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Les vigiles de la fraude sur l’âge



Porté sur les fonts baptismaux en 2000, l’Institut Diambars de Saly est un centre de formation de foot qui a notamment révélé les internationaux sénégalais Idrissa Gana Guèye et Pape Ndiaye Souaré. Dans cet établissement de fabrique de champions, la tolérance zéro en matière de fraude sur l’âge est une obsession.



« Cela fait 15 ans que pour recruter un joueur, on mène des enquêtes sociales. On vérifie les papiers d’Etat civil. Nous allons parfois jusque dans les centres de naissance pour vérifier les registres. On fait des radiographies dont celle du poignet. On fait des analyses bucco-dentaires. On n’a jamais une certitude à 100 %, mais le dispositif mis en place nous permet de savoir si un gamin a réellement l’âge qu’il prétend avoir ou non », indique Saër Seck, le président de cet institut.

En outre, selon ce fin connaisseur du foot local, « il est arrivé que l’Institut Diambars envoie, dans l’est du Sénégal, des personnes incognito pour enquêter dans l’environnement d’un jeune joueur ». Signalant que « la fraude se perfectionne au fil des années », M. Seck raconte que « Diambars a eu un jeune ayant complètement changé d’identité. Nous avons questionné sa naissance déclarée, mais il avait un bon bulletin de naissance. Tout était conforme sauf qu’il avait une fausse identité ».

Et c’est par un concours de circonstances que la vérité a éclaté au grand jour : « quand le jeune est parti en vacances avec les équipements que l’Institut Diambars lui avait remis. Les parents du jeune dont il avait pris l’identité ont souhaité avoir leur part des équipements. Le jeune a refusé parce qu’il n’en avait pas le droit. Finalement, les parents du jeune l’ont dénoncé. Constatant la supercherie, nous l’avons viré ».

Cette intransigeance est saluée par le journaliste au quotidien Stades, Julien Mbesse Sène, qui rappelle que « la Fédération sénégalaise de football (FSF) organise aussi des tests pour les joueurs sélectionnés dans les équipes de jeunes, surtout les cadets ».

Pour sa part, Cheikh Sidy Bâ signale qu’«un passeport retraçant le parcours du joueur est utilisé au Sénégal et quand il doit quitter le pays, la fédération du pays d’accueil le demande à la FSF ». En tout cas, pour Alé Thiam, encadreur à l’école de football Mama Sports de Yoff (Dakar), « la fraude sur l’âge doit être boutée hors du milieu du football africain » par tous les moyens.

« Nous voulons, ajoute-t-il, que les jeunes jouent avec leur véritable âge. Malheureusement au Sénégal, les gens accordent trop d’importance au résultat immédiat. Un joueur progresse plus quand il évolue dans sa catégorie réelle. Si un jeune jouant dans une catégorie inférieure performe, certains penseront qu’il est fort alors que c’est dû à l’écart d’âge entre ses adversaires et lui ».

A l’échelle continentale, la Confédération africaine de football (Caf), depuis le triomphe du Malgache Ahmad Ahmad qui a fait tomber Issa Hayatou de son piédestal, a fait de l’éradication de la fraude sur l’âge l’une de ses priorités. Pour ce faire, elle a instauré l’usage des tests IRM (Imagerie par résonnance magnétique) pour les compétitions de petites catégories.

« On ne peut pas faire une compétition en U17 en Afrique et que ce soit un tournoi de trentenaires. Quand l’Afrique participe aux compétitions internationales de jeunes, elle a toujours deux voire trois équipes dans le dernier carré. Quand on passe chez les U20, c’est un peu moins et quand on va chez les Seniors, elle est absente à ce stade de la compétition. C’est parce que les U17 qui, en réalité, avaient 25 ou 30 ans, sont cuits avant de jouer la Coupe du monde des Seniors », a analysé Saër Seck.

De l’avis du Pr Abdoulaye Samb, « les tests IRM sont fiables parce que la précision des points d’ossification permet de connaître avec exactitude l’âge d’un individu. C’est le moyen le plus proche de la réalité actuellement même s’il y a une petite marge d’erreur (2 à 3 mois). Un joueur peut passer entre les mailles des filets si la triche porte sur des mois uniquement, mais si c’est des années, on le saura obligatoirement ».

L’équipe nationale U17 du Bénin a été recalée avant le début du tournoi de l'Ufoa B, qualificatif pour la Can U17 2019 prévue en Tanzanie, parce 10 des 18 Écureuils cadets ont été jugés non éligibles après les examens IRM. Dans le tournoi de l’Ufoa A organisé au Sénégal, les sélections de la Guinée Bissau et de la République de Guinée ont été amputées de plusieurs joueurs.

« Il y a toujours eu des soupçons par rapport à des équipes de jeunes du Nigeria ou encore du Ghana. Mais on n’a pas réussi à en apporter les preuves. Avec les tests IRM, on se rend maintenant compte de l’ampleur du phénomène », a soutenu Julien Mbesse Sène. (APA)

PiccMi.Com

Mercredi 2 Janvier 2019 - 13:00



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