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Rio de Janeiro, son soleil, ses plages et sa baie contaminée





Rio de Janeiro, son soleil, ses plages et sa baie contaminée
Le très attendu sommet de l’ONU sur le développement durable débute mercredi 20 juin à Rio de Janeiro. Mais la ville est loin d’être exemplaire en la matière. Que ce soit pour sa gestion des déchets ou pour le traitement des égouts, tout reste à faire. La fameuse baie de Guanabara est aujourd’hui complètement polluée par la décharge de Jardim Gramacho. La ville s’est engagée à tout nettoyer (ou presque) d’ici à 2016, date des Jeux Olympiques de Rio.

Sergio Paulo, 37 ans, se repose un instant. Ce recycleur observe la baie qui s’étale au loin, dans le soleil du matin. Il confie : « Cette décharge, elle a fait beaucoup de mal à la baie de Guanabara, c’est clair. Pour ne plus la détruire, on arrête le recyclage. Alors que pour nous, tout ça, là, c’est de l’argent, c’est notre salaire. »

Ils étaient encore plusieurs centaines de recycleurs, ce matin-là, à s’activer dans Jardim Gramacho, la plus grande décharge à ciel ouvert d'Amérique du Sud. L’odeur de décomposition était omniprésente. En 38 ans d’activité, la montagne d’ordures, haute de près de 60 mètres, s’est étalée sur 130 hectares de mangrove… polluant toute la région alentour.

Aujourd’hui, cette immense décharge est fermée. Fin mai, la mairie de Rio a mis fin au ballet de plus d'un milliers de camions qui, chaque jour, y déversaient 9 000 tonnes d’ordures ménagères. Il aura fallu près de 300 millions de tonnes accumulées sur les rives de la baie de Guanabara pour que les autorités de Rio se penchent sur une solution alternative.

Le lisier, produit par la décomposition des déchets, est récupéré et traité. Mais pendant plus de 30 ans, ce liquide hautement toxique s’est profondément infiltré dans le sous-sol, polluant toute la baie. La fermeture de la décharge, à deux semaines de l’ouverture de la conférence Rio+20, sur le développement durable, était devenue inévitable.

Jeux Olympiques sur décharge flottante

Les rayons du soleil matinal se reflètent sur l’eau de la baie. Au loin, les immeubles de Rio de Janeiro disparaissent dans la brume. Carlos Eduardo, 21 ans, est venu nettoyer son bateau ; une embarcation spécialement conçue pour récupérer les déchets qui flottent dans la baie de Guanabara.

A chaque sortie, Carlos Eduardo et les autres bénévoles du projet « Eau Propre » en ramènent 500 kg. Sous sa motivation, pointe la frustration. « C’est comme si les habitants de Rio jetaient directement leurs déchets dans la baie, regrette-t-il. Ça me met en colère : on nettoie, encore et encore… mais on n’en voit jamais la fin. »

Le projet « Eau Propre » a été créé il y a trois ans par Axel Grael, un ancien ingénieur des forêts passionné de voile. Cela fait plus de 30 ans que cet ancien secrétaire à l’Environnement de l’Etat de Rio navigue sur la baie. Et progressivement, il l’a vue se transformer en décharge flottante.

Lors de l’obtention des Jeux Olympiques de 2016, la mairie de Rio s’est pourtant engagée à nettoyer la baie. Sauf que pour Axel, la mission est devenue presque impossible : « Si les JO avaient lieu aujourd’hui à Rio, ce serait la première fois qu’ils seraient organisés dans un endroit aussi pollué. »

« Le littoral est mort »

L’odeur qui s’élève du fleuve ressemble à celle d’une fosse septique, surchargée en excréments, bouchée et abandonnée depuis plusieurs mois. Le canal, bordé par des baraques branlantes de la favela de Mangueiro, est devenu un égout à ciel ouvert. Ici, comme dans la plupart des autres quartiers pauvres de Rio, il n’y a pas de tout-à-l’égout.

Carlos, l’un des responsables de l’association des habitants, dit avoir « averti les autorités ». Mais « malheureusement personne n’est venu ». A Rio de Janeiro, si la mauvaise gestion des déchets était le seul problème environnemental, la partie serait trop facile.

C’est en tout cas l’avis du professeur Moscatelli, biologiste de renom, qui a fait de la protection de la baie de Guanabara et de ses précieuses mangroves, sa bataille.

Tous les mois, il survole la baie de Guanabara en hélicoptère pour dénoncer sa dramatique situation environnementale. Il est catégorique : « Le littoral de la ville de Rio de Janeiro est quasiment mort, car il reçoit une énorme charge organique en provenance des égouts depuis plus de 200 ans. »

« Ça ne va plus du tout »

Sur son ordinateur, le biologiste a rassemblé ce qu’il appelle les preuves de la culpabilité des pouvoirs publics. Les photos aériennes des marinas du centre de Rio sont explicites : au milieu des bateaux de plaisance, une sale tâche marron s’étale sur l’eau bleue… résultat d’une conduite d’égout qui s’écoule directement dans la baie, sans être traitée.

A Rio, à peine 40% des eaux usées sont retraitées par des stations d’épuration, le reste est rejeté dans la baie de Guanabara ou dans la mer – même dans les quartiers les plus riches de la ville, comme Leblon.

Dans son bureau climatisé, Gelson Serva, le nouveau directeur du programme de dépollution de la baie, observe des cartes satellites de la ville de Rio. La situation est préoccupante. « Ça ne va plus du tout », reconnaît-il.

En 1992, au moment de la première conférence de la Terre, la mairie de Rio avait pourtant de décidé de frapper un grand coup, en mettant en place un ambitieux programme de dépollution de la baie de Guanabara.

Objectif : 80% des égouts traités d’ici à 2016

Depuis vingt ans, au moins 400 millions d’euros ont été dépensés pour améliorer le traitement des eaux usées de la ville. En vain, car « le programme a été mal géré », avoue Gelson Serva, qui rappelle que « des stations d’épuration et des tuyauteries ont été construites », mais que « les deux n’ont jamais été connectées ».

Sauf que la ville de Rio s’est engagée à traiter 80% de ses égouts d’ici à 2016 – date des Jeux Olympiques. Sur la baie auront lieu notamment les compétitions de voile. Sous couvert d’anonymat, un haut fonctionnaire de la marie de Rio reconnaît qu’en dépit des quelque 400 millions qui vont être dépensés d’ici quatre ans, à peine 60% au mieux seront atteints.

Gelson Serva, le directeur du programme de dépolution, se dit « préoccupé », car « il y a encore énormément de choses à faire ». Pour Rio de Janeiro, le chemin du développement durable est encore long.

rfi

Mardi 19 Juin 2012 - 18:20



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