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"Xew Xew…Que la fête commence" : critique d’une société en proie à des pesanteurs féodales


"Xew Xew…Que la fête commence", deuxième long métrage du réalisateur Cheikh Ngaïdo Bâ (1982), est, dans sa technique, à la fois le témoin d’une volonté de proposer une nouvelle esthétique africaine et de mettre le doigt sur la place de la musique dans l’imaginaire d’une société en proie à certaines pesanteurs.




"Xew Xew…Que la fête commence" : critique d’une société en proie à des pesanteurs féodales
Dans sa démarche artistique, Cheikh Ngaïdo Bâ propose, en adéquation avec l’Œil Vert, groupe d’une quarantaine de réalisateurs formé en 1981 au Festival du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), une voie faite "par et pour les Africains", différente de celle des "pères fondateurs."

Ainsi, l’histoire autour de laquelle se construit le film, projeté samedi pour la 32-ème séance du "Cinéma de nuit", tient alors de l’accessoire, tant il est vrai que le réalisateur s’inscrit dans une volonté de plaider pour la culture, de proposer une nouvelle démarche artistique et l’exploration d’un nouveau mode de production qui assurerait une certaine indépendance de choix aux cinéastes du continent.

Etudiante en sociologie, Xady, une jeune Dakaroise de la classe moyenne des fonctionnaires, est attirée par la musique comme phénomène social sur le terrain de la recherche et des activités universitaires. Elle rencontre un groupe de musiciens venant de la classe ouvrière des quartiers périphériques de Dakar la capitale sénégalaise.

Pour ces jeunes artistes aux conditions modestes, la musique est devenue un refuge, et Xady les rejoint très souvent pour jouer de la guitare. Sa mère, une enseignante, ne partage pas sa vision, d’où le conflit qui éclate entre les deux quand Xady tombe amoureuse de Goly, un des membres du groupe de musiciens.

Dans le contexte de l’époque, l’attitude d’une maman conservatrice est révélatrice de la perception que la société sénégalaise - c’est moins évident aujourd’hui - avait de la musique, considérée alors comme l’art des marginaux sans ambition.

Entre l’attitude de parents ne comprenant pas qu’une "intellectuelle comme elle (Xady)" renie son milieu et le rêve de jeunes passionnés de produire un disque, le film introduit dans l’univers de la création d’une musique quasi-expérimentale avec notamment un Seydina Insa Wade très inspiré.

Et avec un recul de 28 ans, l’œuvre prend les allures d’un documentaire dans lequel le réalisateur tente de faire parler des images, des scènes de la vie quotidienne dans des rues de Dakar, des lieux, des gestes, des visages. Va pour le patrimoine.

"Xew Xew…Que la fête commence" c’est aussi un soutien à peine voilé au combat pour l’émancipation de la femme sénégalaise, d’où l’image de Xady, cette jeune dame qui se libère du carcan féodal dans lequel ses parents voulaient la maintenir.

Au fond, Xady est le symbole d’une société au double visage, dans laquelle deux mondes cohabitent sans avoir les mêmes destins. Cheikh Ngaïdo Bâ expose d’un côté une élite occidentalisée, habitée par les deux cultures, plutôt aliénée, et de l’autre les laissés-pour-compte du système qui constituent le plus grand nombre.

Cheikh Ngaïdo Bâ prend clairement parti pour ces derniers : le groupe finit par produire un disque qui connaît un succès à la radio, des mélomanes qui saluent le talent de Xady, un concert. "La fête continue", écrit-il à la fin du film. En 1982, ça paraissait révolutionnaire. Mais une trentaine d’années plus tard, ça prend l’air d’une prédiction.



APS




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