaut nos tenues traditionnelles ». Au regard de la pensionnaire de Sorano, ce sont cette décence et cette pudeur qui font le charme de la femme. Et c’est ce qui aiguise la curiosité de l’homme jusqu’à le pousser à prendre épouse. « Nous n’avons que notre culture qui est si riche », dit-elle. « C’est ce qui fait le charme du Sénégal et attire pas mal de touristes et d’investisseurs. Cela ne relève point du hasard. De grâce préservons cette culture ».

Loin de Soda Mama Fall l’idée de s’ériger en objecteur de conscience. « Je ne suis pas contre le port du pantalon ou tout autre style vestimentaire, mais, tempère-t-elle, que cela soit dans la limite de la décence ». Mais, elle n’approuve pas certaines formes de danse, certaines tenues vestimentaires. Parce que, souligne la dame, une femme peut bien danser avec toute l’esthétique qui sied sans pour autant verser dans l’exhibitionnisme. Au regard de la chanteuse, la danse et la chanson ont toujours existé. Fausse note, la gestuelle, le port vestimentaire empruntent de nos jours une trajectoire que la morale réprouve. Cela inquiète grandement Soda Mama Fall. Dans le même temps, un brin d’optimisme éclaire son visage. « L’art n’a pas de frontière », dit-elle. « C’est un bien commun et chacun doit s’y mettre pour son rayonnement. Quel que soit l’origine sociale de l’artiste, l’entraide et la solidarité doivent être de mise ». C’est dans cette dynamique que la cantatrice encourage la jeune génération à persévérer dans l’effort de créativité. Elle pense que les jeunes doivent davantage se rapprocher des anciens comme Khar Mbaye Madiaga, Kiné Lam, Madiodio Gningue ou encore El Hadj Mansour Mbaye, Samba Diabaré Samb. « C’est mieux que de chanter l’amour tout le temps, souligne l’artiste. Ils doivent également chanter la trahison dans une relation amoureuse, les hauts et les bas d’une vie de couple ».

Dans la foulée de cette préoccupation, Soda Mama Fall pose un regard sur le phénomène du « Samba Mbayane » (larbinisme en français). D’après ses explications, « Samba Mbayane » relève d’une déformation. A l’origine, dit-elle, c’était une chanson dédiée aux rois, ou bien aux descendants de la lignée royale. Ainsi, son interprétation n’est pas seulement l’œuvre d’une seule personne, mais de plusieurs. Preuve à l’appui, la maîtresse des lieux n’hésite pas à entonner un air de « Samba Mbayane » rendu sur plusieurs registres vocaux. Une interprétation en solo-majeur.

El Hadji Massiga FAYE
Le Soleil




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