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Vous avez dit démocratie... Par Souleymane KANE





Vous avez dit démocratie... Par Souleymane KANE
Le Parti démocratique sénégalais (PDS) est entré dans une zone de turbulences depuis quelques jours. La sortie de Modou Diagne Fada et ses amis demandant une refondation du parti, a créé une sorte de guerre des tranchées dans les rangs libéraux. Chacun cherchant à se payer la tête de l’enfant de Darou Mousty, classé aujourd’hui dans la catégorie des renégats, des «fils indignes», qui osent lorgner le fauteuil du père que l’on veut toujours maintenir à la place de la seule constante libérale ; même si par ailleurs, celui-ci a son avenir politique derrière lui.

Pourtant, le débat posé par Modou Diagne Fada et compagnie aurait dû être porté par l’ensemble des libéraux, soucieux d’un avenir radieux pour leur formation politique. Car, le plus gros problème du PDS et qui a été même à la base de sa perte du pouvoir, au-delà des erreurs stratégiques commises par la «seule constante», a été de ne pas avoir renouvelé ses instances de base. Une opération qui s’est tenue pour la dernière fois en 1996. Aujourd’hui, au PDS, il se pose un problème de légitimité mais aussi de démocratie interne.

Légitimité, oui, car mis à part Me Abdoulaye Wade qui a été élu à son poste de secrétaire général par un Congrès, personne d’autre ne l’est, si ce n’est par la seule volonté du Pape. Même au Comité directeur qui passe ces derniers temps pour l’organe de décision du parti, siègent des militants sortis de la cuisse de Jupiter pour se faire une place au soleil, à la faveur du combat pour la libération de Karim Wade. Un combat qui aiguise bien des appétits et qui constitue pour ces gens, un véritable investissement. Une fois Karim sorti de prison, pour entrer au palais, comme ils l’espèrent, ils brandiront leurs blessures de guerre comme ce fut le cas avec son, père en 2000, pour réclamer une place au banquet de la République.

Du cas, de Karim Wade parlons- en. Là aussi, tout relève de la bonne volonté du père qui, habilement, sans en donner l’air, a su tisser les fils, pour transformer un Comité directeur, en Congrès extraordinaire et faire de son fils, le candidat du parti aux prochaines joutes électorales présidentielles. Avec ce coup de génie, Maître a réussi une partie de son ambition qui avait échoué quand il était au pouvoir. La dévolution du pouvoir prend la voie de dégagement nord après avoir connu les embouteillages de l’avenue Bourguiba. Il reste juste à Abdoulaye à chauffer pour Karim, la place de secrétaire général du parti, le temps qu’il purge sa peine de prison et venir réussir au PDS, ce que Cheikh Bamba Dièye a réussi sans coup férir avec le FSD/ BJ, en s’installant à la place de son père après son décès. Le PDS restera encore pour de longues années sous le joug des Wade.

Un dessein politique qui semble être aux antipodes du dessin produit par Modou Diagne et ses amis dans leur mémorandum. Pour plus de justice et d’équité, ils ont demandé un Congrès pour élire un nouveau secrétaire général, installer de nouvelles instances et relancer le PDS. Une refondation qui n’est pas du goût des théoriciens du statu quo qui trouvent leur légitimité dans la proximité avec Me Wade. La démocratie interne en prend un sacré coup car autant on réclame l’alternance à la tête de l’Etat, autant on se gargarise des prébendes et autres positions à l’interne. Cette absence de démocratie interne avait conduit au départ de Macky Sall et d’Idrissa qui entre autres griefs retenus contre eux, avaient été accusés d’avoir trop pensé au fauteuil de la «seule constante». Souleymane Ndéné Ndiaye et Aliou Sow semblent s’inscrire dans cette même mouvance de dénonciation de l’absence de démocratie interne. Alors que d’autres par manque de courage, dénoncent à l’externe et acquiescent à l’interne.

Toutefois, le débat posé par Fada et compagnie aurait mérité un meilleur sort que celui qui lui a été réservé. Le PDS aurait gagné dans un débat sérieux plutôt qu’un débat de caniveaux avec des accusations d’achat de conscience. Ce qui ne fait que fausser le jeu politique et démocratique. Car il l’a du reste soutenu qu’est que Macky Sall peut-il aujourd’hui lui offrir et qu’il n’ait déjà eu dans sa vie politique et administrative ? Ce serait réducteur et simpliste de tout ramener à des accusations de corruption.

Cette situation, marquée par une absence de démocratie interne, est cependant loin d’être spécifique au PDS. A la fin des années 90, elle s’était produite au Parti socialiste (PS) avec le camp de Djibo Leyty Ka qui réclamait le renouveau démocratique au sein du PS alors que celui de Tanor était pour la refondation. C’est dans ces querelles de positionnement que le parti d’Abdou Diouf était allé au fameux Congrès sans débat qui avait consacré la victoire du camp de Tanor sur celui de Djibo. Celui-ci finira par claquer la porte de la maison du père, pour aller construire la sienne qu’il espérait plus belle.

Outre le PDS, c’est l’Alliance des forces de progrès (AFP) qui elle aussi, est aujourd’hui à la croisée des chemins. Les positions de Niasse par rapport à la présidentielle de 2017, n’ayant pas rencontré l’assentiment des Malick Gackou, Malick Gueye, Goumballa entre autres…, on assista à un dialogue de sourds qui aboutira au départ de ces derniers.
Ainsi va la démocratie sénégalaise où l’unilatéralisme et la pensée unique doivent être de rigueur. Il est alors grand temps de leur faire réviser cette pensée de Voltaire qui voulait se battre afin que l’autre puisse exprimer sa pensée, même si par ailleurs, lui, il pense autrement.

Souleymane KANE
Journaliste free lance


Jeudi 11 Juin 2015 - 13:14



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