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BIRAME NDIAYE DIEYE DIRECTEUR GENERAL DU LAC DE GUIERS : «Si le lac n'arrive plus à assurer ses fonctions, ça serait une catastrophe pour le Sénégal»



Il ne fait l’objet d’aucun doute, le lac de Guiers qui est la principale réserve d’eau douce du Sénégal subit des agressions aussi bien de la part des industriels que des agriculteurs. Conscient de ce fait, l’Etat a mis en place l’office national dirigé par Birame Ndiaye Dièye, ce dernier qui est un expert dans le domaine mais aussi un natif du fleuve, pointe du doigt les responsables, à des degrés divers, de cette pollution à base de produits chimiques. Dans l'entretien qu'il nous a accordé, il sonne l’alerte : «Si le lac n'arrive plus à assurer ses fonctions, je pense que ça serait une trop grande catastrophe pour le Sénégal».



BIRAME NDIAYE DIEYE DIRECTEUR GENERAL DU LAC DE GUIERS : «Si le lac n'arrive plus à assurer ses fonctions, ça serait une catastrophe pour le Sénégal»
On parle beaucoup du lac de Guiers, quelle est la situation actuelle ?
On en parle pour une raison très simple : l'Office du lac de Guiers est en train de dérouler un programme de communication dont l'objectif principal est de sensibiliser l'opinion publique dans un but de conscientisation, surtout, des populations riveraines du lac. Mais aussi de sensibilisation des décideurs sur les périls qui guettent le lac présentement. Le lac assure entre 60 à 70% des besoins en eau de la capitale. Ça veut dire que, sur 10 litres d'eau utilisés à Dakar, les 7 viennent du lac de Guiers. Mais le lac utilise aussi une perspective de mise en valeur de 100 mille hectares de terres qui sont autour, mais également les établissements humains qui sont des populations dont la vie est intimement liée à l'avenir du lac de Guiers.
On peut considérer de manière générale que le lac constitue la principale réserve d'eau douce du Sénégal. Aujourd'hui, le Sénégal s'est rendu compte qu'il y a une forte pression qui est en train de s'exercer sur le lac du fait de la multiplication des activités agricoles, de pêches synergétiques qui impactent positivement ou négativement sur le lac. Il s'agit maintenant de trouver des équilibres pour préserver la source. C'est pour cette raison que nous avons comme objectif d'assurer une présence en quantités suffisantes de la ressource, mais également avec une qualité qui lui permet de satisfaire à tous les usages. Notre défi, c'est comment faire pour préserver cette ressource dont dépend l'équilibre politique et sociale du Sénégal. Si le lac n'arrive plus à assurer ses fonctions, je pense que ça serait une trop grande catastrophe pour le Sénégal, c'est ça le problème.

Le lac est agressé par des pollueurs, selon vous, d'où vient cette pollution?
Ces pollutions viennent de plusieurs sources: il y a les pollutions naturelles parce qu'on peut dans une zone qui n'est nullement agressée, trouver des substances qui peuvent être dans la ressource dont le taux naturel de présence est intolérable. Mais aussi, il y a ce qu'on appelle la pollution anthropique due au fait de l'homme. Il y a de grands acteurs qui sont autour du lac, il y a aussi des petits acteurs. Et chaque acteur a une responsabilité dans la pollution, il y a ceux qui ont une responsabilité consciente, d'autres inconscientes, ils ne savent même pas qu'ils sont en train de polluer. Et là les pollueurs on les connaît. Ce sont des industriels, si vous prenez la Compagnie sucrière sénégalaise (Css), elle a des points de rejets dans le lac de Guiers. Ces points de rejets on peut les répertorier et nous les avons répertoriés. Nous pouvons dire à partir des prélèvements que la CSS est responsable de la présence de telle molécule dans le lac, ce qu'on appelle les micropolluants. Mais j'ai l'habitude de dire que des acteurs comme la Css sont les acteurs les moins dangereux pour une raison très simple. Quant on connaît les points de rejet d'un acteur, on peut facilement situer sa responsabilité parce qu'on peut prélever, analyser et l'indexer directement. Parce que dans ce cas, on dit qu'il y a une origine de traçabilité de cette pollution. Mais dans la pollution des eaux de surface, souvent, les acteurs les plus dangereux, ce sont ces milliers de petits producteurs qui sont autour du lac de Guiers et qui utilisent des produits dont ils ignorent tout de leur composition, tout de leur danger et ces produits, après traitement, sont reversés dans le lac par le phénomène de ruissellement des eaux de pluies. Et ça c'est beaucoup plus dangereux qu'un acteur comme la Css. C'est ça qu'on appelle la pollution diffuse, c'est une pollution induite par les activités agricoles dans le temps et dans l'espace à des degrés qui sont invisibles mais dont les conséquences sont progressives. Et c'est cette pollution-là qui est la plus dangereuse. C'est pour cette raison que nous sommes en train de dire : gérer la ressource pour assurer la qualité de l'eau implique un changement de beaucoup de pratiques autour du lac. Ainsi nous parlons de la réglementation et c'est pour cette raison que nous avons la direction des affaires juridiques et de la réglementation qui réfléchit avec tous les acteurs au tour des origines des certaines pratiques qui sont classées nuisibles ou néfastes sur la ressource.

Des études ont révélé que des pesticides sont déversés dans le lac...
Les dernières études sur la pollution situaient la responsabilité de la Css autour de 5%. Mais ce que je voudrais dire, c’est que, dès le départ quand j'ai été nommé à la tête de la structure, en 2010, j’ai considéré tous les acteurs qui sont autour du lac comme des partenaires. Je ne suis pas un adepte de la diabolisation, la Css est un acteur et ce qui est important c'est de l'amener à comprendre qu'elle a beaucoup plus d'intérêts que n'importe quel autre acteur à la préservation de cette ressource. C'est pour cette raison que nous avons développé un partenariat positif avec elle. Comme dans mes enjeux, il y a l'optimisation du lac, or les ouvrages du lac n'étaient pas fonctionnels. Mais la Css s'est engagée à verser 50% du coût de réhabilitation de l'ouvrage vannée de Richad-Toll qui est le plus important. Pour dire que la Css connaît l'importance du lac dans son avenir elle-même. Et je pense que la Css est un préleveur et ce que les gens ignorent c'est que l'avenir du lac dépend des prélèvements. Ce sont les prélèvements qui permettent de réduire la salinité c'est pourquoi la Sde et la Css sont des acteurs importants dans la gestion même de la qualité de l'eau. la Css joue un rôle important dans la régulation de la ressource comme la Sde. Les populations vous diront que chaque année on a des problèmes de salinité, mais c'est normal parce que les 3000 tonnes de sel qui restent dans le lac, ce sont les producteurs qui les prélèvent avec leurs moto- pompes vers leurs champs ce qui fait que la salinité est très forte autour du lac. Mais cette réglementation que nous allons faire, s'appuie sur le fait que le lac de Guiers est une zone classée, il y a un décret qui existe depuis 1976 et c'est une zone protégée. L'office du lac va travailler à rendre opérationnel ce dispositif réglementaire et juridique.
Il faut changer les systèmes de production autour du lac de Guiers. Il faut réduire la fréquence du contact entre la ressource et les populations. Ça veut dire que si nous voulons que les populations n'entrent plus dans le lac, il faut apporter l'eau au niveau des populations par un système d'adduction en eau potable. Si nous voulons que le lac ne soit pas un dépotoir de tous les déchets et autres, nous devons développer un système d'assainissement et la mise en place d'édicule public, la latérisation de ces villages, il faut un assainissement de l'ensemble des établissements humains qui sont autour du lac de Guiers. Ce sont des mesures d'accompagnement. Nous, notre rôle ce n'est pas de faire de l'assainissement, nous pouvons mettre en place un dispositif qui améliore le cadre de vie et qui réduit ce contact. Si nous ne voulons pas que les femmes fassent le ménage, le linge dans le lac.

La pollution vient aussi des populations riveraines...
Il y a beaucoup de phénomène qui se développent autour du lac, et c'est en cela que notre tâche est difficile parce que nous devons adopter une approche multisectorielle et rassembler autour de nous tous les acteurs, tous les ministères qui ont une compétence dans la gestion autour de l'office du lac pour travailler autour des réglementations. La question des ordures ménagères aujourd'hui dans le lac, nous ne pouvons pas la gérer sans les institutions qui sont chargées de la gestion des ordures. Nous devons avoir des conventions. Quant vous voulez empêcher à une population de continuer à exercer certaines pratiques, il faut lui créer des alternatives.

Il y a des villages tout autour du lac qui n'ont pas d'eau potable. N'est-ce pas là un paradoxe?
Oui c'est ça que je dis, mais notre rôle ce n'est pas d'assurer le service de l'eau. Le service de l'eau est une activité dans la préservation de la ressource. Ça veut dire que si nous disons que le contact entre la population et la ressource est un facteur de pollution, l'activité à développer, c'est l'adduction d'eau potable. C'est une mesure de sauvegarde. Si vous prenez les animaux, nous avons un programme de création de points d'abreuvement qui empêchent les animaux d'entrer dans le lac.
Mais quelle pourrait être la conséquence pour les populations comme Dakar Saint-Louis et autres qui bénéficient de l'eau de ce lac?
La conséquence sera chargée de négativité pour tout le monde. Mais nous sommes convaincus que ça ne peut pas continuer parce que si ça continue, nous n'aurons plus notre raison d'être. Si nous sommes là, c'est parce que nous devons développer toutes les capacités nécessaires pour stopper cette dynamique. Nous sommes peut-être pas totalement équipés ou outillés, mais notre rôle, c'est d'aller chercher les moyens pour le faire. C'est ça le management efficace, moi je n'appuie pas sur l'Etat parce que l'Etat ne donne pas ce qu'il faut, mais ce qu'il peut. L'office du lac a été créé par l'Etat qui nous charge de prendre sa gestion comme il se doit et il nous appartient de développer les mécanismes de ‘fund rising’ qui nous permettent de le faire. Nous avons un besoin sur trois ans qui tourne autour de 17 milliards, mais il faut aller le chercher, il faut une capacité de mobilisation de ressources.

Actuellement y a-t-il un système d'assainissement?
Il y a un programme qui a été développé par la direction de la gestion et de la planification des ressources en eau (Dgrpe) avec Onu-habitat qui avait pour but de travailler sur l'assainissement des villages, sur l'adduction d'eau et l'amélioration du cadre de vie pour réduire son impact sur la ressource. C'était un programme positif, mais ça n'a pas couvert la totalité des établissements humains. Si nous voulons atteindre notre objectif, il y a des effets collatéraux que nous devons prendre en charge. La première activité principale que nous avons développée, c'était d'assurer notre ancrage institutionnel en organisant des comités départementaux de développement. Nous l'avons organisé à Dagana, à Louga et nous avons organisé des comités locaux de développements. Nous sommes descendus au niveau des collectivités locales et au niveau de chaque arrondissement qui regroupe plusieurs collectivités locales, nous avons tenu des Crd où tous les acteurs étaient présents et nous avons déroulé notre diagnostic et nos solutions en sollicitant leurs points de vue et leurs suggestions pour nous permettre de disposer de documents consensuels institutionnellement ancrés sur les autres programmes, mais également socialement acceptés.

Et la gestion des déchets
Vous savez, il y a une nouvelle structure qui a été créée pour s'occuper de la gestion des déchets et ordure au Sénégal, ce que nous voulons faire, c'est d'impulser des processus de collaborations avec les collectivités locales, l'office du lac de Guiers et ses structures. Nous allons le faire dans le cadre de ce qu'on appelle les comités locaux de gestion de l'eau. L'idée, c'est de donner aux collectivités la possibilité de veiller sur la ressource dans son espace territorial en essayant d'y articuler l'administration territoriale, la Société civile et de faire des protocoles avec les structures compétentes et d'apporter notre appui.

Le constat est aussi que les ouvrages sont vétustes
Les ouvrages sont vétustes et peu opérationnels. Toute l'année 2010 ma préoccupation a été de disposer d'une vision, d'un cadre d'intervention. Et sur la base de ce qui existait, nous avons élaboré un plan triennal d'investissement qui donne les objectifs, les composants de programme, les coûts par activité ; celui-ci a été validé par le conseil d'administration et nous sommes en train de les dérouler. Dans ce programme, il y a une composante qui s'appelle réhabilitation des digues, des ouvrages vannés. Le lac est géré principalement par des ouvrages, c'est l'ouvrage vanné de Richad-Toll et celui de Keur Momar Sarr. L'ouvrage de Richard-Toll n'arrive plus à assurer cette fonction de remplissage et de régulation. Mais nous devons créer d'autres ouvrages pour assurer les possibilités de remplissages inversés.

A cause de toutes ces menaces, quelle pourrait être la conséquence sur la qualité de l'eau ?
Vous savez, il y a la ressource brute. L'eau brute n'est pas celle qui est servie par la Sde. Elle dispose de station de traitement et la transporte à partir des outils de transport de la Sones. Cette ressource ne connaît aucun problème. Mais entre la ressource brute et la ressource potable, il y a un travail de potabilisation. Et si nous avons un impact sur cette ressource, c'est de faire de telle sorte que le coût de la potabilisation soit le plus faible possible parce que quand la ressource brute est propre, le coût du traitement de sa potabilisation devient faible. Quant la ressource est souillée, il faut un investissement colossale pour la rendre potable, c'est ça les enjeux.

Il paraît que vous avez un Programme triennal, peut-on savoir l'objectif et le coût?
L'objectif global est d'assurer de manière durable la gestion stratégique de la ressource, faire de sorte que la ressource soit là de manière durable et qu'elle soit disponible en quantité et que la qualité soit irréprochable. On a besoin au minimum entre 16 et 17 milliards en trois ans pour assurer de la manière très acceptable la gestion et la préservation des ressources.


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Lundi 28 Novembre 2011 - 09:36



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