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Un Etat déboussolé... Par Madiambal DIAGNE





Un Etat déboussolé... Par  Madiambal DIAGNE
Il a été observé, rien que durant la semaine dernière, de nombreux faits qui renseignent sur l’état de vacuité et la méconnaissance que de nombreuses autorités publiques ont de l’Etat et de ses règles de fonctionnement. Il s’avère ici nécessaire de relever des situations ou des comportements qui portent atteinte à l’image de la gouvernance publique et l’accumulation de tels faits finirait par rendre sceptique le citoyen sur la capacité des gouvernants à incarner l’Etat. L’intérêt de l’exercice est naturellement de souhaiter que les choses changent.

Un grave incident diplomatique s’était produit à Dakar, à l’occasion de la conférence ministérielle sur l’Etat de droit et la lutte contre la corruption. Cette rencontre internationale était présidée par le Président Macky Sall et avait vu la participation de plusieurs dizaines de délégations étrangères. Certaines de ces délégations ou leurs représentations diplomatiques permanentes à Dakar, ont été choquées dans le déroulement de la cérémonie. En effet, un groupe d’artistes «slameurs» a été invité à donner un spectacle à l’ouverture de cette rencontre. Les «slameurs» ont tourné en dérision des chefs d’Etats africains dans une parodie de match de football pour stigmatiser leurs penchants pour des actes de corruption et de mal gouvernance. Des noms de chefs d’Etats avaient été cités et rudement brocardés et cela a embarrassé bien de monde présent dans la salle.

Le Président Macky Sall lui-même a été tourné en dérision. Il a certes essayé de faire bonne figure en riant comme une bonne partie du public, mais le fait est grave du point de vue diplomatique. On se demande bien si les organisateurs avaient pris le soin de s’imprégner préalablement du contenu du spectacle, notamment les propos qu’allaient débiter les «slameurs» devant une telle assistance. Le mal était déjà fait, surtout qu’il semblerait que le protocole présidentiel n’avait pas été informé de ce spectacle à l’occasion de ses séances de repérages pour agencer l’ordonnancement de la cérémonie que devait présider le chef de l’Etat. L’impair diplomatique a suscité le courroux de certains pays, et force est de dire que le Sénégal n’avait pas besoin d’une telle provocation. La liberté d’expression est une chose mais les convenances diplomatiques en sont une autre. On n’a trouvé personne pour s’excuser auprès des diplomates froissés et aucune responsabilité n’est située. Des sanctions ? N’en parlons pas...

On avait à peine fini de s’émouvoir de cette histoire qu’on apprend qu‘un organe consultatif de l’Onu a estimé que la détention de Karim Wade au Sénégal ne répondrait pas aux règles d’équité et de justice. Elle est arbitraire, estime le groupe de travail des Nations unies. Le lieu n’est point de discuter de cet avis du Groupe de travail sur les droits humains, qui est un organe indépendant. Mais on ne peut manquer de s’étonner de l‘attitude de l’Etat du Sénégal. Personne ne peut comprendre que les autorités sénégalaises n’aient pas pu trouver du temps, durant tout le délai de deux mois qui leur était imparti, pour déposer leur mémoire de réponse au plaidoyer des avocats de Karim Wade. A quoi devaient bien être occupés les nombreux conseillers et autres hauts fonctionnaires du ministère de la Justice, les fonctionnaires de l’Agence judiciaire de l’Etat ou même les avocats commis par l’Etat du Sénégal dans cette affaire, pour ne pas trouver du temps pour préparer une réponse dans les délais impartis ? Il se dit au ministère de la Justice que le mémoire de défense aurait été transmis, la veille de l’expiration du délai, aux autorités diplomatiques du Sénégal auprès du système des Nations unies et que les carences devaient leur être imputées. Qu’à cela ne tienne, une enquête administrative devrait être ouverte et les responsabilités clairement situées.

Des bulldozers ont été lancés contre un mur édifié dans l’enceinte même de l’aéroport de Dakar. L’histoire voudrait que des spéculateurs fonciers aient eu le culot de faire reculer le mur de clôture de l’aéroport pour se tailler des parcelles à mettre sur le marché. Il avait fallu que des journaux mettent sur la place publique cette histoire, pour que les autorités daignent réagir en démolissant le mur. Il est dit qu’une enquête est ouverte. On attend de voir... Seulement, qui peut croire que des intrus aient pu accéder à l’enceinte de l’aéroport en y déposant des matériaux de construction et des ouvriers, qui ont certainement réalisé l’ouvrage durant plusieurs jours, et ceci au nez et à la barbe des préposés à la sécurité du site et des autres responsables de l’aéroport ? Le cas échéant, on doit s’étrangler pour la sécurité de ce lieu hautement sensible que constitue un aéroport international.

Dans la foulée, une opération de démolition de maisons irrégulièrement construites sur l’emprise de la zone aéroportuaire a été engagée. Tous ceux qui avaient payé des terrains sur ce site et y avaient édifié des maisons à coups de dizaines de millions de francs savaient parfaitement qu’il n’y avait pas de titres légaux de propriété. La pression foncière à Dakar étant telle que d’aucuns ont cru à des promesses de régularisation. On pourrait certainement considérer que nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude, mais là où le bât blesse, est qu’à côté, il existe de nombreuses maisons dans la même situation d’irrégularité foncière et qui ne subissent pas la furie des démolisseurs. En outre, où étaient les différents services publics pendant que ces nombreuses maisons se construisaient dans une totale illégalité ?

Il s’y ajoute que le directeur de l’Agence des Aéroports du Sénégal, Pape Maël Diop et son ministre de tutelle Abdoulaye Diouf Sarr, se sont donnés en spectacle à cette occasion, avec des querelles indignes de leurs charges respectives. Le Premier ministre et le chef de l’Etat peuvent-ils faire comme s’ils n’avaient pas été informés de ces bisbilles ? L’image de l’Etat en prendrait encore une fois un sacré coup. Bernard Cazeneuve, ministre français de l’Intérieur, disait que «la meilleure boussole est le sens de l’Etat».

Madiambal DIAGNE


Mardi 9 Juin 2015 - 10:34



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