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EXCLUSIF : Rencontre avec Cheikh Bamba DIEYE, député et S.G du Front pour le Socialisme et la Démocratie, Benno Jubel (FSDBJ) : " Tout ce qui a fait chuter Abdoulaye Wade est en train d’être reproduit par Macky Sall"



Tout le monde lui connait son franc-parler qui lui permet de tenir tête au plus téméraire. Critiquer pour critiquer n’est pas sa tasse de thé. Il donne toujours son avis avec des arguments bétons. Dans cette interview accordée à Piccmi, Cheikh Bamba DIEYE tacle l’ensemble de la chaîne de valeur sénégalaise : du citoyen lambda au président Macky Sall en passant par ceux qui se contentent d’observer et de tirer les ficelles. Tout le monde y passe parce qu'il est animé d'une soif inextinguible de soigner le Sénégal, un pays blessé.



Photo d'illustration
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Piccmi : Vous êtes député à l’Assemblée Nationale, Comment y défendez-vous le peuple ?

La fonction de député est une des plus importantes fonctions du pays. La 1ère est un attribut du président de la république qui a la latitude de prendre des décisions. L’autre, c’est d’assurer le suivi de l’action gouvernementale et de proposer des lois à soumettre ensuite aux juridictions compétentes. Chacune d’elle est d’une importance capitale. Le député est un représentant du peuple à l’Assemblée nationale pour contrôler les biens de la nation. Notre rôle est de dénoncer les maladresses du pouvoir en les critiquant objectivement parce que le président, le député et le juge sont tous des citoyens. Le fondement de mon action est de contribuer au développement du pays. Je ne cherche pas à me faire des amis, ni à récolter des subsides. Les Sénégalais se souviennent de mon 1er passage à l’assemblée, donc ils ont une idée de ma posture.

Comment percevez-vous les insultes et débordements à l’hémicycle ?

La convoitise et la politique vont de pair mais il faut l’organiser. C’en est de même pour la discussion et la politique. Si tout le monde se comporte comme il veut, ça engendre deux choses : nul ne pourra décrypter le message ; deuxièmement, les sénégalais peuvent se décourager. C’était le cas avec l’ancienne législature : il y avait des insultes, des écarts de comportements inacceptables et des gens qui voulaient défendre l’indéfendable. La responsabilité des citoyens aussi est engagée. Ils doivent choisir des représentants compétents parce qu’à mon sens, pour être député, il faut comprendre comment sont articulés les politiques de développement, ce qu’est une loi, l’importance de l’assemblée nationale. Actuellement, les droits de Khalifa Sall sont bafoués, ce qui est inacceptable.

Justement, comment comptez-vous défendre Khalifa Sall qui est député à l’assemblée nationales ?

Surtout ça. Heureusement que tu as dit qu’il est député, ça montre tout simplement la faiblesse de notre démocratie. C’est un recul par rapport à la grande lutte de 2012. Voilà un homme qui a été maire de Dakar 2 fois. Le gouvernement actuel a peur qu’il soit candidat à la prochaine élection présidentielle. Aujourd’hui, vouloir remplacer Macky Sall est ce qu’il y a de plus dangereux au Sénégal, c’est même un délit. Dès que tu le manifestes, les sanctions vont tomber sur toi, c’est la réalité. S’il était resté au Parti Socialiste rangé derrière Ousmane Tanor Dieng, il ne serait jamais en prison. Tout le monde le sait. Cette caisse d’avance a existé bien avant qu’il n’entre en politique. C’était au début des indépendances et toutes les autorités d’alors étaient d’accord avec. Quel que soit mon degré d’ignominie envers toi, je ne dois pas t’imputer la responsabilité de quelque chose qui a existé bien avant toi. Tous les anciens maires de Dakar ont reconnu avoir utilisé la caisse d’avance comme tel et c’était légal. On l’a attaqué et injustement emprisonné, ensuite on l’a interdit de faire campagne en tant que tête de liste de Manko Taxawu Sénégal. Ce qui est en porte à faux avec le code électoral. Une vérité reste une vérité. On lui a refusé l’immunité parlementaire et on le lui a donné par la suite. Pas une seule fois à l’assemblée nationale, les droits constitutionnels de Khalifa Sall n’ont été respectés. Pire on ne lui a pas donné la possibilité de participer à la commission ad hoc. On ne sait plus à quel saint se vouer.

Sénégal, thérapie pour un pays blessé, c’est le titre de votre ouvrage : qu’est ce qui l’a motivé ?

Deux choses m’ont inspiré : d’abord en tant qu’acteur politique, un jour on nettoyait les quartiers, et quand on a interpellé un Monsieur dont on balayait la devanture de sa maison, on l’a réveillé pour qu’il se joigne à nous, il nous a demandé de lui payer alors qu’on nettoyait devant chez lui. Un autre fait qui m’a inspiré, c’est cet homme filmé en train de pisser dans la rue. Interrogé sur ce qu’il pense de l’acte, il l’a vigoureusement décrié et prôné de lourdes sanctions. En plus de la politique qui change de coloration en longueur de journée, je me suis dit que nous avons un réel problème de société. Nous avons connu des alternances, n’empêche, la malhonnêteté prend toujours le dessus sur le reste. Tout ce qui a fait chuter Abdoulaye Wade est en train d’être reproduit par Macky Sall. Le Sénégal a 4 maladies : la 1ère, c’est la faillite des élites qui ne sont plus véridiques. Certains préfèrent même s’informer avec les médias étrangers ; d’autres encore ont totalement tourné le dos à la politique. Deuxièmement, c’est le vent de paresse qui balaie le Sénégal depuis les indépendances et qui est épousée par pas mal de citoyens. Les politiciens trompent leurs concitoyens et vice versa. Ce qui a provoqué une indifférence généralisée. Est-ce qu’on vole l’argent du pays ? Ce n’est pas leur problème tant qu’ils en profitent. Dis-t-on la vérité ? Ce n’est pas leur affaire puisqu’ils sont tranquilles dans leur coin en train de profiter à fond des privilèges. Ensuite, ce sont les 1ers à dire qu’ils sont tous pareils. Si un citoyen juge un politicien, qu’il sache que c’est à son image parce que les politiciens sortent des maisons. Le 3e problème qu’on a, c’est la cupidité des hommes politiques qui peut se métaphoriser par un puits sans fond. Le 4e problème, c’est la lâcheté des situationnistes et des transhumants. Ceux qui étaient avec Senghor jusqu’à sa chute ont été avec Abdoulaye Wade jusqu’à sa chute et aujourd’hui ils entourent Macky Sall et chantent ses louanges. Conséquence, Macky Sall n’a pas pu appliquer la reddition des comptes qu’il défendait tant ; la traque des biens mal acquis traque les opposants à son régime ; sa gestion n’est ni sobre ni vertueuse parce que la vie devient de plus en plus chère pour les sénégalais, la construction du building administratif dont le coût était estimé à 17 milliards a dépassé aujourd’hui les 30 milliards, il n’a qu’à expliquer la raison aux sénégalais ; le Centre International de Conférence Abdou Diouf n’abrite des réunions de grande envergure qu’une fois ou deux fois l’année. Les hôtels construits là-bas ne servent pas à grand-chose. Le CICAD a coûté 60 milliards en dehors de l’hôtel, c’est du gâchis. De 568 milliards annoncés pour le Train Express Régional, aujourd’hui on est à 800 milliards. Il n’arrive même pas à Diamniadio. En dehors du Sénégal de TER qui font jusqu’à 100 Km coûtent 2 fois moins que ce que notre TER va nous coûter. C’est ça la politique ? C’est ça qui va nous faire émerger ? Ce n’est pas possible. Ce n’est pas une affaire de « je suis contre un tel ou un tel mais nous sommes de ce pays et devons donner notre point de vue ». Quand c’est bon, ça l’est pour tout le monde ; quand c’est mauvais idem. Il n’y a rien de plus vil que de voir le pillage de ses ressources et de rester les bras croisés. Après si on réagit, les gens diront qu’il est méchant, il critique parce qu’il n’est plus du gouvernement. Voilà les problèmes que nous avons. Ce sont ces réflexions conjuguées à des réflexions sur les programmes de décentralisation, sur les fonctionnalités de l’Etat, sur la politique étrangère du Sénégal, l’organisation de l’économie nationale, l’employabilité et aussi pour qu’on évite les projets faramineux inutiles sans transferts de technologies. C’est tout cela que j’ai rassemblé dans mon livre « Sénégal : thérapie pour un pays blessé ».

Vous êtes un fin connaisseur du secteur des transports, que pensez-vous du nouvel aéroport Blaise Diagne ?

Je ne dirai jamais qu’une infrastructure est mauvaise, au contraire si je pouvais il y en aurait chez moi à Saint-Louis, à Ziguinchor, à Tambacounda et à Matam. Ce que je ne peux accepter, c’est que tu veuilles me vendre à 100 francs ce qui coûte 1 franc et si vous analysez le montage financier et le comparez à ce qui a été construit, vous direz qu’on s’est bien moqué de nous. Agir de la sorte, c’est vraiment ne pas compatir à la souffrance des sénégalais et c’est ce qui me fait mal. Il faut aussi que les sénégalais soient plus sensibles à tout ce qui se manigance sur leur dos, aide toi et le ciel t’aidera. Nous nous connaissons tous. Aujourd’hui, si les sénégalais m’avaient confié leur pays, si je leur dit qu’il y aura une reddition des comptes, ma main sur le coran ils me croiront parce qu’ils me connaissent ; si je leur dis que tout voleur sera arrêté, ce sera fait parce que, je prie Dieu de continuer à me guider, je n’ai jamais dévié de cette trajectoire. Et quand on me dit qu’il y aura 150.000 voyageurs jours qui pourront être pris en charge par le TER, je dis faites attention parce que l’aéroport de Dakar amène 20.000 voyageurs chaque jour, qu’ils me disent là où ils vont aller chercher les 130.000 autres. C’est dire que le régime de Macky Sall nous prend pour des demeurés. Quand je les ai attaqués, ils se sont empressés de rectifier pour mettre 110.000 voyageurs jours, j’ai dit ok mais il vous restera toujours 90.000 passagers à trouver. Le développement du pays ne les intéresse point parce qu’après, ils te disent que je vais mettre en circulation 300 bus qui pourront transporter 300.000 passagers. Déjà tu as un gap de 80.000 à combler et tu veux ajouter à ça 300.000. Et après ils diront que je suis contre eux, maintenant j’ai fait exprès d’être contre eux parce que je ne peux être d’accord avec cette forfaiture. Si je ne leur dis pas la vérité, je ne vois pas à qui je vais dire la vérité.

Votre avis sur l’Aéroport Sédar Senghor ?

Là c’est un autre problème, comment vont-ils faire avec le sable ? Je leur avais dit en 2012 que si on en fait un bon usage, ça peut rapporter 800 milliards au gouvernement. Ce qui peut nous permettre de financer sur fonds propres nos grands projets sans s’endetter. 800 peur restructurer tous les villages du Sénégal. Si ces 800 milliards étaient investis dans l’habitat social, chaque région avec son quota, vous ne verrez plus de maison en paille au Sénégal. Si tu es un jeune travailleur, l’Etat aurait pu te permettre avec une garantie d’avoir une maison que tu vas payer dans le long terme, de même qu’une voiture, c’est ça le programme de Cheikh Bamba DIEYE.

Vous êtes un spécialiste de l’environnement, voilà un an que les sachets plastiques ont été changés, pourquoi la loi ne s’applique toujours pas ?

Tout cela est caractéristique du délabrement avancé de notre démocratie. Sortez dans la rue, vous verrez toutes sortes d’indiscipline. L’exécutif, le législatif et le judiciaire ont la même fonction : éduquer le peuple. Allez à Niarry Tally, partout ailleurs à Dakar ou à Kaolack, vous verrez des gens qui étendent leurs maisons jusqu’aux trottoirs ; d’autres vont même jusqu’à mettre des poteaux de courant dans leurs maisons. Pendant ce temps-là, que fait le Cadastre, la Descos, l’urbanisme. L’Etat ne se limite pas à Macky Sall seulement, où est la police ? Regarde la VDN, la route de Cheikh Ahmadou Bamba, où sont les policiers ? « Tu fais le fou, je suis plus fou que toi », voilà la philosophie des sénégalais. Un Etat, c’est de la police d’abord pour rappeler à l’ordre les déviants, cette police n’existe pas dans le pays. C’est important dans un pays que les citoyens sentent l’omniprésence de la police. Ça fait rire qu’une charrette emprunte l’autoroute à péage mais ça reflète tout simplement le niveau de notre démocratie. Où sont les fonctionnaires payés chaque fin du mois avec l’argent du contribuable ? Nous critiquons à chaque fois le président, le 1er ministre et ceux qui sont au sommet mais contrôle-t-on le travail des seconds couteaux ? Les fonctionnaires doivent mériter leurs salaires. La contribution dans le développement du pays du policier Amoul Yakaar qui travaille au niveau des ronds-points et qui ne soutire aucun rond aux conducteurs est inestimable. Il permet d’éviter beaucoup d’accidents, il permet d’insuffler un souffle de changement au Sénégal. Quand Barack Obama était venu au Sénégal, en une fraction de seconde, nous avons mis le pays sur les rails. Qu’on soit sérieux, pourquoi avoir de la compassion pour quelqu’un qui ne s’occupe guère du quotidien des sénégalais ? Pourquoi créer le HCCT au moment où nous ne pouvons enrôler 500 policiers par an avec de bons salaires qui vont mettre de l’ordre dans le pays et si eux-mêmes agissent mal, qu’ils soient licenciés ?

Quelle lecture du nouveau budget appelé « budget social » par le gouvernement ?

C’est quoi un budget social ? Tu veux peut-être parler d’un budget électoral. Ils veulent nous faire signer un chèque à blanc pour nous soutirer de l’argent. Ce ne sont pas les bulletins de vote qui font la démocratie. Si tu n’as pas de quoi assurer la dépense et que pendant les élections on t’offre 3 sacs de riz le 1er jour, le 2e jour on t’apporte 20L d’huile, le jour des élections on te donne 50.000F, vous, moi ou un autre on prendrait parce que ne sachant pas que c’est de l’argent volé pensant que c’est l’œuvre d’un bienfaiteur parce qu’après l’indépendance, on n’a pas investi sur les individus pour formater une nouvelle conscience nationale. Notre enseignement a reculé, les gens ne sont plus prêts, Senghor disait même s’il ne l’a pas appliqué que l’homme est l’alpha et l’oméga du développement. Sans homme formé, conscient et consciencieux, il est inutile de parler du développement. C’est ce qui nous vaut toutes ces dérives. Actuellement, ce sont les plus grands faussaires qui réussissent. Comment élire celui qui a des antécédents. Quand tu lui demande l’étendue de sa fortune, il te dit c’est tant. Comment as-tu fait pour l’avoir, il répond que c’est Abdoulaye Wade qui me l’a offert. Pourquoi te l’a-t-il offert ? Il répond que ce sont les fonds publics. Est-ce digne d’un homme politique ? Un homme comme ça si tu te trompes jusqu’à l’élire, ne pleure pas sur ton sort parce que tu es aussi coupable que lui. Nous devons tous essayer de répondre à ces questions.

Merci Cheikh Bamba DIEYE de la disponibilité. Piccmi vous en remercie.

Je rends grâce à Dieu et réitère mes vœux aux sénégalais. Je prie Dieu de nous donner la paix, beaucoup de bénédictions et de prospérité. Mame Abdou Aziz (puisse Dieu augmenter sa lumière) a dit que : « Si un individu a assez de culot pour détruire telle ou telle chose, aie assez de culot aussi pour le freiner parce que ton acte va profiter à toute la communauté ». Et force est de reconnaitre que nous sommes trop passifs dans ce pays. Je vous repose la question en souhaitant que les gens se regardent et affrontent leurs responsabilités.
Entre celui qui s’amuse avec le bien du contribuable en le dilapidant et en le volant et celui qui attend sa part du gaspillage, qui est le plus lâche ? Répondez à cette question puis venez et ensemble, nous allons développer le Sénégal.





Vendredi 19 Janvier 2018 - 13:10



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