contenu de la page
Connectez-vous S'inscrire


MOUSSA SECK, ANCIEN MEMBRE DE LA TROUPE JANXEEN DE THIES


L'univers des modou-modou vivant en Italie, scénarisé par Moussa Seck, comédien de la troupe Janxeen de Thiès, n'est pas rigolo comme les pièces de théâtre dans lesquelles il excellait. Loin de là. Dans l'entretien qu'il nous a accordé, Moussa Seck décrit la vie de ses compatriotes émigrés sénégalais comme pleine d'hypocrisie, de méchanceté et de jalousie. Il met les pieds carrément dans le plat des modou-modou et livre ses déboires marqués par une suspension, qu'il dit injuste, de neuf (09) mois par la direction de Janxeen Production et qui l'a poussé à faire le modou-­modou depuis avril 2004 en Italie.




MOUSSA SECK, ANCIEN MEMBRE DE LA TROUPE JANXEEN DE THIES
Qui est Moussa Seck ?

Je suis un artiste comédien habitant à Thiès. Je suis marié et père de deux enfants. Je suis membre fondateur de la troupe Janxeen Production de Thiès créé par trois personnes que sont : Cheikh Seck, Ngoury et moi-même. C'est après que la troupe a pris une autre dimension en inté­grant de nouveaux comédiens.

Parveniez-vous à vous en sortir avec votre métier de comédien dans la troupe Janxeen ?


Je m'en sortais avec ma vie d'artiste. Mais, avec l'expérience accumulée, la mentalité a évolué. J'ai senti que ce que je gagnais financièrement dans le théâtre ne me suffisait pas, vu toutes les personnes qui comptent sur moi. Je suis soutien de famille. Et comme il n'est jamais trop tard avec l'art, plus tu prends de l'âge, plus tu as de l'expérience - il n'y a pas de retraite dans la vie d'un artiste -, j'ai choisi de venir en Italie pour gagner ma vie, avec la bénédiction de mon vénère marabout, Ahmed Mbacké, fils de Serigne Moustapha Bassirou Mbacké.

Pourquoi avoir décidé de quitter le groupe Janxeen ?

Il fut un groupe remarquable. Mais, à un moment donné, je ne me sentais plus dans le groupe. Je ne me plaisais plus dans le théâtre qui se faisait dans le groupe. C'est vrai qu'il y avait une certaine jalousie. Mais moi, je ne sentais pas trop cela parce que je croyais en moi. J’avais des possibilités réelles qui me permettaient de faire des tournages. C'est pourquoi je n'ai pas compris que le groupe m'ait injustement sanctionné. La cause ? On était en plein tournage et face à des besoins, j’étais parti régler mes problèmes personnels. La direction du groupe m’avait signifié une suspension ferme de neuf mois. Ce que je considérais très lourde par rapport à l’acte. A l’époque, j’avais quitté le tournage pour aller rencontrer le maire de Thiès Idrissa Seck, qui se trouvait en ce moment à Tivaouane. Ayant beaucoup médité sur la suspension, je me suis dit qu'à la fin de celle-ci, je quitterai le groupe. Et par la grâce de Dieu, une semaine après la fin de la sanction, je suis venu en Italie, en avril 2004. Par la suite, beaucoup de personnes m'ont appelé pour me dire que j'ai emporté le Hoorom» (saveur) du groupe. Ils disaient que j'avais fait une erreur en venant en Italie parce que j'étais l'un des meilleurs du groupe Janxeen. J'avais la capacité de faire rire et aussi d'écrire des scénario. Je m'inspirais la nuit et le lendemain, j'en discutais avec Cheikh Seck et l'on mettait tout en œuvre. En réalité, au début, seul Cheikh écrivait les scénario. J'avais trouvé cela anormal. C'est pourquoi j'ai écrit deux pièces théâtrales : «Mbarane» et ensuite «Chef de quartier». C'est plus tard qu'Oumar Seck a écrit « Jalgati ». Malgré toute cette expérience, je peux affirmer que je ne me suis pas trompé en venant ici.

Comment vivent les modou-modou en Italie ?

Les modou-modou me font peur. C'est une jungle où les gens s'entredévorent. Tant que tu n'es pas sorti du Sénégal, tu ne pourras pas connaitre ces gens-là. Si tu ne fais pas le service militaire, ou si tu n'es pas passé à l'école coranique en tant que talibé, tu feras tout ça en même temps, si tu arrives en Italie. On va te manquer de respect, t'injurier. Parmi les modou-modou, il y en a qui ont de l'expérience, qui sont des gens intègres, même des «waliyou » (sages). Par contre, il y en a d'autres qui sont de véritables ignorants. Si deux types de personnalités comme ça se rencontrent ou vivent dans le même environnement, leurs intérêts et ambitions vont s’opposer. ­L’esprit le plus incrédule, c’est l’esprit modou-modou. Même si tu leur dis la vérité, ils pensent que tu les trompes. Quand tu vis avec un modou-modou, il faut être le plus discret possible à cause de la jalousie innée de la plupart d'entre eux. En effet, rares sont ceux qui veulent du bien à leurs compatriotes. La jalousie et l'hypocrisie, c'est le lot quotidien qui symbolise la vie de modou-modou en Italie. Ceux qui vivent ici le savent. Si tu gagnes de l'argent, ils t'envient. Si tu as une relation avec une Italienne, fut-elle en affaires, ils disent que c'est ta femme. Certains modou-modou sont allés même jusqu'à dire à ma femme que je suis marié en Italie. Et que j'avais un enfant avec elle. Ils sont parvenus à créer des problèmes dans mon ménage alors que tout cela est faux. Cependant, je remercie Dieu de m'avoir donné la force de travailler dignement et d'être au-delà des basses considérations. J'ai travaillé comme ouvrier, comme commerçant et j'ai fait du business. J'ai tout fait sauf des choses illicites comme vendre de la drogue. Je ne regrette pas d’être venu travailler en Italie parce que mes capacités ont triplé en ce qui concerne l’appui financier envers ma famille

Quelles relations entretenez-vous avec les autres artistes comédiens?

J’avais une grande complicité avec Cheikh Seck, qui est le frère de mon père. Finalement, il y a eu de la jalousie parce que c'est nous deux qui étions invités dans les manifestations. Nous avions de bonnes relations avec Youssou Ndour et l'on était souvent au Thiossane pour faire des prestations à la pause. De même qu'avec les autorités politiques et administratives. Certains membres de Janxeen disaient même qu'on utilisait le groupe pour faire fortune. Il est vrai que j'avais des difficultés relationnelles avec certains artistes du groupe, mais aujourd'hui, je leur pardonne pour tout. Et, je leur demande aussi pardon. Pape Demba Ndiaye de la troupe Daaray Kocc qui est mon ami, lorsqu'il est venu en Italie, c'est moi qui l'ai assisté pour faire la promotion de sa dernière production. J'ai noué de bons rapports avec les artistes de Thiès. Sanéex est mon ami. Lui, la première pièce de théâtre dans laquelle il a joué, c'est moi qui suis parti le prendre pour le faire participer. De même que dans la deuxième pièce «Chef de quartier» dans laquelle il a aussi joué, c'est moi qui l'ai écrit. D'ailleurs, c'est cette seconde pièce qui l'a lancé. Du reste, j'ai participé d'une manière ou d'une autre à lancer le célèbre artiste Saneex. L'actuel metteur en scène du groupe Soleil Levant, Cheikh Ndiaye, c'est moi qui l'ai formé. Je suis le premier à le faire monter sur scène. Toujours dans ce cadre, j'ai dirigé la troupe de la Croix-Rouge de Thiès avec Alioune Sow, Jules Dramé et l'on a fait une participation remarquable à la semaine de la jeunesse pour représenter la région de Thiès.

A quand le retour au théâtre ?

J'ai envie de laisser définitivement le théâtre parce qu'il y a une nouvelle génération d'artistes issus de ma famille qui jouent bien et j'ai décidé de leur laisser la place. Il s'agit d'Ibrahima Seck, Meïssa Coura, Mame Bora Seck, Khassim Seck, Boubou Ngary. Ils ont bien pris la relève. Mais, dans le futur, je suis disposé à faire des productions en vue d'encadrer les jeunes artistes. Toutefois, au cas d'un possible jubilé, je le ferai en montrant la vraie réalité de la vie des modou-modou. Il faut qu'ils disent la vérité aux jeunes qui sont au Sénégal. On doit montrer la vie des Sénégalais en Italie. Certains vivent entassés dans les chambres. Ils manquent d’hygiène. En fait, ils ne sont propres qu’au Sénégal. Prions pour qu’il n’ait pas de tuberculose dans la chambre d’un modou-modou.

Propos recueillis Chérif MBAYE (Correspondant)
Source Le Populaire





Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.