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Télé Futurs compromis - sion ?



La Télévision Futurs Médias est née après un compromis. Un futur média de compromission ? La question n’est pas saugrenue : pour sa naissance, toutes sortes d’alchimies ont été élaborées, le bleu de chauffe endossé, la tenue de combat arborée pour un bras de fer qui s’est finalement terminé par un gentleman-agreement. Wade a obtenu du chanteur que « sa » chaîne soit essentiellement culturelle ; mais en même temps, les sénégalais ont vu leur président reculer dans un bras de fer. Cela n’arrive pas tous les jours. Mais à quel prix ?



Télé Futurs compromis - sion ?
Qui se faisaient face dans ce feuilleton de mauvais goût ? Youssou Ndour et l’Etat du Sénégal ? Une légende du show-biz et un président de la République ? Non, plutôt, un homme d’affaires qui voulait investir un créneau devenu sensible –la télévision-, alors que l’image du pouvoir n’a jamais été aussi écornée dans les médias régulièrement approvisionnés en scandales, et un homme de pouvoir au pouvoir décidé à surveiller comme du lait sur le feu tous les potentiels nids de résistance. Télévision. Elle fascine nos deux acteurs.

Youssou Ndour, en lançant « Live Tv », un tube dans lequel il chantait la magie des satellites et bidules de télécommunications, avait dévoilé un vieux rêve. Wade, arrivé au pouvoir, a fait de la télévision nationale, la Rts, son miroir préféré. Certes, il a accordé son blanc-seing pour la naissance de la 2S Tv, à Walf Tv et à la très « concrète » Canal Infos, mais ces chaînes ont bien n’ont pas pu (ou n’ont pas voulu) développer un pôle « information » avec un sens éditorial assez original pour peser sur l’opinion.

En fait, le président Wade attendait des gages de « responsabilité » de la part de celui à qui il dispute le titre de plus grand voyageur de ce pays, comme il l’avait laissé entendre un jour, alors qu’on l’interrogeait sur sa propension à toujours prendre les airs. La ligne éditoriale de « L’Observateur » et de la Radio Futurs Médias, indépendante et libre, et surtout très critique à l’endroit du régime libéral n’étant pas pour le rassurer, Wade avait freiné des quatre fers.

Mais Youssou Ndour, c’est Youssou Ndour. Le raisonnement du crooner était simple : avec mes millions de fans à travers le monde, ma notoriété, ma musique, mon argent, mon statut de leader d’opinion, il n y a pas que de raison que d’autres aient une chaîne de télévision et moi, pas. Sud Communication était à deux doigts d’obtenir le droit d’émettre au Sénégal. « Wade un opposant au pouvoir : l’alternance piégée ? », le premier livre publié par le journaliste Abdou Latif Coulibaly après 2000 allait faire ancrer dans l’esprit du vieux président que le groupe de presse voulait sa perte.

Dans ce pays, une opposition du président de la République à un projet équivaut à la signature de son arrêt de mort. Ce n’est pas l’apanage du Sénégal. En France, Sarkozy suit de près l’évolution du dossier de la reprise du grand quotidien du soir, « Le Monde », journal de l’establishment intellectuel de centre-gauche. Hors de question pour lui de laisser tomber entre les mais d’un capitaine d’industrie peu poreux à ses idées.

Ici, où va bientôt émettre la TFM, au-dessus de la tête de tous les acteurs, pied à pied, pouce après pouce, on a négocié. Le président Wade et Youssou Ndour ont négocié. Sauf qu’il n y avait pas d’espèces sonnantes et trébuchantes en jeu mais plus : des questions d’honneur et d’orgueil. Un lieu d’accaparement. Chacun devait lâcher quelque chose. Compromis. Compromission ? On a assisté à une sorte d’ajustement d’intérêts divergents qui a consisté à donner à chaque adversaire la satisfaction de penser qu’il a eu ce qu’il ne devait pas obtenir, et qu’il n’est privé de rien, sinon de ce qui lui était véritablement dû.

Mais pour aller au front dans son combat pour lancer les programmes de la TFM, Youssou Ndour avait lancé une sorte d’appel à la mobilisation, comme on procédait les veilles de déclarations de guerre. Fleur au fusil, « le peuple » de Youssou Ndour a massivement répondu à l’appel de son idole. Au finish, le sentiment le mieux partagé parmi les fantassins de la TFM est qu’ils auront servi de chair à canon. Aujourd’hui Youssou Ndour se défend d’avoir renié ses engagements d’hier, mais il est acquis qu’un rageant sentiment d’avoir servi de courte échelle anime beaucoup de sénégalais.

Au finish, les deux « chefs de guerre » ont signé l’armistice sans se soucier le moins du monde des tombés au champ d’honneur, surtout du côté des inconditionnels du « roi du Mbalax ». Les réactions des « gens ordinaires » après les actes « politiques » posés par Youssou Ndour, dans le sillage de la paix des braves, renseignent sur leur désillusion. C’est que beaucoup, en se trompant, avaient vu en You un possible catalyseur de l’opposition aux Wade ; une sorte de caution populaire à la préparation de la der des batailles pour beaucoup d’acteurs politiques, la présidentielle prévue en 2012.

Au plus fort de « la fièvre de la citoyenneté », le chanteur avait tissé des liens forts avec l’opposition conjoncturelle et le figures émergentes de la société civile. Certains commençaient à caresser le rêve de voir l’enfant de la Medina lancer un des slogans dont il a le secret pour animer une campagne électorale contre le régime. Las. Il faudra repasser. Incompréhension ?

Naturellement, Youssou Ndour ne peut laisser prospérer l’image de « traître » qu’une frange de l’opinion commence à lui faire endosser. « Cette autorisation est un droit et nullement une faveur. Elle ne saurait en aucune façon stopper mon combat contre les dérives dans la conduite de mon pays. Je vais rencontrer les acteurs politiques de tous bords, scruter les programmes des uns et des autres en vue des élections de 2012 dans lesquelles je vais fortement m’impliquer. En 2011, je choisirai un candidat que je soutiendrai et pour qui j’appellerai à voter à l’occasion de la présidentielle de l’année suivante. Pour l’heure, je vais m’atteler à trouver des convergences avec tous les autres mouvements citoyens qui ont dernièrement été créés », expliquait-il récemment à « Jeune Afrique ».

Mieux, il réitère son engagement citoyen. Lors d’une rencontre avec Serigne Mansour Sy « Djamil », il se laisse aller : « nous sommes convenus, M. Sy et moi, de faire mieux connaître la Constitution sénégalaise à nos concitoyens et de nous opposer à toute nouvelle tentative de la réviser à des fins politiciennes ou électoralistes. Il est par exemple inconcevable qu’on pense un seul instant supprimer le scrutin à deux tours pour instaurer l’élection du président de la République à un seul tour… »

Il repasse en quelque sorte le chiffon sur les traces de la meute, lui en tête, qui avait défrayé la chronique revendicative. C’est tout l’art du démenti. Il annonce que c’est une méprise de son staff qui a fait croire à l’opinion qu’il fait désormais les yeux doux à Karim Wade. Celui-ci venait de lui infliger, l’air de rien, une bien belle déconvenue. Wade fils a non seulement refusé l’invitation de se rendre à Bercy pour « Le Grand bal », mais il lui fait savoir implicitement qu’il ne tenait pas spécialement à le compter parmi ses intimes. En langage décodé : « je bosse, je n’ai pas de temps à perdre dans du folklore », du moins, c’est ainsi que le public l’a compris.

Il y a toujours un grand fossé entre ce que le public ressent et la volonté des acteurs. Youssou Ndour a fait endosser à sa future chaîne de télévision une sorte de dette morale. Son accouchement dans la douleur a accru les attentes. Chacun, du moins ceux qui avaient signé la pétition lancée un peu partout à travers le monde pour soutenir sa création, croit y avoir une part de paternité. Pour la faire naître, Youssou Ndour a loué les services d’une mère porteuse dénommée « opinion publique ». TFM ne naîtra pas sous X, mais elle a tout d’un produit génétiquement modifié.

LA CHRONIQUE MEDIAS DE NETTALI.NET

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Jeudi 24 Juin 2010 - 09:01



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