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EDITO : Sachons raison gardée



PICCMI.COM - La Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI) créée par le président Abdou Diouf en 1981, et remise au goût du jour par le président Macky Sall, continue à charrier vents et moulins. Les procès intentés aux dignitaires de l’ancien régime libéral font couler salive et encre. Entre ceux qui réclament justice et ceux qui crient au règlement de compte et à la liquidation d’un «adversaire gênant», la bataille fait rage. Pourtant, le droit devrait être dit en toute sérénité et au nom exclusif du peuple sénégalais.



le trio qui "secoue" actuellement la République
le trio qui "secoue" actuellement la République
Ce peuple qui a tant souffert d’exactions économiques, et du comportement arrogant de certains parmi les dignitaires de l’ancien régime libéral, jusqu’à exiger à ce que la reddition des comptes soit traduite au rang de demande sociale. Hélas, d’un côté comme de l’autre, la sérénité semble avoir pris la porte. On tend aujourd’hui à remettre en cause, notre «commune volonté de vivre en commun», qui du reste est ce que nous avons de plus cher. L’ancien chef de l’Etat, à la tête de ses troupes, harangue les foules en menaçant de brûler ce pays, si son fils est condamné. De l’autre côté, la réponse fuse invariable «ceux qui sont en prison, pour avoir volé des poules, sont-ils des orphelins ?» Comme pour rappeler à Me Wade, grand bâtisseur de la démocratie au Sénégal, qu’en République, tous les enfants naissent libres et égaux en droit. Démocratie et République, deux notions aujourd’hui soumises à rude épreuve. Depuis que la chasse aux bandits à col blanc a été déclenchée par le régime de Macky Sall, sous le couverts de la répression des biens présumés illicitement acquis, c’est la guerre des tranchées, au mépris de toutes les règles démocratiques et les fondamentaux de la République. Ne devrait-on pas tout simplement garder la sérénité et attendre le verdict de la cour ? Ou serait-ce trop demander à des «monarques qui agissent en démocrates ?» En tout état de cause, de tels comportements comme ceux notés d’un côté comme de l’autre, ne font que renforcer la conviction de l’ancien Président du Conseil. Mamadou Dia avait en effet assimilé la société sénégalaise (Etat), à «un monstre hideux», dont l’économie déréglementée ne repose non plus «sur le travail et la production, mais plutôt sur l’art de contourner les lois et de tromper ses partenaires, pour tout dire, une économie de la débrouille et de la magouille, une économie de rapt et de racket, qui exerce ses effets pervers jusque dans les milieux de la spiritualité d’où elle a évacué les interdits canoniques, la vertu et la pauvreté».

Une analyse à froid qui expliquerait aujourd’hui à suffisance tous ces procès ouverts comme la mal gouvernance et ceux qui seront ouverts demain. Car il ne suffit pas de décréter une bonne gouvernance, une gouvernance vertueuse pour en être un adepte. Il faut une mise en œuvre pratique de ces déclarations d’intention et une vertu dans la conduite des affaires, pour ancrer de telles pratiques dans les us quotidiens. Les affaires se succèdent et les scandales sont enregistrés et enfouis dans les tiroirs, pour demain être remis sur la table.

Les affaires Arcelor/Mittal, Pétro Tim, les dossiers de la gare routière de pompier, de l’immixtion du PM sur la prorogation de la période d’expérimentation de la 4G, de l’affaire African Energy (300 milliards FCFA détournés au profit d’une société fictive), du building administratif, soulevés hier par les cadres libéraux au cours de leur face-à-face avec les journalistes, sont autant de bombes qui demain, risqueraient de péter à la figure des tenants actuels du pouvoir. On serait alors dans un cercle vicieux de règlements de compte. Où, au nom de la «gouvernance vertueuse», ou d’un quelconque autre concept au goût du jour, chacun s’emploiera à jeter l’anathème sur son prédécesseur, pour au finish retomber dans les mêmes travers. Il est temps d’œuvrer à l’unisson pour promouvoir la création et la probité et chasser l’intrigue, la magouille et la corruption. Car de tels systèmes érigés en règle de gouvernance et de gouvernement, ne peuvent qu’être le lit d’une probable explosion sociale, jusque-là, inconnue dans ce pays. Une issue malheureuse qui engagerait notre responsabilité devant l’histoire. Sachons donc raison gardée. Car la démocratie sénégalaise est loin d’être une «fille des temps modernes». Elle est, comme le rappelait le président Mamadou Dia, «une fille légitime de nos traditions sublimées dans des luttes historiques». Alors forcément ceux qui tenteront de lui substituer le produit altéré de leur alchimie politicienne, et de quel que bord qu’ils puissent être, connaitront un échec retentissant.


Jeudi 19 Février 2015 - 19:42



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