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Vox populi, vox Dei ( La voix du peuple est la voix de Dieu )



Vox populi, vox Dei. La voix du peuple est la voix de Dieu. Rome, l’empire d’Auguste, la démocratie de Claude et de Caligula adopta ce slogan magnifique. Sénat et Assemblées populaires étaient les institutions propres et distinctives de la République romaine. Cependant, sous l’empire comme au Sénégal sous Wade, les comices perdront leurs influences politiques. L'empereur, tribun à vie, s’arrogea le statut de porte-parole et protecteur de la Plèbe. Ces congrès étaient pourtant l'assemblée du peuple tout entier, le Parlement des citoyens. Ils constituaient donc l'élément démocratique de la Constitution romaine. L'Etat, par la force des manœuvres et ruses politiciennes, devint oligarchique. Les limitations à l'expression démocratique furent alors nombreuses. La Plèbe ne pouvait désormais se réunir que les jours «comitiaux» après proclamation et affichage officiel. En outre, les résolutions des comices devaient être ratifiées par le Sénat. Pour faire passer la pilule de ce coup d’Etat, les sénateurs romains droguèrent le peuple aux jeux de massacres des gladiateurs, ces lutteurs d’un autre genre. La vérité du peuple, disaient-ils, n’est pas dans le marbre du Sénat, elle est dans le sable du Colisée. La similitude avec le Sénégal des mastodontes de l’arène est frappante. Mais le temps, gendarme du Bon Dieu, est toujours là pour rappeler, en toute période, cette vérité d’évangile. La voix du peuple est la voix de Dieu.



Vox populi, vox Dei ( La voix du peuple est la voix de Dieu )
Vox populi, vox Dei. La voix de peuple est la voix de Dieu. Abdoulaye Wade, président de la République du Sénégal, prétendait l’avoir compris. Abdou Diouf, son prédécesseur, se piquait souvent d’être l’héritier d’un Etat Jacobin. Par contre, Wade, lui, déclarait que le peuple avait toujours raison. Sous son magistère, cependant, un jacobinisme sourd, proche de la terreur, a fini de faire de ce pays fertile un germinal. Les raisins de la colère populaire mûrissent sur l’arbre de l’incompétence, de l’incurie et de la provocation étatique. Le gaz est introuvable, l’électricité est insaisissable. Après avoir servi les explications les plus farfelues, la Senelec a fait, la semaine dernière, un aveu d’impuissance tragique. Désormais, la Société nationale d’électricité s’en remet aux aléas du climat. Elle attend Novembre, le froid et la diminution de la consommation pour retrouver un équilibre fragile. À la mi-octobre, elle promet une nette amélioration. Avant, la situation risque de dégénérer. Le peuple a perdu patience. La colère déborde dans la rue. Chaque jour, une localité particulière se signale au mauvais souvenir des autorités. Ces dernières semblent, cependant, frappées d’une surdité. Comment peut-on dépenser 730 milliards de FCfa dans un secteur névralgique sans pouvoir régler de simples problèmes de productions ? Les manifestations de rue sporadiques sont des avertissements sérieux. Mais il faut avoir des oreilles de croyants pour les percevoir. Les athées de la chose publique n’entendent rien à la grande leçon des citoyens romains. Vox populi, vox Dei. La voix du peuple est la voix de Dieu.

La République du Sénégal a ses oracles et ses impies. Ces derniers sont en passe d’allumer, dans la grande banlieue inflammable de Dakar, un foyer de tension potentiellement dévastateur. Dans le cadre du projet d’autoroute à péage, l’Apix, a fait aux populations de Guinaw-Rails Sud une proposition indécente. Pour libérer l’emprise de l’autoroute, l’Agence pour l’investissement et les grands travaux propose 17 mille francs Cfa par mètre carré à 150 pères de famille. En somme, un peu plus de 2,5 millions par famille si le terrain fait 150 mètres carrés. Avouons le : c’est à la fois injuste, insuffisant et insultant. Avec 2,5 millions, personne ne peut acheter un terrain sur le périmètre du département de Pikine. Proposer ce montant est une manière subtile de camoufler une opération de spoliation. L’Etat aurait pu trouver un terrain de recasement pour ces populations démunies et proposer un montant substantiel pour la reconstruction de leurs maisons sur des sites mieux viabilisés. Les Socialistes, souvent critiqués pour leur manque de prévenance, l’ont fait à plusieurs reprises. Les libéraux, eux, aiment jouer avec des allumettes. Aux prix proposés, les populations vont non seulement refuser l’expropriation, mais, elles risquent d’opposer à l’Etat du Sénégal, une résistance légitime. Le week-end dernier, elles ont improvisé un sit-in. La manifestation interdite a été réprimée par les forces de l’ordre, mais qu’importe ! Le peuple de Guinaw-Rail Sud tenait à crier sur le toit du pays sa profonde désapprobation. C’est un coup de sifflet, mais ce n’est pas encore le coup de sifflet final. Vox populi, vox Dei. La voix du peuple est la voix de Dieu.

Aliou Ndiaye | L'Observateur

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Mardi 5 Octobre 2010 - 08:18



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